Collage

« BOTANIQUE » & « BAISER » 2 Joie Panique d’un coup

Nouvelle maison d’édition, « Joie Panique »  sort deux revues d’Art d’un coup, deux superbes livres d’images contemporaines sans commentaire, mais réalisés avec soin et rigueur :

« BOTANIQUE » & « BAISER »

La maquette, la qualité d’impression et la numérotation à trois chiffres permettent de prendre la mesure de la belle ambition de l’aventure. Chaque revue est vendue 15 euros sur le site de l’éditeur, là : http://www.joiepanique.com

J’ai reconnu quelques connaissances perso, comme Céline Guichard, Mathilde Payen, Séverine Gallardo ou Pakito Bolino. Ce qui prouve que c’est une maison qui a du goût… Mais pour être exhaustif :

Le premier volume, « BOTANIQUE », présente 31 artistes sur 96 pages : Laura Ancona, Atak, Frédéric Bélonie, Stéphane Blanquet Blanquet, Elzo Durt, Christelle Enault, Brecht Evens, Shepard Fairey, Denis Félix, Anke Feuchtenberger, Roberto Frankenberg, Séverine Gallardo, Julia Geiser, Art Grootfontein, Céline Guichard, Hoel Von Helvet, Joel Hubaut, Lidia Kostanek, Sophie Lécuyer, Sarah Leterrier, Alexandra Levasseur, Rachel Levit, Lmg Nevroplasticienne, MTA, Helena Perez Garcia, Marc Prudent, Rebecka Tollens, Maïssa Toulet, Aleksandra Waliszewska

Le second, « BAISER », présente 26 artistes sur 88 pages : Flore Kunst, Nine Antico, Stéphane Blanquet, Vincent Bizien, Pakito Bolino, cloé Bourguignon, Marc Brunier Mestas, Isabelle Cochereau, Ayako David-Kawauchi, Luc Doligez, Philippe Dupuy, Elzo Durt, Anke Feuchtenberger, Andreas Haslauer, Joel Hubaut, Hyunjin Lee, Sarah Leterrier, Tristan des Limbes, LPFM, Philippe Narcisse, Julien Pacaud, Gianpaolo Pagni, Delphine Panique, Mathilde Payen, Pole KA et Marc Prudent.

Dedans, c’est comme ça, juste pour jeter un œil :

Brutalopolis

« Brutalopolis » de Mai Li Bernard, aux éditions Waknine, 2017

Alors que le Pop-Art émerge, le Brutalisme en architecture secoue le goût commun habitué au décoratif. Tous les deux sont nés en Angleterre à l’issue de la 2e guerre mondiale. Avec le Brutalisme, le mouvement moderniste reprenait là où il semblait s’être arrêté et insidieusement, le Pop, par son regard second sur des choses existantes, préfigurait le post-modernisme. Mais les deux secouaient l’ordre social des formes. Ces regards neufs sur les choses, les matériaux et les structures, les productions industrielles et les esthétiques utilitaires ou populaires, ont encore aujourd’hui une audience importante. Le Pop n’a depuis jamais cessé d’innerver la culture mondiale, et les sculptures utiles du brutalisme sont très à la mode sur les réseaux sociaux. 

Les merveilleuses éditions Waknine (qui sentent le protège-cahier), éditent aujourd’hui une monographie de Mai Li Bernard : 52 collages de gommettes colorées qui rendent un paradoxal hommage pop à l’architecture brutaliste. Comme une synthèse malicieuse des deux mouvements anglais, le chatoiement coloré des gommettes et une certaine préciosité des structures  s’opposent aux grands principes du brutalisme. Pourtant, derrière cette apparente contradiction, l’usage d’un moyen d’expression éminemment enfantin, simple et standardisé  (d’un nombre limité de couleurs et de formes géométriques), rappelle l’austérité des principes du mouvement brutaliste. Et c’est donc dans le protocole que le brutalisme est respecté, par l’usage tel quel, sans transformation, d’un produit de consommation courante. Et le résultat, qui oblige à porter un regard neuf sur un objet vulgaire, correspond au programme éthique d’Alison et Peter Smithson.

Mais au-delà du titre, lier l’architecture à l’enfance est évidemment pertinent. L’architecte, de l’enfance, garde la maquette, et un jeu d’échelle, un jeu mental, fantasque, entre le géant et le miniature. Avec le dessinateur, l’architecte fait parti de ces privilégiés qui continuent adultes une pratique enfantine. Inventer des architectures en gommettes, c’est ironiquement pointer la dimension ludique de ces formes géantes qui souvent nous en imposent par leur esprit de sérieux. 

« Schiste » de Bill Noir

« Schiste » est le N° 45 de « Jet Lag », la collection de monographie cheap A5 des éditions Lendroit.  C’est une compilation noir et blanc de collage de Bill Noir.

L’art du collage est un art éminemment difficile. Difficile, car en apparence abordable, c’est-à-dire qu’il ne semble pas nécessiter d’apprentissage technique… Et justement, beaucoup essaient et peu s’en sortent. Car le collage ne dispense de rien, ni du sens du dessin,  de la structure, ni de la culture visuelle, d’autant plus qu’il faut maîtriser la provenance et la connotation des parcelles archéologiques d’images qu’on utilise… Et il faut passer après un siècle de collagistes… 

Et Bill Noir est bon. Il sait composer des images nouvelles, fortes, structurées, parfois sculpturales, en utilisant tous les moyens plastiques du collage : les bribes de fugures, mais aussi les textures, les formes, les typos résiduelles et la trace des découpes. Il évite l’eccueil du barroque et de la surchagre sémantique pour chercher une nouvelle cohérence à ces sources hétéroclites. 

On comprend bien ici que l’impression ne rend pas justice aux originaux, mais l’objet se tient, dans sa pauvreté même, à la fois riche et austère, rustique et élégant.

http://www.lendroit.org/catalogue/fiches/948-Jet-Lag-45-Schiste