« La Nuit » plus belle que les jours d’ici

Publié le 13 octobre 2022

« La Nuit » de Liliane Giraudon, chez P.O.L 1986

Je n’avais jamais lu de texte de Liliane Giraudon. Le dernier Despentes m’est tombé des mains. Échange épistolaire entre un connard et une connasse, rien à foutre. Je n’ai pas compris le dernier Laurent Gaudé. Pourtant quel conteur celui-là ! Mais mettre en place un contexte aussi fructueux, la Grèce « privatisée », et l’abandonner si rapidement pour s’adonner à un exercice de style très convenu de polar si codé qu’on en est parasité par les réminiscences cinématographiques vulgaires, pourquoi ? Et qu’ai-je lu d’autre ? Je ne sais plus, déjà, et puis ce petit livre chiné pour un euro. Un P.O.L de quand l’éditeur était bébé, à peine né de trois ans, objet encore limite auto-édition de poésie, presque trop modeste (comme un court texte de Duras pensais-je en le retournant entre mes doigts). Un « small Polar » annonçait l’éditeur. Small small, peut-être par l’épaisseur, mais pas par la magie, pas par l’écriture, pas par l’envoutement, pas par la violence rentrée et triste. Ça nous arrive des années 80, des années où on pouvait encore éditer un texte elliptique éludé zappé et aussi brumeux qu’une fin de nuit alcoolisée. « La Nuit » du titre, est un cabaret queer, dirait-on aujourd’hui, et Raymond qui a honte de son prénom, est l’un de ses artistes transformistes, parfaitement bisexuel comprend-on, et qu’on découvre par les lettres d’amour d’un homme et d’une femme. « La Nuit » est quelque part dans une ville portuaire non identifiée, une ville dont on ne peut s’enfuir qu’à l’aide de « passeurs » clandestins. On sait qu’il y fait très chaud, qu’elle possède une plage, et que ses nuits sont perturbées par des crimes odieux. Et pas grand-chose d’autre… Il est question, clairement, d’amour, et vague, de fétichisme, de maladie, de meurtre en série, de fuite, de chats errants, de trouble du genre, d’opération (de changement de sexe ?), de guerre peut-être ? Est-on à Beyrouth dans les années 80 ? Marseille ? Istanbul ? Ou n’importe où, ou dans une SF poétique, ou simplement dans un rêve étrange.

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