Le bon Denis et demi

Publié le 24 avril 2025

Ma première réflexion a été « Tiens ! Marie Ndiaye a eu le privilège d’avoir une seconde entrée dans cette mignonne collection illustrée du Mercure de France ! » (uniquement elle, je crois bien ?) Je voyais cette collection un poil marketing (dont je suis client, car illustré, car photos. Oui, je suis victime d’un vil marketing éditorial, puisque c’est présentement le sixième volume de la collection que nous possédons ici.)
Pourtant, pourquoi ? Je voyais ça comme une collection « One Shot ». Pourquoi oui, puisqu’après tout, je n’en sais strictement rien ? Comme lecteur, on s’imagine des règles à la con, des rigueurs éditoriales à vide, des lois arbitraires… N’importe quoi ! Donc, un second « Traits et Portraits » de Marie NDiaye après Autoportrait en vert. Et puis, ouverture du petit livre souple, et lecture, et après seulement quelques phrases, un frisson, ce frisson du récepteur esthétique qui redémarre, parce que quelque chose se passe dans l’écriture. À la fois une précision sémantique, une étrangeté aussi, et à la fois un intérêt porté à la forme, à l’articulation, et les moyens de cet intérêt, parce que ce n’est pas donné à tout le monde. Et ce frisson encore, de pages en pages, grande surprise, captif de la beauté du texte, de son engrenage subtil et huilé, de sa scansion élégante. Je peux aimer les écritures blanches, l’effacement du style comme style, je peux aussi apprécier les rugosités, et violences mêmes, les expériences, tous les gestes possibles, moi incapable d’une syntaxe non déviante, qui suis-je pour juger ? Mais il n’est pas désagréable de lire quelqu’un qui sache encore trousser des phrases comme Marie Ndiaye. Comme une synthèse du XXe siècle (Duras est passé, mais certaines sublimes phrases d’Aragon ou Pierre Jean Jouve aussi pour l’exemple, ou MES exemples privés). J’avance lentement dans ce tout petit livre, non parce qu’on y avance difficilement, mais pour le déguster, parce que je suis ému, et pour faire durer l’émotion esthétique. Texte court, mais lourd, lourd non de la pesanteur, mais de la charge du dessillement, de l’enquête, du « retour sur » (l’ascendance proche, qui marque un genre en ce moment). Passé le centre du livre, un texte moins écrit, et une forme de relâchement, qui montre que le livre est composite, collage, avec une reprise en main plus loin, mais le mal est fait. Petit décrochement,sans gravité. Pourtant le charme du psychologisme magique est rompu, même s’il se reprend au bord du précipice par l’étrange scène finale d’émancipation filiale. Cette scène finale paradoxalement inaugurale, comme ces finales de certains Almodovar qui semble ouvrir enfin le récit, juste au moment de le clore.

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