Le vilain petit nerd

Cet article est référencé dans : critique, philosophie, psychanalyse, sociologie

Le nerd est toujours le même. Même s’il y a des nuances. Bien sûr, je me suis fait réprimander par Melanie Bourdaa pour l’usage du terme péjoratif, nerd, en place de celui de Geek (ici : bonobo.net/le-nerd-comme-agent-culturel-approche). Mais le Geek maîtrise quelque chose, c’est pour ça que c’est un geek, la technologie, en général. Et le nerd ne peut qu’en rêver. L’idée ici était de parler de l’adolescent, dans sa chambre, qui ne peut que rêver, longtemps, de nombreuses années, avant d’accéder à la communauté des geeks, à la maîtrise technique ou culturelle, à la place valorisée dans la société. Non, utiliser nerd renvois à l’origine du geek, mais aussi à sa raison d’être, à sa genèse. Car le geek n’est geek que parce qu’un environnement scolaire normatif, et un âge entièrement voué à la norme, l’adolescence, fabriquent le moule négatif du personnage. Le nerd est la manière dont l’environnement désigne le marginal non pour des raisons négatives, mais pour des raisons positives considérées dans le contexte scolaire comme négatives. C’est bien une inversion des valeurs que la norme « médiocre » opère pour exclure le nerd. Et en parcourant ces bandes dessinées, qui répètent à l’envi le fantasme nerd par excellence : la transmutation du cloporte en être supérieur (ce qui est arrivé à Bill Gates et Steve Jobs, par exemple), j’ai cru reconnaître l’un des pseudo-contes d’Andersen les plus célèbres : «Le vilain petit canard».

«Le vilain petit canard», ce conte de la revanche de l’exclu, apparemment défavorisé par la nature, mais brusquement « transmuté » en être supérieur, que la psychanalyse tout aussi normative que les adolescents normatifs persécuteurs va vertement critiquer sous la plume de Bettelheim.

Alors, puisque Bettelheim nous met en garde contre ce conte, on pourrait se prévenir de ses prévenances et même se demander ses liens possibles avec Nietzsche, et tenter de projeter les conséquences à considérer une nature « différente » à certains humains.

Mais encore, le cinéma américain ressasse le scénario : l’exclusion est le fait du groupe, pas de l’individu. Ce n’est pas l’individu qui se considère différent, et fautive interprétation de Bettelheim, le conte n’est rien qu’une proposition de stratégie psychique de survies pour l’exclu. En projetant une intégration glorieuse dans le futur, le nerd espère se réincarner en geek, maître de la technique, de la culture et enfin, des femmes.

À moins qu’on ne soit, humains, comme ces vulgaires canards que j’ai observé et qui parfois, mettent à mort l’un des leurs systématiquement, très longtemps, en lui arrachant méthodiquement les plumes.

Cette petite observation du sacrifice du bouc émissaire qui me rend les théories girardiennes sur l’origine de la culture humaine si  problématiques.

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