Jérôme m’emmerde

J‘ai essayé de lire « Jérôme » de Jean-Pierre Martinet, écrivain maudit réédité ces dernières années chez Finitude. C’est un gros livre plutôt attrayant, épais, souple, rempli de grosses pages bien grasses, bien pleines, trop… Dans ce désert de la balise <p> (pour les geeks), j’ai tenu environ 150 pages (sur 449), et comprends maintenant pourquoi Jean-Jacques Pauvert, grand éditeur, lui, ne l’avait pas publié. Le livre nouveau traînait sur la table de travail de Golo qui l’avait acheté parce qu’il avait passé les pires années de sa vie dans la ville de l’écrivain. ça l’amusait, et comme moi, trompé par le bandeau qui promettait du sulfureux maudit. Oui, bon, les bandeaux mentent toujours, c’est leur rôle, mais ça intrigue quand même. Intrigué, je l’ai ramené… En gros, me suis fait avoir par la pub, ce qui est rare.

Et pourtant, j’ai du courage ! Et pourtant, j’en ai lu des somnifères ! Et j’ai eu longtemps cette vaine manie de vouloir toujours aller au bout d’un livre… Mais là, je vois bien que j’irais pas, que je vais échouer là, que ma patience n’est plus ce qu’elle était, qu’il y a tellement de textes merveilleux qui m’attendent, que j’irais pas plus loin que le quart de ce texte plus poisseux que dense… Attention ! On a le droit d’être dense, de partir dans d’immense monologue, de rabâcher. On a le droit. On, l’écrivain ici, a le droit. Certains s’en sortent, de tout, du pire, mais pas tous. Surtout quand on fait semblant, qu’on rempli avec du vide, du ressassé froid, sans vie, et qu’on imagine choquer… Choquer qui ? Une vieille voisine bigote ?

Me suis posé la question. Franchement, c’est pas Sade, ni Mandiargues, ni surtout Jim Thompson ! surtout pas et dommage ! et puis… peut-être est-il  d’autant maudit qu’il a écrit juste avant les punks… Pas de bol. Une forme de protopunk, mâtiné de théâtre de l’absurde, le tout très dilué dans une bouillie de patronage XIXe… Mais juste après Orange mécanique, quand même… Déception.

Donc, je vous explique mes grosses 150 pages : la première scène dure plus de 80 pages énormes, qui valent bien chacune une page et demi d’un poche moyen. Pendant cette première scène, le personnage parle avec son tuteur. Parle… N’imaginez pas un dialogue, mais une succession de monologue durant plusieurs pages chacun, monologue monocorde, insane, forclos, dont suintent à peine des problématiques psychosociétales désuètes, fort désuètes déjà en 1970. Je ne sais même pas comment j’ai pu survivre à cette première scène, qui enchaîne sur une seconde, et troisième seulement à la page 150 et quelques, toujours sur place, dans un petit salon, huis clos classique, parfaitement théâtral. La seule chose qui me tenait, c’était l’existence d’un personnage hors champ, constamment évoqué, et aussi cette impression qu’aucun des personnages présents n’avait pas plus de réelle existence que d’identité distincte, comme si nous étions piégés dans une valse schizophréne. Mais cet espoir d’un piège littéraire s’est vite émoussé devant le premier degré lancinant du délire cyclique. Et devant l’évidence que la terrible provocation annoncée n’ira pas plus loin que quelques meurtres plats, une pédophilie masturbatoire, et… un poil de mauvais traitement à personne vieille et dépendante… Soupir…

Alors, c’est pas mal écrit, mais sans plus, et ça sent souvent le tic, le forceps, le truc, le toc, la recette surusée. Au bout de ce bout, le machin d’une adolescence tardive qui fait genre sans rien dans le ventre. Ennui.

Le premier qui me dit « mais attend, attend, c’était après que ça devient bien ! », hé bien, l’avait qu’à être bien du début, le livre, comme les autres… (et puis… j’ai sondé un poil…)

 

 

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