Les 4 saisons de Pelote dans la fumée

Publié le 10 février 2017

Voilà, le tome deux de « Pelote dans la fumée » de Miroslav Sekulic-Struja (ici dans son atelier lorsqu’il était en résidence à la maison des auteurs) vient clore l’une de plus belle chose que j’ai pu lire en bande dessinée ces dernières années. Si le médium de pelote est la bande dessinée, le traitement, lui, est pictural. Mais presque à chaque page, je n’ai pu m’ôter le cinéma de l’esprit. Autant le cinéma des Balkans, d’ailleurs, y retrouvant l’ambiance d’un monde disloqué, déliquescent, peuplé d’humains abandonnés, que le néoréalisme italien de l’autre côté de l’Adriatique, où des burlesques de Charlot (cité visuellement) à Jacques Tati. Évocations personnelles. Je ne sais pas quelles sont les références réelles de Miroslav Sekulic-Struja, mais souvent, son réalisme social glisse vers un séduisant baroque fantastique à la Felini (références visuelles aussi).

Nous entrons dans le monde de Miroslav par le regard de l’enfant Ibro, surnommé « Pelote », taiseux et insondable, qui nous laisse voir l’étrange vie qui le ballotte, théâtre disloqué peuplé de clowns tragiques qu’il semble observer (presque) ironiquement, mais sans manichéisme ni jugement. Même les adultes sont comme des enfants perdus impuissants à infléchir le cours des choses, de leur vie, tous désirants dérisoires d’un inaccessible bonheur simple. Chapitré selon les 4 saisons, « Pelote dans la fumée » est un poème cyclique à la chronologie trouble qui construit une mythologie de l’enfance d’une profondeur rarement atteinte par le récit dessiné. Et ce n’est rien de parler d’atmosphère dans pelote, plutôt même d’absorption par l’intensité des vignettes, sombres et lumineuses, comme le temps changeant des saisons.

Pour la forme…

Le pictorialisme est toujours délicat en bande dessinée, car il peut tuer la narration en la stoppant nette ou en alourdissant l’enchaînement sémantique. Et franchement, je détestais ça adolescent.  Je ne suis plus un adolescent adepte de la pure vitesse narrative, et le pictorialisme de Miroslav Sekulic-Struja échappe à tout ce qui pourrait me déranger. C’est même une surprise d’être capté à ce point et de rentrer par la miniature dans une narration ralentie, mais parfaitement fluide, englobante, comme démultipliée par des arrières plans, des visages, des regards, des corps, tous acteurs d’une narration seconde, plongée verticale dans chaque image normalement propre à la peinture qui vient jouer dialectique avec les pouvoirs dynamiques de la bande dessinée. Une superbe surprise et une osmose qui nous offre une œuvre.

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