webculture

L’Album primo-avrilesque toute l’année

Avant d’oublier, noter que l’historique et problématique “Album primo-avrilesque” d’Alphonse Allais (éditions 1897) est en ligne sur Gallica :

« Problématique », car il pose la question de la réévaluation a posteriori d’œuvres, et même d’objets plus où moins volontaires, que l’Histoire dévoie de leur finalité première (le rire, ici) pour les intégrer dans un récit aussi cohérent qu’artificiel (l’Histoire de la musique, de l’Art et plus spécifiquement, l’histoire du monochrome).

Je reviendrais sur ces phénomènes de paréidolies culturelles ultérieurement, mais quoi qu’il en soit, voilà encore un document en ligne, en libre consultation, à l’importance historique incalculable.

 

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Les volumes invisibles (sur Éric Tabuchi)

Je ne me souviens pas bien où j’ai vu pour la première fois une photographie de Bernd et Hilla Becher sur un mur. C’était vers la fin de l’adolescence, mais si je ne me souviens pas du contexte, par contre, je me souviens encore parfaitement de moi devant ces images sérielles, comment elles me sont apparues instantanément comme une forme d’évidence. Une révélation ! Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça, et pourtant j’ai instantanément accepté ce que je voyais comme art. Et plus encore, j’ai instantanément compris comment une démarche simple et répétitive pouvait être poétique. Je ne sais pas pourquoi. Je ne saurais peut-être jamais pourquoi. Mais je me souviens parfaitement d’avoir trouvé ces images aimables, et d’y trouver même des connexions avec des goûts enfantins très personnels, des goûts que je gardais secrets de peur de passer pour fou. Comme le goût des poteaux électriques, des architectures fonctionnelles, des châteaux d’eau, évidemment, des restaurants de bord de route et des stations-service « modernes », des usines, et d’à-peu-près toutes les productions humaines de formes universellement honnies. Je me revoyais enfant, lorsque nous voyagions en voiture, fasciné par toutes étranges constructions, que je tentais de voir longtemps, et survoir encore en tordant la tête, jusqu’à disparition/occultation dans le paysage. Ça me faisait quelque chose. Une sensation, un rayonnement, une émanation d’aura, une bulle fictionnelle qui déclenchait ce que je ne savais pas encore être une jouissance esthétique. Sans m’y intéresser culturellement, dès l’enfance, je m’y intéressais sensoriellement.

Peut-être, pour une part, parce que j’avais été assez superficiellement collectionneur, de timbres, de papillons un temps, de pierres, de ces choses qu’on nous fait collecter. Plus personnellement de livre, et de reproductions de tableaux découpées dans des magazines… car les livres d’Art étaient rares par chez moi… Peut-être aussi parce que je grandissais dans le déclin du modernisme ? Je ne saurais jamais, comme je ne saurais jamais pourquoi un fils de prolo s’endormait en écoutant les sons concrets d’une émission de radio nocturne, l’oreille collée au vieux poste, après avoir avalé un roman, sous les draps, à la lueur d’une faible torche…

Je dis parfois aux enfants d’Internet “nous vivions en temps de disette culturelle ! Vous ne pouvez pas comprendre !”. Mais c’est bien pire encore que ce que « vous » ne pourriez pas comprendre.

Enfin, la série n’était pas étrangère à ma vie. De même que la variation. Ou l’accumulation. Et tous ces gestes qui composent la poétique d’un siècle éteint. Mais ces choses m’appartenaient, indépendamment de mon environnement. Et j’avais même ressenti une forme de jalousie à la découverte que le couple Becher exploitait l’une de ces choses qui m’était si intime.

Ensuite, ce goût honteux pour des choses que mon environnement détestait, d’instinctif, est devenu savant avec les études d’Art. Et un quart de siècle plus tard, sur les réseaux sociaux, je suis avec attention tout ce que poste Éric Tabuchi (depuis mai 2013 me dit facebook) qui semble comme avoir pris en charge “mon” sentiment, pour le dérouler en démarche cohérente. Il sillonne le paysage photographiant ce que plus personne ne regarde, qui à force d’être là disparaît, et surtout, toutes ces « grosses choses » dont on nie ou dénigre l’intention esthétique première. Il fait partie du cercle restreint de ceux qui regardent ce qui doit être regardé, et qui ravivent le lustre de ces gestes anciens abîmés dans le kitch. Ou dans l’oublie. Il dessille.

Évidemment, parler ici exclusivement de ma réception de connecté c’est d’une certaine manière trahi l’artiste Éric Tabuchi, oublier par ailleurs qu’il est un plasticien IRL, pour me contenter de noter, moi aussi, ce que personne ne semble voir : les réseaux sont peuplé par deux grandes sortes d’usagers que j’avais déjà distingués pour tumblr : les colporteurs (majoritaires) et les émetteurs. Les émetteurs se servent du réseau social comme médium, et leur message est d’autant plus fort qu’il est obsessionnel. Éric Tabuchi fait donc partie des émetteurs, et il balance très régulièrement des photographies de ces architectures modestes, invisibles ou considérées comme parasitaires, et toutes ces sculptures géantes qui parsèment notre monde, tous ces volumes, souvent abandonnés, qui dessinent et humanisent le paysage. Une poétique.

http://www.erictabuchi.net

Dans le bréviaire du chaos

J’admire les gens qui ont la certitude du néant. Je n’ai pas même cette certitude-là. Je trouve chez eux une rigueur rassurante que je n’ai pas. Ou que je ne crois pas avoir. Pourtant, ce sont mes frères, comme tous, comme Albert Caraco que je lis ce matin grâce où à cause de David, qui a balancé sur facebook que « le bréviaire du chaos » est maintenant étrangement « libre de droit »…

Un psychiatre, quelque part, trouve dans ce bréviaire l’indice d’un syndrome pré-traumatique, mais c’est plutôt, simplement, un post-trauma classique, le traumatisme ici étant le merveilleux XXe siècle, et le malade mental celui qui en serait sorti sans choc.

Et puis, Albert Caraco n’est pas si rigoureux, oscillant entre vrai désespoir et réaction classique, avec, honte, des indices d’espérance à force de “si”,  de timide “demain” ou autre « besoin »… Le tragique de notre condition n’est donc pas si certain, ou si absolu, si même les désespérés doutent parfois.

Narcisse et Céphalée

Les dessins de Marine Blandin sont beaux. Beaux et jubilatoires. Je crois que si je les aime tant, c’est aussi parce qu’à travers l’archéologie des références purement BD, j’y trouve aussi des évocations du dessin des expressionnistes allemands. Une dislocation chantante à la George Grosz, ou quelque chose comme ça. Enfin, c’est beau. Et c’est encore très ouvert, très libre, très frais et plein de frémissantes potentialités.

Son tumblr s’appelle « Céphalée » et elle y a posté dernièrement des dessins réalisés pendant sa résidence à la maison de la littérature de Québec, et en remontant le temps, j’y découvre un véritable reportage sur… moi ! Oui sur moi ! Trop fier, je ne vais pas me priver de le poser là (même s’il n’y a pas que moi…) :

 

 

Pink Pieles

Vu ce soir, “Pieles”, le conte rose-bonbon d’Eduardo Casanova, jeune réalisateur espagnol. Ce n’est pas un grand film, mais encore une « première œuvre curieuse » et déjà un amusement. En espérant qu’il confirme, car oui, les réalisateurs finissent mal, en général…

À suivre. Et d’ailleurs, facile à suivre sur Instagram :

 

Pas de politique

Je ne discute pas de politique sur les réseaux sociaux. J’y publie des photographies qui sont des messages muets, abscons, indéchiffrables, signifiants seulement pour moi, mais qui gardent toujours en eux l’espoir d’être lu.

Je voudrais que certains de mes posts disent quelque chose de précis, ou plutôt se présente comme un indice discret d’une vérité universelle. Je voudrais, c’est idiot, que naisse une étincelle dans le cerveau d’un autre, que cet autre regarde et comprenne que je parle de la distance relative entre les choses et nous. Que si je poste quelque chose de ma vie, à contretemps du temps collectif, c’est pour dire quelque chose de précis.

 

Militantisme

Pendant une campagne, j’observe les réseaux : je remarque qu’à chaque fois qu’un militant s’exprime, il fait perdre des voix à « son » candidat… Je baptise ça, outrancièrement, le syndrome « Misery » : ton fan est ton pire ennemi.

M’évoque un grand non-dit de la communication que je note parfois ici : s’exprimer, c’est cliver, cliver, c’est exclure. Le premier effet de toute communication, c’est le rejet, pas l’appétence.

En passant chez Apollinaire

Je découvre qu’il croyait les sornettes du vieux mythomane Rousseau, qui n’a jamais été au Mexique. Et après tout, pourquoi ne pas le croire ? Je n’ai jamais compris qu’on attache tant d’importance à la véracité toujours relative des « dires ». Dès la cour de récré, j’étais surpris du plaisir des menteurs à tromper. Et alors ? Oui, et alors ? Alors rien. Si ça t’amuse…

Mais plus loin, Apollinaire, intelligent, se moque des prétentions à régenter la langue qui restera fluide et libre contre tous les manuels. Ses évocations d’Urbain Doumergue, grammairien passablement rigide, m’évoquent un article lu dernièrement sur la « dictature des algorithmes ».

Un article étrange, je ne mettrais pas de lien, et ambigu qui semblait se plaindre du fait que les algorithmes nous enferment plutôt que nous ouvrir au monde, ce qui est une évidence, puisqu’ils doivent bien construire leur tendance sur le passé, à la manière dont ils nous proposent toujours d’acheter ce qu’on vient d’acheter. Ce qui est d’une connerie rare. Aucun marchand humain n’aurait l’idée de demander « vous venez d’acheter un frigo, voulez-vous un autre frigo ? ». Bon, « ils » vont bien finir par s’en rendre compte…

Non, cet article était ambigu, car il se catastrophait de notre consommation de désinformation sur le web. Et semblait attendre des machines qu’elles se chargent de trier le vrai du faux. Ce qui, évidemment, est un cauchemar…  Qui décide de ce qui est vrai ou faux ? La majorité de ce que nous émettons n’a rien à voir avec ces catégories. Et cette manie, et de croire « qu’avant », nous vivions dans un temps où le vrai était vrai, où les journaux étaient sérieux et remplis d’informations vérifiables (ce qui est vérifiable, c’est qu’ils étaient remplis de mensonges et débilités), et d’imaginer, donc, que nous devrions être sous tutelle d’une machine, ou d’une autorité quelconque pour savoir ce que nous devons savoir, croire, dire, faire, et bien sûr pour qui voter…

Toujours la même maladie !

Ce que dit Albert-Kahn en Open data

J’ai toujours éprouvé une certaine fascination pour l’exemplaire Albert Kahn. Son projet, au-delà de la philanthropie et de l’humanisme affiché, semble démontrer qu’il ressentait très puissamment le pouvoir de la photographie, sa capacité à provoquer une mélancolie dont l’objet n’a pourtant aucun lien biographique avec nous.

Aujourd’hui (14 juin 2016), un ami facebook partage un lien sur le site de la fondation :

Je vais voir, et découvre avec satisfaction la géolocalisation des clichés : Read More →

Pape polysémique

Hier, sur mes réseaux, je vois passer deux citations du même discours du Pape qui m’a piqué mon nom. Ces deux citations sont contradictoires et incompatibles. Pourtant sorties d’une même bouche, elles sont colportées par deux populations distinctes de récepteurs et commentateurs. Je regarde ça. Ce petit phénomène. Pense que chacun prend du monde tout ce qui confirme ses opinions, en occultant soigneusement, plus ou moins consciemment, tout ce qui pourrait contredire ou remettre en question ses convictions.

Grande lassitude. Je pense que j’ai cette graine de l’esprit scientifique. C’est-à-dire toujours tenter de privilégier la confirmation contre la cohérence du discours et contre soi-même.

Mais ce n’est pas ce que vous faites, vous tous. Non, vous collectez les matériaux qui composent la carapace qui vous sert à distordre l’image du monde selon votre inclinaison.

Bien sûr, l’Art majeur de ce monde est le mensonge. Et il faut une tête froide pour tenter de défricher dans la jungle des manipulations. Mais ce n’est pas impossible.

Je vous regarde, arracher un bout de sens qui vous convient et le coller sur vous, sur vos fringues, sur vos réseaux, et je me dis qu’il y a pire que la consommation matérielle. Il y a un mal sourd qui consume le monde, son sens, son esthétique, c’est la consommation de l’information. Vous êtes des consommateurs d’information, avec tous les travers du consommateur : jamais satisfait, avide de nouveauté marketing, trop vite lassé, vous êtes à la merci des émetteurs de mensonge professionnel, et d’inconscients menteurs vous-même.

 

Le nouveau blog d’Alfonso Zapico

Alfonso Zapico est passé boire le thé. Nous en avons profité pour réaliser quelques photographies d’illustration de ses livres pour son tout nouveau blog :
www.sweny-studio.com

James Joyce

Le monde à la main

Je regarde la carte des derniers visiteurs de marsam.graphics

Rien d’anormal pour un vieux du Web. Il y a plus de 15 ans, la fréquentation d’un site était naturellement mondiale. Sauf qu’entre temps, il y a eu plusieurs révolutions du web : la révolution commerciale au tournant des années 2000, et celles des blogs après, et ensuite celles des réseaux sociaux. Et avec les réseaux sociaux l’appellation de « village mondial » s’est à la fois confirmé et dévoyé, ces réseaux tendant a rétrécir le monde aux gens que l’on connaît déjà. Avant les réseaux, je notais dans un début de thèse sans avenir que les frontières du Web étaient linguistiques. Aujourd’hui, les algorithmes nous enferment lentement dans ce que nous sommes déjà, et l’utopie universaliste du Web a fait long feu. Et donc, reconquérir le monde passe par un travail lent et laborieux de proche en proche. Le monde arrive sur marsam.graphics, mais il arrive par ses merveilleux auteurs.

Capture d’écran 2016-02-11 à 08.53.01

Quelques heures plus tard l’Afrique apparait un peu…

Capture d’écran 2016-02-11 à 22.42.47

Le podcast de Jessica Abel

Là, c’est un peu particulier. Ce n’est pas un cas de dissémination des photographies de mon blog, mais une demande spécifique. Jessica Abel voulait illustrer le lancement de son podcast sur le storytelling avec des photographies de pique-nique volontairement vieillies, hésitant entre une connotation XIXe ou 60′.

Le résultat est là :

http://jessicaabel.com/2015/09/07/cheese-and-grapes

J’ai utilisé un filtre qui imite, selon son appellation, une “carte postale ancienne” et un autre qui s’appelle “nostalgia” .

mince02

Sur la photographie : Matt Madden, Jessica Abel et Benjamin Frisch