Petar & Liza, la nouvelle mélancolie de Miroslav Sekulic-Struja

Publié le 14 mars 2022

Quel beau livre ! C’est court et c’est tout ce qui m’est venu à la fin de la lecture de Petar & Liza de Miroslav Sekulic-Struja chez Actes Sud BD, et j’ai eu peur que ça me rende coi. Alors, quoi en dire ? Quoi en dire au-delà du plaisir sensible qu’apporte sa lecture ? Et quoi dire que je n’ai déjà dit à propos des deux précédents livres, Pelote dans la fumée 1 & 2 ? OK, Miroslav est un peintre, mais il est aussi romancier, poète et metteur en scène. Cette synthèse rare lui offre les moyens de raconter visuellement autant que littérairement des choses subtiles, subtiles jusqu’à faire du climat et des lieux urbains ou naturels des personnages de premier plan, vraiment. Et donc de prendre des moyens à des genres et des médiums différents, les cumulant et les additionnant pour enrichir le récit très au-delà des habitudes du genre. Rarement la bande dessinée se montre capable d’évoquer et de camper un contexte historique complexe sans le raconter, par exemple. Pourtant, tout est là, par la grâce de cette synthèse des moyens de la peinture, des différentes narrations graphiques (après tout, le climat est un acteur classique du manga), de la littérature textuelle et du cinéma. Déjà dit, mais il est évident que le très Kaurismäkien Miroslav Sekulic-Struja est cinéphile (un chapitre m’évoque Lamorisse). Et souvent je me suis dit que ma mémoire déficiente ratait sûrement une réf. ou deux… Bah ! Rien qui ne puisse gâcher le plaisir de lecture ou troubler ce ravissement démultiplié par ces mille choses subtiles, par ces mille micro-histoires et portraits pittoresques, ou encore ces mille perspectives urbaines. Et parfois, il ne faut pas rater le sens des regards de personnages secondaires (de figurants ?) pour goûter tout le sel d’une scène. Cette propension à ne pas négliger les détails, pulsion réaliste et claire volonté de documenter, offre une assise et une profondeur à un récit qui peut alors se permettre des digressions poétiques, souvent tendres, drôles et parfois métaphoriques. Mais aucun ingrédient n’est là au détriment des autres, et le récit parfaitement fluide et immersif est scandé par des silences narratifs et des temps suspendus d’une maîtrise miraculeuse. Du grand art, oui, mais quel beau livre !

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