Relire : Lettre aux survivants

Publié le 1 mai 2013

Tu sais que tu es vieux quand tu n’es pas obligé d’acheter les rééditions en BD (rares) parce que tu as les éditions originales depuis leurs sorties. Je ne pense pas avoir exactement acheté celui-là à sa sortie, je n’avais pas encore l’âge d’apprécier pleinement Gébé. Pourtant, il fait partie de ces dessinateurs que je connais depuis toujours, un toujours aux limites de ma mémoire. Mais, longtemps, je ne comprenais pas grand-chose à ce qu’il racontait. Cette Lettre aux survivants, chez Albin Michel 1982, estampillée « Roman dessiné », je me demande si ce livre n’est pas le premier roman graphique moderne publié en France ? Moderne au sens du genre qui va suivre et envahir les rayons au XXIe siècle, au sens graphic novel de Will Eisner, en opposition aux proto-romans graphiques plus radicaux et plus purs de Masereel ou Lynd Ward. Ce roman graphique là, moderne, est une évolution de la bande dessinée, et l’appellation deviendra bientôt générique et labélisera n’importe quoi. En attendant, ça débute comme ça, lentement dans les années 80, et peut-être par ce Gébé là. Cette Lettre aux survivants qui demande un poil de contexte. Si l’on ne sait pas que pendant trois ou quatre décennies l’humanité a vécu dans la crainte d’une guerre nucléaire définitive, le livre devient abscons. Et pourtant, si nous avons survécu (jusque-là) à cette crainte là, notre situation s’est empirée, et la fin que quelque chose qu’on a bien du mal à qualifier d’ailleurs, civilisation ? nous pend au nez de manière plus cruelle encore qu’à l’époque.  Alors, cette lettre aux survivants, s’il y en a, n’est pas qu’un document historique, mais aussi une œuvre poétique et sadique d’ailleurs, une œuvre qui veut croire, in fine, à un possible réveil des consciences. Mais peut-être que ça aussi, ce réveil des consciences, n’est qu’un marqueur historique, qu’une trace archéologique d’une espérance aujourd’hui tarie ? « Où en sommes-nous ? » disait-il. Oui, actualisé, où en sommes-nous ?

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