Le panthéon des monstres d’Urmuz

Demetru Demetrescu-Buzau, juge suicidé de son état, souffre d’un étrange trouble de la perception qui efface toute distinction entre sujet et objet… Il décrit alors le monde selon ce prisme nouveau, et le résultat est ce qu’il est : fort drôle.

Bon, Urmuz, ou Demetru Demetrescu-Buzau, ne souffre de rien d’autre sinon d’une intolérance chronique à la stabilité affligeante des chagrines bienséances. Malgré quelques complices, son humour disloquant ne trouble guère longtemps l’ordre public. Il tente bien, en bande, d’organiser des canulars désorganisant, mais l’inertie mènera sa pesanteur propre jusqu’au fossé fangeux ou il débutera tranquille sa putréfaction naturelle. Comme les autres.

Sauf qu’il était un singulier énergumène, performeur et écrivain, incohérent tardif, avant-gardiste précoce, cousin de Roussel et de tous les farceurs invétérés qui le suivront dans le siècle, Urmuz a sa place dans une version révisée de l’Anthologie de l’humour noir.

Oui, mais que faire des singuliers producteurs de singularités ? Les panthéonifier. C’est ce que fait la culture, haute, qui érige post-mortem au pic de ses herses les suicidés d’émotion.

Où les éditer en cahiers, comme l’ont fait mes voisins les éditions Waknine, et les lire, pour les sortir de leur isolement culturel mortifère.

Il n’existait qu’un seul livre en français de ce génie pur dont je ne savais rien encore hier, “Pages bizarres” chez L’Âge d’homme 1993, et maintenant “In abstracto” la version neuve chez Waknine,  pas cher et pourtant bijou rare et indispensable.

(En parfait accord avec l’auteur, je viens de comprendre que j’ai lu un livre qui n’existe pas encore… disponible le 15 avril 2017)

http://margueritewaknine.free.fr

 

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