Un cas d’anthropophagie administrative : Toussaint est mort dans sa tombe

Publié le 6 mars 2026

Lecture sidérante, fascinante et glaciale de « Toussaint est mort dans sa tombe » de Sadri Khiari chez Actes Sud BD. Sur le destin du corps et des effets personnels de Toussaint Louverture.

Une désuète langue administrative s’y fait élégie et scande sec une forme incroyablement lente et barbare de curée. Le destin d’Hypatie au ralenti, à la vitesse plombée des courriers postaux. Sadri Khiari a transmué cette litanie bureaucratique en chant amer tout en métamorphosant au passage la théorie de bureaucrates macabres et mesquins en pieds nickelés grotesques. L’objet final prend place comme pièce d’un dossier trop vide, d’une mémoire sans accroche tangible, et offre une œuvre de littérature graphique isolée, orpheline, jouant musicale du contraste entre le formalisme compassé des échanges épistolaires indifférents, totalement détachés de leur sujet (le corps d’un homme), et le banalement humain des acteurs grimaçants de cette procession de deux siècles. Deux siècles de dispersion d’un corps, de sa dignité et de ce qui est normalement accolé au souvenir d’un passage sur terre.

Touche au mythe (encore un cénotaphe, d’ailleurs).

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