Derrière Adèle : Culture partagée contre culture élitiste

Cet article est référencé dans : cinéma, sociologie

Je n’aime généralement pas parler des choses que je n’aime pas, considérant qu’en parler, c’est me contredire en en faisant publicité. Mais je vais quand même marquer ici mon visionnage d’un des plus mauvais films que j’ai vu dernièrement : la palme d’or de Cannes 2013.

Et pourtant, je suis un défenseur de cette compétition, trouvant qu’au-delà de bien des critiques on retrouvait au palmarès, sinon les meilleurs films, au moins les plus grands réalisateurs. Mais voilà, je me suis retrouvé par un concours de circonstances amical dans une salle pour visionner « la vie d’Adèle » en avant première, peut-être parce que certains de mes amis connaissent l’auteur de la BD adapté par Abdel K… Alors je regarde un film sur lequel je n’ai pas d’a priori. En fait, à part un « problème » avec son dernier film, j’avais même plutôt une bonne opinion du réalisateur.

J’ai été presque instantanément lassé de voir la bouche niaiseuse de l’héroïne en très très très gros plan… Et j’ai tout aussi rapidement compris que cette histoire n’allait pas être une partie de plaisir… Oui, pas franchement une partie de plaisir… (Publicité mensongère ?)

Mais je ne m’attendais pas à un tel ennui. Passons rapidement sur la dimension masturbatoire, totalement privée et excluante des scènes dont tout le monde parle. Elles sont affligeantes de fausseté, et comme l’a déjà noté l’auteure de la bande dessinée, Julie M., le produit d’un pur fantasme hétérosexuel sans aucun effort de documentation.

Excluant, c’est le mot pour parler de cette dimension là du film. Tous ceux qui étaient avec moi pour cette projection ne sont pas d’accord sur les qualités du film, mais ils étaient au moins d’accord sur une chose : ce film ne parle pas d’homosexualité féminine, mais met bien en scène une grande masturbation masculine parfaitement hétérosexuelle.

Non, les scènes vaguement crues, en la matière très très en dessous de ce que s’échangent chaque jour les adolescentes du monde entier sur les réseaux sociaux, ne sont franchement pas le défaut de ce film. Le reste étant infiniment pire. L’histoire d’amour est peu servie, seulement scandée par force sécrétions de morve et larmes, et réduite à quelques accès pulsionnels qui, additionnés aux gros plans d’ingurgitation de spaghettis bolognaise, construisent un portrait d’une féminité sans âme qui évoquent les pires heures de la misogynie. La sensibilité, elle, est entièrement réservée aux personnages masculins (et ceci, même si les mâles adultes sortent tous du même moule : épais, viril, avec de grosses voix bien basses. C’est bizarre non ? Passons aussi. Inutile d’être plus méchant que nécessaire.

Non, ce film trop simple, qui n’a apparemment rien à raconter et s’en sort déjà si mal est pourtant tout en trompe l’œil. Derrière les lèvres humides toujours entrouvertes filmées en macro jusqu’à l’écœurement qui ne s’éclipsent que lorsqu’un cul passe et derrière l’histoire d’amour homosexuelle inconsistante, mais dont beaucoup se contentent, semble-t-il, se cache deux fables en gigognes. L’une, première, de l’échec d’un couple dépareillé sociologiquement, et derrière encore, puisque ce film est un film de derrière, une petite vengeance sociologique contre une culture élitiste (bourgeoise) vécue comme excluante, et donc, en pendant, une apologie de la culture partagée, commune, donnée par l’école républicaine. Et cette dernière fable est le véritable sujet du film, et son véritable échec.

Car derrière (vous comprendrez) les tics formels de cinéma d’auteur, hyper codés et qui ne garantissent plus de rien depuis longtemps, la fable ne tient pas une seconde à force de fantasme et de caricature. Le monde sociologiquement clivé dont parle ce film, d’un côté comme de l’autre, n’a aucune consistance ni véracité. Ce qui évidemment, au mieux,  est ennuyeux…

Donc, cette fable… Et bien, je n’y peux rien, hein, mais elle est racontée par les spaghettis bolognaise ! Bah oui… Pourquoi pas ? Dit comme ça, ça aurait pu m’intriguer.

C’est donc un film à deux niveaux de fantasmes imbriqués. L’un, sexuel et très personnel. Pas la peine d’en parler, puisque le réalisateur nous l’impose. L’autre, sur cette culture « élitiste », culture qui, comme de par hasard, est la mienne, et pas de chance pour lui, je ne suis pas un bourgeois, et même d’extraction très populaire. Et donc, je suis particulièrement bien placé pour savoir que ce film ne sait pas de quoi il parle. Alors, si mes amies en couple ne trouvent aucune crédibilité à la fable homosexuelle de premier plan, et que l’arrière-plan sociologique qui sert de structure à l’ensemble est construit sur les préjugés et l’ignorance du réalisateur… que reste-t-il ?

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