Mishima et moi

Cet article est référencé dans : littérature, mélancolie

Dans la base de WebObjet, je trouve une note que je n’avais pas publié. Datée du 7 février 2007, cette note a été écrite juste après l’interruption momentanée de la grande page « ça recommence comme ça » [disparue]. Je ne me souviens pas pourquoi elle n’a jamais été publiée. Je la pose ici, dans ce billet. Elle entre en résonnance avec un passage de « confessions d’un masque » de Mishima que j’ai dû relire avant hier, pour les recherches entamées pour Florent. Évidemment, l’orientation sexuelle n’est pas la même, mais en relisant, j’ai même cru avoir fusionné mes souvenirs avec ceux de Mishima, et j’ai cru un moment que lui ne cherchait pas les images dans le placard de son père… Mais si, mes souvenirs de lecture étaient bon, et donc, nous partageons bien un étrange souvenir commun : « Cette histoire de lecture précoce de Sade. Je ne sais pas à quel âge ça a commencé. Je me souviens d’un contexte, de visite chez un oncle qui lisait les journaux satiriques et qui passaient en douce à mon père des petites revues pornographiques. Maintenant, en y repensant, je trouve étrange ces relations entre frère. Je n’envisagerais pas une chose pareille. Mon père cachait ces fascicules honteux bien trop mal, tout en bas de son placard. Il les empruntait, mais n’en a jamais acheté lui-même. Il n’aurait jamais pu acheter ce genre de chose, non par puritanisme, mais à cause de « quelque chose», en moindre peut-être que chez moi, qui me fais depuis toujours désirer le “culturellement qualitatif ”, pulsion en contradiction avec sa condition de simple menuisier, et plus tard technicien. Lui commandaient des éditions bibliophiliques de roman tout aussi pornographique que les fascicules clandestins, mais marqué du sceau de la caution culturelle. Voilà comment j’ai assisté à la lente constitution du rayon du haut de la bibliothèque paternelle. Alors, je ne saurais dire quand ça a commencé. Mais j’ai assez rapidement pris l’habitude de substituer mes lectures enfantines par les volumes de cuir de ce rayon du haut, de cet enfer désirable. Quand je me retrouvais seul dans le salon, en ayant l’air de consulter des ouvrages plus avouables, je subtilisais un exemplaire, réajustais le rayon de façon à effacer le trou, et planquais mon larcin sous mon oreiller. » Je publie enfin ce paragraphe à son emplacement, dans ma bio de la page « à l’origine »

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