Lecture confinée : L’autre monde

Publié le 15 avril 2020

Lecture de confinage, « L’autre monde » de Christian Garcin (chez Verdier 2007), en accord avec ce moment ou le monde semble comme rendu au sauvage ou à ce qu’il en reste. J’avais donc décidé de lire Christian Garcin à la suite de ma lecture de Travelling, écrit à quatre mains avec Tanguy Viel. Au hasard, je commence par « L’autre monde », une courte divagation autour d’un tableau de Courbet « Cerf courant sous bois ».

Ces divagations, alors même que divaguer est interdit à plus de 3 milliards d’humains, me sont douces, avec en sus cette audace d’une lecture phénoménologique, parfaitement an-historique, d’un tableau marginal et tardif de Courbet.  Avec cette surprise, cette malice des souvenirs d’enfance inventés. Avec cette audace aujourd’hui d’aborder le sauvage mort ou vif, indifféremment, par l’odeur et la texture (je me souviens, sans inventer, que je haïssais la chasse, qu’on m’y traînait de force, parce qu’elle était nécessaire, initiation, seule viande des pauvres de la campagne. Je haïssais encore plus mon père qui m’imposait de tenir le lapin qui va mourir, d’en sentir son agonie sous mes doigts, et de risquer l’engueulade, vive, si je flanchais. Je me souviens de l’insoutenable responsabilité d’assurer la prise pour abréger les souffrances d’une bête dont je haïssais la mort. Je n’en aime toujours pas le goût, des léporidés).

J’avais déjà noté dans le livre à deux que Christian Garcin écrivait chouette. Que ça roulait avec une pointe de sophistication, sans trop, juste ce qu’il faut pour l’esthétique. Mais de la lecture, je dérive incorrigible sur le tableau prétexte : « Cerf courant sous bois ». Dont la marginalité, d’ailleurs, aurait pu être historiquement interrogée. Puisque l’Histoire de l’Art, ce ramassis d’âneries et d’escroqueries, ne s’encombre pas de ces tableaux qui l’empêchent de mentir en rond, et de s’enferrer artificiel dans des dates trop précises. Le tableau clairement plus tout à fait réaliste au sens historique nous oblige a nous souvenir qu’une vie d’artiste ne se résume pas à trois machins célèbres et une date fondatrice, comme celle de l’impressionnisme par exemple (74 ?). Courbet, premier des refusés (1846 je crois), refusé avant même que l’idée ne s’incarne en institution, peint en (peut-être) 1865 un sous-bois flou, brouillard pictural, et une bête chassée jetée dans sa course à la survie, un siècle après les portraits crachés par Fragonard, mais se débarrassant déjà d’un geste libéré de son obsession « réaliste » pour la forme et le volume. « Cerf courant sous bois  est déjà dans ce qui arrive, et par dessus même l’impression fin de siècle, la vitesse le projette dans le début du siècle suivant. Mais il n’y a pas de contradiction. L’impressionnisme qui vient et déjà s’immisce ici est un autre réalisme (s’opposant à l’idéalisme). 

C’était donc ma lecture de mon premier Christian Garcin, et je m’en sers pour regarder ailleurs. Pas gentil ! Pas grave. c’est chouette, donc je vais en lire d’autres, et on verra bien…

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