Decor-Export : participation

Publié le 13 juin 2020

Plusieurs fois dans ce blog, j’ai noté à quel point j’étais sensible au travail d’Éric Tabuchi (qui semble glisser au gré des projets vers une double signature « Eric Tabuchi Nelly Monnier »). Enfin, je suis particulièrement sensible à cette poétique-là, qui se déploie, s’expanse, s’allonge dans une démarche globale, engageant le corps et le regard dans une quête toujours renouvelée des formes clandestines d’un paysage dépouillé des préjugés culturels. 

Oui, j’aime ce projet-là

Ici, chez moi, l’instauration historique du confinement a stoppé net ma pratique photographique. Isolement et distanciation sociale m’interdisant la possibilité même du portrait intimiste et des reportages en atelier. Ailleurs, dans leur confinement propre, Èric Tabuchi et Nelly Monnier étaient aussi immobilisés par l’interdiction de circulation. Plus de déambulation possible ! S’inspirant d’une gymnaste chinoise, ils ont commandé un fond vert, se sont photographié et ont fabriqué des silhouettes détourées, et le 21 avril 2020, ils ont proposé l’incrustation déconfinée de ces avatars dans un groupe facebook.  Une forme d’exorcisme ! Une sélection des collages collectés sur ce groupe a donné lieu à l’édition de cet incroyable cahier chez Poursuite :

J’ai donc eu la chance de faire partie des nombreux contributeurs qui ont pu jouer avec les silhouettes et aérer leur confinement par procuration. Tous les collages, de natures diverses d’ailleurs, de l’appropriation au détournement, n’apparaissent pas dans le livre pour des raisons évidentes de doublons. Nous sommes nombreux à avoir eu les mêmes idées, comme associer au premier degré les chaises pliantes avec le camping…

En camping avec mémé

 Mais le plaisir ludique, celui du collage et de la participation à une émulation collective rafraîchissante, s’est doublé pour moi d’une mélancolie très personnelle. Cette proposition a coïncidé avec un grand moment de tri et de scannérisation des négatifs photos de mon grand-père et une partie de ceux de mon père, tous deux photographes amateurs et aujourd’hui décédés. c’est donc sur leurs clichés, particulièrement déconfinés, que j’ai prioritairement incrusté les silhouettes d’Èric Tabuchi et Nelly Monnier… Et c’est assez étrange pour moi d’avoir fait participer ces photos privées à ce geste très contemporain.

Dans les bois avec mes grands-parents photographiés par mon père.
Perdu dans les Pyrénées, photographie François Paul 1983.

http://www.poursuite-editions.org/index.php?/parutions/decor-export/

https://atlasrn.fr/Decor-export

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