Sur l’universalisme

Les mots ne veulent rien dire. En soi, ils ne veulent rien dire. Il est amusant, lorsqu’on est enfant, de découvrir que dans un dictionnaire, chaque mot s’explique par d’autres mots, s’expliquant eux-mêmes par d’autres mots, et ainsi de suite, jusqu’à dessiner de belles boucles dans le corps même du dico, sans espoir jamais d’en sortir. Un vertige. 

S’ajoute à ce vide abyssal, cette « absence du monde » dans le dictionnaire, la polysémie des mots, judicieusement oubliée quand ces mêmes mots servent à condamner l’image, par exemple. 

Le langage est un système clôt, irrationnel, mouvant, fuyant, ou l’on ne peut s’adosser nulle part, un monde mou qui se suffit à lui-même, sans aucun ancrage hors de lui. Une folie.

Ce dont se servent les politiques, les religieux, les philosophes à système, les publicitaires, les relativistes, etc.

Le poète et le scientifique tentent d’accrocher la langue au réel. Ils échouent toujours, l’un est pris pour un rêveur par les enfumés du langage, l’autre est assiégé par des armées de langages clos, et fragilisé par sa rigueur même à refuser les certitudes closes.

Ils échouent, car le monde clôt du langage fuit, il n’est pas si clôt, il suinte sale par le performatif, par nous, par la manière dont il nous manipule. Nous sommes les marionnettes du langage. Nous ne sommes que l’interface. Mais c’est une autre histoire.

Et donc…

L’universalisme est un mot.

Il ne veut rien dire. Pourtant, son usage a une histoire. La seule chose que l’on pourrait en faire, c’est raconter cette histoire à l’intérieur des mondes clos du langage (et en particulier dans le territoire du politique).

Mais rapidement, aujourd’hui, je lui vois deux usages, selon par qui il est porté :

— Un usage privé, comme un horizon de la conscience qui tenterait d’accéder à la vérité du fait anthropologique dans sa globalité, dans un esprit scientifique, donc, et donc sans présupposé, mais en cherchant à toujours affiner l’observation « la plus globale » de nous même comme phénomène. Se pose toujours, in fine, la question de l’arbitraire du point de vue et de la validité des outils. Mais on est bien obligé de faire ça “de quelque part” et “avec ce qu’on a” en attendant une hypothétique étude extérieure…

— Et l’usage en crise, de l’outil d’exploitation des particularismes de l’autre par un particularisme qui se projette en universalité. Cet universalisme colonial est en crise depuis longtemps, pour la simple et bonne raison qu’il n’a rien d’universel. Il n’est pas ce qu’il énonce. Il est donc fragile, facile à remettre en cause, et dangereux puisqu’arme qui se retourne contre son usager.

Mais on ne va pas faire comme si les mots voulaient vraiment dire quelque chose ?

 

 

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