Pas de titre ?

Ça y est. J’ai trouvé mon blog. Il y a eu des hésitations. Mais là, je sais que je l’ai trouvé, quand après une longue journée, à cette heure-ci, je m’y retrouve au chaud, et que je sais que ça va couler tranquille… J’ai trouvé mon blog.

Cette nuit, j’ai repensé à une scène importante de ma vie. Une scène toute simple, minuscule. Je suis debout, au côté d’une grande fille un peu molle, derrière une fenêtre d’une barre de cité, et nous regardons passer une fille en bas, très en bas, tout en bas. Cette fille à l’allure modeste, petite, rentre chez elle, deux blocs plus loin. Et je connais l’odeur entêtante du parfum dont elle asperge sa chambre. Et dans la nuit, cette scène venait illustrer le moment exact de ma compréhension des dimensions sociologique du désir… Mais en me réveillant, je me rends compte que le même épisode peut être lu différemment.

Bon peu importe la lecture, racontons. Je suis alors ami avec une grande fille un peu molle. Cette fille est «la plus belle du lycée ». En fait, elle n’était pas si belle que ça. Mais elle avait une classe, et sortait avec les minets à décapotable. C’était étrange, car cette bande me détestait. Mais elle était mon amie. Je ne l’ai d’ailleurs jamais regardé comme une liaison potentielle. Je la trouvais trop à peu près tout, pour moi. Elle vivait seule avec sa mère, une grande fille un peu molle en plus vieille, mais très belle. Beaucoup plus belle que sa fille. Toutes les deux avaient un look seventies tardif. Je suppose que sa mère avait fait soixante huit, et je pense même que leur échouage ici, dans cet appartement, devait être le résultat d’un divorce. Ça sentait le déclassement à plein nez. Il y avait une atmosphère si étrange et si calme dans cet appartement. Et donc, je venais la voir (les), et nous échangions des livres. Elle ne m’a d’ailleurs jamais rendu une édition originale de Paul Valery que j’avais naïvement annoté, et j’y pense parfois, en me disant que cette fille que je ne reconnaitrais surement pas a la preuve de ma grande bêtise de l’époque quelque part chez elle. En fait, dans cette cité, j’avais pas mal d’ami, et pas mal d’amie et je tournais pour le café chez les uns ou chez les unes. Et je n’étais donc pas systématiquement chez la fille avec qui je sortais. Donc, j’étais chez cette fille si distinguée, si molle, si grande, et nous dissertions. Ce qui nous changeait tous les deux de notre environnement sociologique. Et je sais bien que c’est pour ça qu’elle me recevait, car ses minets à décapotable ne lui servaient pas pour la conversation. Donc (tiens, j’y pense, mais il m’est arrivé la même chose 3 ans plus tard, dans un tout autre contexte…) Bon, donc, nous sommes devant la fenêtre du salon, derrière la table couverte de fleurs, l’odeur d’encens, et sa mère. Nous regardons dehors en dissertant élégamment, puisqu’on se voyait pour ça. Pas de souvenir de tension érotique. Non, rien (mais j’aimerais regarder avec mon regard d’aujourd’hui pour savoir ce qu’elle faisait toujours avec moi). Et puis je baisse mon regard, et je vois la fille qui passe lentement en bas, tout en bas. Et je dis, « ha, et bien, c’est elle, ma copine… » Et elle qui pose son regard aguerri, et doucement « cette fille ? Cette fille-là ? Hum… Elle n’est pas pour toi. » C’était tombé comme un couperet aiguisé comme son précoce regard sociologique. Et j’ai instantanément compris qu’elle avait raison. Ou plutôt, pour la première fois de ma vie, j’ai compris quelque chose de l’ordre social des désirs. Cette fille, de mon âge, elle en avait de l’avance sur moi !
la fille, en bas, qui n’était pas pour moi, est la première à m’avoir largué salement, méchamment, et à m’avoir déglingué comme plus jamais je ne le serais. Il y a encore des recoins de mon corps qui garde trace des souffrances physiques que son annonce me provoquera. C’était dans sa chambre trop parfumé. Elle avait choisi l’autre. « J’ai choisi l’autre ». Je suis tombé contre le mur, prostré et pris de tremblement. Elle a eu peur. Le SAMU ? Mais non, rien, c’était juste qu’on m’arrachait la peau et les organes internes d’un coup. Pov’tit gars trop sensible ! Bon, pour l’excuse, je venais de vivre deux deuils coup sur coup, et je m’étais réfugié chez elle. Et PAF ! deux mois après, largué ! Hé oui !

Mais c’était aussi la première à avoir dû me prêter son sèche-cheveux pour tenter de sécher mon pantalon qui avait absorbé toute la rosée de la colline juste plus loin… Pas l’un sans l’autre…
Et donc, cette scène de la fenêtre est l’axe autour duquel mes amours tournent. Dorénavant, je vais comprendre que je dois coucher avec les filles avec lesquelles je cause, et pas avec celle qui veut parce qu’elle est là, comme ça. Mais dis comme ça, c’est évident. Mais ça n’a pas marché tout de suite… La suivante fut le plus beau fiasco de ma vie. On change pas du jour au lendemain sans se rétamer la gueule un peu. Ha oui, elle était en Art appliqué ! j’avais pris le truc trop au pied de la lettre : cause d’abord, à l’ancienne, et ensuite vois. Trop causé… Rien vu.