apparent insignifiant

Je reste encore sur ma scène clef du moment, derrière la fenêtre, ou devant selon le point de vue. Cette scène que je réinvente, qui n’avait qu’une place dérisoire dans mes souvenirs, mais qui ici devient un axe majeur de ma vie. C’est comme ça que les choses s’écrivent. Donc, ce moment discret est fructueux. C’est un étrange réflexe, d’appliquer à sa propre vie des tics d’historien ! Alors, selon l’historien du dérisoire, de l’apparent insignifiant, du minuscule, du marginal, du paumé dans un univers trop grand, selon celui-ci, cette scène est encore un autre axe. C’est aussi le moment ou j’arrête, comprenant ce que me dit cette fille-là, à travers les limbes du temps, c’est aussi ce moment ou j’arrête de chercher, de vouloir, d’attendre, de tendre  vers « fille ». C’est le vrai moment de fin de mon adolescence. Le désir vide, le désir conceptuel, le désir sans véritable objet, surtout sans sujet,  juste parce que c’est comme ça, mélange d’hormone et de convention sociale, va disparaitre. Je vais dorénavant ne plus rien attendre. Je vais maintenant accepter ce qui se présente. Bien sûr, mes ennuis ne sont pas terminés. Peut-être même qu’il commence vraiment. Mais la quête idiote, la chasse malsaine des ados en vadrouille, les histoires avortées et plus ou moins sales, c’est terminé, définitivement. En fait, c’est devenu clair en me souvenant de cette situation : plus jamais je n’ai attendu ou voulu, ou espéré, ou fantasmé, ou provoqué, ou, etc. Je me suis enfin lancé dans ma vie, la vraie, sans m’occuper de ce qui se passerait. Bien sûr, je vais tomber amoureux, et la suivante, la fille en « Arts appliqués », ne sera qu’une aspiration vide, et un autre personnage, qui va m’accompagner dans cette période, me dira lui aussi, « cette fille n’est pas pour toi ». Encore ? Décidément, tout le monde sait mieux que moi ! Il ajoutait aussi « mais tu es aveugle, elle est complètent con ! ». Ce qui n’était pas vrai.