érotisme

Dans le con d’Irène

Je suis chagriné, presque honteux de n’avoir lu « le con d’Irène » de Louis Aragon que maintenant. Surtout que ce con-là, j’ai l’impression de le connaître depuis toujours (et je pensais même l’avoir déjà dans ma bibliothèque).

Non, et jamais lu. Pourquoi ? Pas croisé. Pas croisé, simplement.

Aucune importance, l’injustice est réparée, et peut-être est-ce mieux, car je ne suis pas sur d’en avoir goûté tous les sucs, plus jeune. En particulier la motivation passionnelle, de celles, des passions, qui font pondre des phrases comme ça.

Car quelle surprise ! Le con d’Irène, texte maudit parmi les textes maudis, caché, censuré, au titre tronqué du con par Régine D., renié par Aragon, enfin suffisamment vieux pour paraître sans heurt en 2000 seulement, c’est-à-dire 74 ans après son écriture, n’est pourtant pas un texte érotique (mais le scandale n’était-il pas dans ces deux portraits de femmes qui se comportent en tout « comme des hommes » ?). Ce n’est pas un texte de genre, mais juste, simplement, tranquillement, un pur chef-d’œuvre de la littérature. Une merveille d’écriture sensible et sentimentale. Quelle force et quelle beauté dans ce con-là !

Au passage, cette parcelle qui vaut pour le tout (d’un inachevé et refoulé grand roman), le vaut doublement, puisque, d’une certaine manière, bien d’autres suivants sont entier contenu dans ce texte supérieur.

Pour la route :

« Un grand vent qui sortait de la mer creuse et noire, qui sortait de la mer pleine de noyés nus, un grand vent souleva, gonfla, le rideau de percale avec un bruit de ris soudain dans le hunier. On avait vu de mauvaises mines sur la route : visages de poussière, coléreux. Une nuit surnaturelle prend tout à coup le pays à la gorge des collines salées aux bas-fonds des marais où erre on le sait trop le feu grisou qui je le jure est l’âme revenante des enlisés ou pour être juste et rapporter l’opinion commune à tous ceux qui pensent avoir secoué à jamais le manteau souris des superstitions la combustion inexpliquée et détonante du gaz méthane des tourbières, et il n’y a pas là de quoi s’inquiéter, même à la nuit, même à la nuit surnaturelle qui s’abat soudain vers les quatre heures des bocages bleus aux combes humides, alors qu’il rôde quelque part un homme, magnifique à en croire le voiturier de retour de la gare, sous les premières gouttes larges de la pluie et dans le désordre des herbages frissonnants de la panique prévoyante des insectes. »

 

Si j’avais de l’argent… l’édition originale avec les illustrations d’André Masson, oui

 

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Pink Pieles

Vu ce soir, « Pieles », le conte rose-bonbon d’Eduardo Casanova, jeune réalisateur espagnol. Ce n’est pas un grand film, mais encore une « première œuvre curieuse » et déjà un amusement. En espérant qu’il confirme, car oui, les réalisateurs finissent mal, en général…

À suivre. Et d’ailleurs, facile à suivre sur Instagram :

 

C’est moi ?

Elle me montre un tumblr inconnu.
— Regarde, au milieu, le dessin…
— C’est un de tes dessins… pourquoi tu me le montres ?
— Ha ha ha ! Quoi ? Tu n’as pas compris ?
— Quoi ?
— Mais c’est toi !
— Ha ? Mais la tête… ça ne me ressemble pas…
— Oui, c’est métaphorique… Regarde le sein surnuméraire !
— Ha oui !
— C’est un portrait de toi… C’est toi… Pfuuu T’es pas observateur !
— Bon, OK… Faut que je mette ça sur mon blog ! Read More →

Le réverbère

Hier matin, en vélo, je me suis pris un réverbère. PAF ! Une seconde de distraction, et pas vu l’arrière d’une camionnette qui rétrécissait l’espace derrière les voitures garées.

C’était étroit, mais je pouvais passer. Si j’avais vu la chose venir, je serais passé tranquillement, élégamment même, en accélérant avec un poil de morgue et cette sensation si agréable d’avoir 12 ans. Mais la surprise m’ayant déstabilisé, j’ai donné un violent coup d’épaule au pilier de métal qui n’a pas bronché. Selon les lois de la physique, mon corps tentant de pivoter autour de cet axe trop fixe, ma hanche s’est écrasée lourdement à son tour. Par réflexe, mon poignet est venu frapper le métal qui n’a même pas crié. Je ne sais pas comment j’ai évité la chute, mais j’ai repris maladroitement ma trajectoire, bien conscient qu’il n’y avait plus rien de gracieux là-dedans… En m’éloignant, je ressentais encore l’onde du choc dans tout le corps qui s’additionnait d’une légère contrition morale.

Étrangement, il me reste peu de choses de ce petit accident. Une trace brune sur le poignet, une légère onde de douleur dans les lombaires et la hanche et une raideur dans la nuque. Le choc a suffisamment été réparti sur la hauteur du corps pour m’éviter les hématomes.

M’en fous, car dans l’après-midi, François Bertin de l’atelier d’en face (distance : largeur du couloir), m’a remis la première partie de son livre en chantier sous forme d’une liasse de feuilles libres. J’avais été très surpris, lors de notre première conversation, de découvrir des similitudes entre ce que j’avais écrit en avril 2013 et son projet. Je lui avais donné mon texte et j’avais récolté des compliments et même un enthousiasme qui m’apparut sincère. Très agréable.

C’était donc à mon tour de le lire. Et ces feuilles volantes m’ont apporté un vif plaisir. En effet, nous avons quelques souvenirs presque communs, ou cousins, et une même manière de découvrir sa libido. Et moi qui croyais avoir écumé mes souvenirs présexuels, la lecture de son livre en chantier m’a provoqué une salve de réminiscence ! Des choses enfouies, perdues, dont je n’avais même plus idée me sont revenues, ravivées, comme à 13 ans,  la ligneuse grande sœur de mon copain avec qui je jouais au foot, entraperçu dans leur salle de bain. Ou encore cette fois, bien plus tard, où j’avais dû dormir dans la chambre de la sœur d’un ami. Une chambre de fille, avec toutes les odeurs et toutes les textures d’une chambre de fille. C’était si troublant de se glisser dans les draps de cette absente à l’aura si forte ! Et d’autres souvenirs encore que je ne noterais pas ici, par pudeur ou pour les garder pour ailleurs, peut-être…

Oui, ma vie actuelle émaillée de privilèges peut bien supporter un réverbère trop inflexible ! En un seul après-midi, parcourir les charmants carnets de dessins de Giulia Sagramola, parler avec elle de la spontanéité du premier trait,

IMG_5993

Classeur de Giulia Sagramola

ensuite lire un gros chapitre d’une fluide, élégante et sensible bande dessinée autobiographique, et enfin terminer en discourant sur le roman et les personnages avec son auteur…

IMG_6102

2 pages du prochain livre de François Bertin chez Warum

 

 

Marketing

Mais pourquoi n’ai-je pas pensé mettre « sexe » dans le titre d’un article Culture Visuelle avant ? Et, même si c’est un billet très subjectif et rapide, je gagne enfin d’autres lecteurs que les lecteurs à gros cerveaux habitués du lieu !

L’épreuve sexuelle

À partir de :

– La vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche
– Welcome to New York,
d’Abel Ferrara
– Nymphomaniac,
de Lars von Trier

Où sont les désirants ?

Dans ce début de XXIe siècle, Le sexe au cinéma est morbide, sadien, triste, marchand, froid, sportif, désespéré… Mais aussi paradoxalement cru et factice. Et devant le rejet à peu près universel que provoque le dernier Ferrera, je me suis demandé si nous n’étions pas arrivés à un point limite ? Car je n’aurais jamais cru écrire ça un jour, mais au cinéma, je sors maintenant moralement et physiquement épuisé des scènes à caractère sexuel. Read More →

Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 4 / subjectivité

Les chapitres précédents de cette promenade en Tumblr :

1 / Introduction
2 / construction de la machine
3 / lectures

Mais là, maintenant, reprenons du début. Puisque j’ai décidé ici de simplement raconter mon parcours dans Tumblr, dedans Tumblr, car il y a un dedans de Tumblr qui n’est pas accessible par la navigation Web. Puisque j’utilise Tumblr pour observer Tumblr. Et puisque je ne connais pas d’autre moyen que rentrer quelque part pour savoir « comment c’est dedans ». Et il sera toujours temps de se poser la question du sens de cette expérience. Mais pour l’instant, continuer à raconter… Read More →

Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 3 / lectures

Voilà, si vous avez lu les deux premiers chapitres, j’ai maintenant à disposition des collections d’images thématiques, dont les thèmes m’ont été dictés par l’observation d’un flux d’image alimenté par plus de 450 blogs tumblr. De nouveaux thèmes pourront émerger, s’imposer, et d’autres que j’avais « pressentis » se sont avérés décevants.

Chapitre 1

Chapitre 2

Ce qui est à comprendre, au vu des premières réactions et de quelques conversations, c’est que je ne suis pas un utilisateur lambda sur Tumblr. En général, on me dit « je n’ai pas la même expérience que toi». Mais si je m’en étais tenu à une expérience d’utilisateur lambda, ou de « joueur » adolescent qui chasse le follower, je ne verrais passer que des images ayant de près ou de loin rapport à l’Histoire de l’Art dans un cas, ou des Lolcats dans l’autre. Je n’aurais pas croisé les obsessions visuelles involontaires des « autres », à définir, ni la pornographie dont je n’ai pas l’usage. Pour avoir une idée, même imprécise, de ce qui parcourt ce réseau en arrière-fond, il fallait accepter ce que personne ne fait jamais : s’abonner à des blogs avec lesquels je ne partage à priori rien. Je dis à priori, car je crois que je partageais bien plus de choses avec mes contemporains que je n’aurais pu l’imaginer, et surtout que je n’aurais dit si l’on m’avait demandé de décrire mes goûts. Read More →

Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 2 / construction de la machine

Je pensais originellement écrire un gros article synthétique sur Tumblr… Mais j’ai cette étrange habitude de me donner à l’expérience, au point de m’installer comme rat de laboratoire à l’intérieur même du dispositif que je construis.
Je n’ai donc pas dérogé à mes habitudes ici.

Reportez-vous à l’introduction pour la présentation de Tumblr.

J’en suis là de mon récit : Je me retrouve maintenant avec un blog de « collecteur », c’est-à-dire de partage d’images que je devais choisir dans ce que proposaient les blogs auxquels j’étais abonné. Ce premier bog : Read More →

Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 1 / Introduction

On n’aborde pas un réseau social sans s’y plonger

Depuis environ 6 mois, je me suis immergé dans l’un des hauts lieux de l’imaginaire contemporain partagé, le réseau social et plateforme de blog « Tumblr ». Si vous connaissez peu, n’allez pas imaginer que ce réseau est très secondaire. Relativement peu connu en France, il semblerait qu’il arrive devant Facebook chez les jeunes américains (13-25 ans), et sa courbe de croissance est très supérieure à celle de Facebook. Read More →

Un conte avec des parents abusifs, de la violence et la mort !

 

 Caran d'Ache

Caran d’Ache

C’est un conte cruel, comme un roman de Boris Vian, qui raconte comment des parents angoissés tuent l’imaginaire de leurs enfants à force de vouloir les garder de tout et n’importe quoi. Comment des parents dans un mélange de superstition et d’appréhension espèrent pouvoir préserver leur progéniture des tourments mentaux, accidents naturels de notre vie psychique en formation. Des parents qui ont plus peur des cauchemars de leurs enfants que de ce qui sort de leur propre bouche, chaque jour, quand ils s’adressent à eux. Read More →

Bête

Je suis une bête qui aime l’autre bête. Je ne suis pas fétichiste. J’ai essayé de l’être à une période de ma vie, en partie par mimétisme culturel, en partie par ennui. Mais je ne suis pas fétichiste. Je ne suis qu’une bête qui aime l’autre bête.

Le nerd comme agent culturel (approche)

homme-vitruve_brooksCet article note en vrac et peut-être trop rapidement quelques réflexions un peu fermées sur la figure du NERD comme objet historique. Il faut préalablement lire « Spider-Man est-il un mythe ? », être familier des concepts préférés d’André Gunthert et connaitre à peu près ce qui s’est produit depuis 1945… L’article utilise l’univers de la Marvel, pour rester cohérent avec le postulat « Spider-Man », mais aurait pu très bien s’illustrer avec Hollywood, ou l’édition japonaise, ou même française (en plus tardive). Read More →

Albator : Trésor vivant, nostalgie et misogynie

matsumotoJe me suis dit un peu rapidement « pour me remettre en jambe, pourquoi ne pas profiter de la venue en France d’un trésor vivant du Japon ? ». Oui, c’est vrai ça, pourquoi pas ? Et c’est innocemment que je me suis penché sur le cas de Leiji Matsumoto de passage au 40e Festival international de la Bande dessinée et papa de celui qui reste ancré dans la mémoire d’une génération de français sous l’étrange nom d’« Albator », série d’animation qui participa à l’invasion de la TV française par les animés nippons dans les années 80. Read More →

L’homme est-il brun ?

C’est la question que je me suis posée lorsque j’ai découvert une page entière consacrée à cet étrange genre littéraire qu’on nome littérature sentimentale, ou à l’eau de  rose, ou directement par le nom de la plus célèbre des collections : « Harlequin ».

Ha, ça existe encore, et le site est tout rose !

Je ne sais pas pourquoi, cette fois-ci, j’ai vu : sur toute les couvertures, le même homme, à quelques nuances près, comme si au cinéma un acteur unique avait du jouer dans tous les films, et donc ici, dans toutes les histoires d’amour et d’argent mêlées. Read More →

Qui a peur du corps ?

Réflexions autour du livre « sublime maladie » de Céline Guichard

Il paraît qu’on a peur de la mort

Est-ce bien sûr ? Chez les animaux, il existe une hypnose étrange, automatique, que l’on peut provoquer en retournant l’animal brusquement et en le maîtrisant. Le cerveau entre alors dans une sorte de catalepsie. Il paraît que ça sert à « faire le mort » lorsque l’animal est pris par un prédateur qui cherche une proie « vivante »… Ce qui est une explication comme une autre, même si l’on peut s’interroger sur l’utilité de « faire le mort » lorsqu’on va mourir ? Non, c’est une évidence, cet état d’inconscience automatique ne sert qu’à une chose, à ne pas souffrir lorsque la mâchoire du prédateur va se refermer. Ainsi, la nature a-t-elle prévu un mécanisme adoucissant l’agonie (comme l’étrange libération d’endorphines). C’est questionnant.

D’où ma question : a-t-on vraiment peur de la mort ? C’est-à-dire du rien ou de l’inconnu, selon l’option ?

Peut-être.

Comme l’inconnu angoisse toujours, pourquoi pas, mais n’y aurait-il pas plutôt une peur infiniment pire ? Par exemple… qui n’a pas peur de souffrir ?

Oui, souffrir, nous en avons peur de manière viscérale, et cette peur là est si occultée qu’il est interdit de divulguer les manières de se tuer sans douleur, car alors, il n’y aurait pas à douter de l’épidémie…

Rappelons-nous une seconde qu’il n’y a pas toujours eu l’interdit totalitaire du suicide, comme l’évoque Montaigne, la « morale classique » était même inverse de celle en cours, considérant qu’une vie ne vaut d’être vécu que lorsqu’un équilibre se maintient entre plaisir et désagrément.

Donc, beaucoup n’ont pas peur de la mort, et même la désirent pour cette raison, pour cette vraie peur, la peur de souffrir, la peur de souffrir encore, encore plus. Car nous avons un corps, et c’est par lui que cette peur-là s’installe. Enfant, lorsque nous prenons conscience de nous, nous découvrons notre corps, et découvrons tous les malheurs qui nous arrivent par lui. Et ceux qui ont moins de chance génétique que d’autre ont chaque seconde de leur vie pour le maudire, ce corps qui n’est pas « comme il devrait », sans espoir de comprendre pourquoi. Et ceux qui ont des symptômes, des failles, des erreurs, des déformations, ne parviennent pas à assumer l’énormité de l’injustice qui leur a été faite par le sort où l’accident. Pire, on pourrait alors penser que les autres, les chanceux, s’en moquent éperdument, mais non, car ceux qui n’ont, en apparence, pas de tares physiques en ont viscéralement peur ! Et pire encore, quelle que soit la loterie des origines, ceux bien lotis vont devoir vieillir, et alors, se confronter aux aléas, aux accidents, aux accrocs de la vie… et vivre dans l’angoisse.

Le dualisme est né de ça, de ce constat qu’il n’y avait qu’une dimension qui échappait à la forme totalitaire du corps : l’esprit. Et qu’un homme hideux puisse écrire le plus beau des poèmes a encouragé les philosophes à chérir l’esprit et haïr le corps.

Alors nous aussi, nous avons peur du corps, nous avons peur de ce gros morceau de chair qui vieillit, qui s’use, s’enlaidit, et peur de tous les dangers qu’il court, de sa faiblesse, de ses caprices qui s’incarnent en maladie, et de cette prison de douleur qu’il représente parfois, souvent, et pour certain, toujours…

Et ainsi, nous n’aimons pas les artistes qui nous obligent à nous confronter à cette peur là, et les artistes, pourtant, veulent affronter ce corps, sa présence, sa forme, ses formes, ses beautés comme ses difformités.

On pourrait réécrire l’histoire de l’art comme l’histoire de cette confrontation là.

Nous avons peur du corps comme nous avons peur des monstres, et le corps est le lieu même de la monstruosité, il est le monstre. Tous les monstres des contes sont des corps différents, au point qu’on n’imagine jamais, par réflexe, qu’une apparence d’ange puisse cacher un monstre. Pourtant…

Au point qu’il est des utopies qui espèrent se débarrasser du corps, ou le remplacer par une belle mécanique, bien inerte, dont chaque pièce serait remplaçable à l’identique. Les artistes, qui questionnent la forme du monde, questionnent notre corps depuis toujours, donc, et le questionnent encore aujourd’hui. Étrangement, cette confrontation est toujours d’actualité, perpétuellement renouvelée, puisque nous n’avons toujours pas vaincu notre corps, ni par la mécanique, qui s’instille déjà en nous, ni par la chirurgie, qui dessine si mal ce qu’elle tente de corriger.

Pire, il semblerait que plus le risque d’attraper certaines maladies s’éloigne, plus certaines difformités sortent de notre quotidien par la détection précoce et les médicaments, et plus la monstruosité physique rentre profond dans l’inconscient, et profonde, vient chatouiller l’endroit d’un nerf à vif, qui énerve d’une angoisse d’autant irrationnelle qu’elle n’est plus, pour une grande part, qu’imaginaire.

11050693_914617208578166_8100918268893074308_n« sublime maladie » de Céline Guichard

Les « sublimes maladies » de Céline Guichard provoquent. Elles provoquent ça. Elles nous provoquent puisqu’elles osent nous confronter à ce monstre potentiel que nous avons occulté. Et elles dépouillent l’angoisse du monstre de son aura fantastique, de son prétexte imaginaire pour nous le montrer nu, tel qu’il a été partout, et qu’il est encore parfois hors du cadre de vie de cette grande classe moyenne mondiale hygiéniste qui s’imagine être « le monde ». Elles le montrent sans qualité, elles nous montrent, elles nous montrent nus, dans notre possible destin commun d’excroissances charnelles déviantes, délirantes et repoussantes.

Les dessins de Céline Guichard complètent les images de maladies prises par le corps médical comme objet arraché au corps, détaché de toute humanité. Le dessin ajoute le reste du corps, où reconstitue le visage, redonne donc de l’humanité à ce qui n’était qu’un symptôme, rappelle que c’est bien notre corps, à nous, qui fait « ça », produit « ça », et aujourd’hui encore,  ne se laisse toujours pas dompter si facilement.

sm1-240x250

Le livre, sur le site de l’auteur : http://celineguichard.name/sublime-maladie-ed-strane-dizioni-2012

10168152_914617205244833_8992761512141514110_n

Tendance Jeandel

mtMes petites recherches sur Charles-François Jeandel ont régulièrement des conséquences inattendues. Comme celle-ci : Je signe un article dans « Mode & Tendance » N°11 / Automne Hiver 2011-2012. Le titre n’est pas de moi, mais l’article, si si ! Même si c’est un lieu un peu étrange pour publier mes recherches historiques sur le plus ancien des photographes bondeurs connus à ce jour… Charles François Jeandel est un très mauvais peintre de la charnière du XIXe et XXe siècle qui fait une carrière posthume aujourd’hui pour avoir rempli un unique album de photographies cyanotype de femmes nues attachées. Une pratique qu’on nomme « Bondage » dans les milieux du fétichisme. J’ai publié mes recherches (dépassées maintenan) ici

Grande scène de mort

[Cet article était préalablement publié sur www.leportillon.com en date du 5 avril 2008. Mais il datait de l’automne 2006, si mes souvenirs sont bons… sa date de publication ici est le 6 mars 2013. Mais il est antidaté pour ne pas parasiter le flux]

Vous connaissez Max Beckmann ?

À la sortie de l’adolescence, je me suis pris d’une passion pour les expressionnistes allemands. Leur peinture représentait pour moi une sorte de quintessence de la peinture. Une toile ne pouvait être expressionniste qu’en étant la trace d’une énergie picturale pure, paradoxalement moins maniérée que dans l’abstraction, car la représentation brutale obligeait la forme sans échappatoire vers un quelconque esthétisme. Les toiles les plus crûment picturales ont été produites par ces gens-là, à cette époque-là, dans la broyeuse des deux grandes tueries mondiales. Read More →

Bondage français

Jeandel était un petit bourgeois d’une calme province française, né au milieu du XIXe siècle, discret comme il se doit, suffisamment cultivé, aspirant-artiste, passionné d’archéologie régionale, catholique de convenance, raisonnablement progressiste, plutôt gentil, et toute sa vie fidèle (selon les critères bourgeois de l’époque) à une femme bien plus jeune que lui… En résumé un homme du XIXe siècle sans histoire. Mais même les vies sans histoire ont parfois de l’ironie.

Read More →

la femme-félin, figure zoomorphe transculturelle

« L’amour est la plupart du temps un sous-produit du meurtre »
Agatha Christie

Notes du 9 août 2010

Mes enthousiasmes désordonnés naissent généralement d’une simple coïncidence. Ainsi, de la coïncidence de deux recherches concomitantes — sur le photographe Charles François Jeandel, qui m’obligeait à lire les publications des psychiatres de la toute fin du XIXe siècle, et d’une folie aussi compulsive qu’éphémère pour le comics US des années 40 — est née une brusque accumulation d’informations sur la persistance transculturelle d’une association symbolique, celle de certaines « femmes » et de certaines qualités que l’on prête aux félins.

Fin 2008, le même jour, j’ai croisé dans une vieille bande de Mandrake une femme-felin (« La comtesse mystérieuse », une charmante aventure de Mandrake datant de 1946) évoquant fortement la CatWoman de DC comics, et découvert avec stupeur que des « femmes chats » avaient réellement existé dans les asiles du professeur Charcot… J’ai créé un répertoire sur mon bureau, et j’ai commencé à y déposer les femmes-chattes que je croisais. En très peu de temps, c’est devenu une collection conséquente, qui traversait les genres du XXe siècle comme la littérature du XIXe. Read More →

Homme-tomate et femme serpent…

Ha joies du réseau ! Ou plutôt, ho joie de Google image !

Je découvre l’autre jour une image d’un amateur de latex qui s’est transformé en tomate géante…

J’ai eu un moment de flottement… Se transformer en bulle rouge de latex… comme perdue dans une matrice artificielle… pourquoi ? Et pour quelle sensation ? Pour l’esthétisme de la chose ?
Je me suis interrogé sur cet éloignement extrême de la motivation sexuelle primaire. Parce qu’il me semble que je peux comprendre bien des pratiques, et parfois la libido va se loger dans des lieux inattendus, mais je me suis vraiment demandé comment on pouvait passer du monde ultracodé du fétichisme, et spécifiquement de celui du latex, seconde peau et entrave, au costume de tomate géante, de bonhomme Michelin ou de mascotte d’émission TV ?

Il semble qu’il y a alors une confusion d’influences diverses, une convergence de codes qui se rencontrent grâce à la plasticité d’un matériau.

Je sais bien que les fétichistes aiment mettre en avant l’esthétisme de leur pratique, jusqu’à en nier parfois les motivations sexuelles. Et c’est une chose parfaitement concevable, et même indéniable, qu’il y a dans ces pratiques créations d’une esthétique spécifique. Mais c’est aussi pour les adeptes une manière habile de jeter un voile de dignité sur des pratiques symptomatiques en confondant motivation et finalité.

Mais soit, après tout, le joyeux monde du fétichisme produit des images souvent réjouissantes, et depuis qu’adolescent, j’étais abonné à Metal Hurlant, je reste sensible aux univers déviants. Et de manière plus sérieuse, ce n’est pas mon propos ici de savoir si toute oeuvre d’art est [n’est qu’] un fétiche.

Alors, puisque j’étais devant un motif si intrigant, un homme transformé en tomate (c’est moi qui dis « tomate », pour rire, bien sûr…), je me suis demandé si je pouvais trouver des filiations anciennes aux images produites par les fétichistes modernes. Peu importe l’arbitraire de la démarche, le propos est toujours de découvrir des correspondances inattendues, et de montrer, peut-être, qu’une nouveauté formelle est toujours très relative.
Évidemment, ça n’est pas très utile de rappeler les références conscientes de ces pratiques, les emprunts directs aux tenus de plongeurs ou de pilote d’essai, ou aux superhéros de comics et personnages de science-fiction. Même la référence aux personnages rebondis d’émissions enfantines, qui m’a semblé au premier regard bien « bizarre », est assez facilement acceptable par un petit détour psychanalytique.

Non, l’étrangeté de l’imagerie me semble la rattacher plutôt à la longue et riche histoire de l’étrange, bien plus ancienne, et cela par dessus celle du surréalisme qui présente déjà un univers référencé. C’est au passage amusant que les images surréelles qui se doivent normalement être l’émanation de l’inconscient soit à ce point des pures productions culturelles totalement référencée.

Ce fétichisme-là, découvert au hasard du web, par l’étrangeté du motif, par la dérogation de la scène « naturelle » du corps, semble plutôt évoquer un vieux fatras symboliste. Ces images nécessairement scénographiées, puisqu’accessoirisées à l’extrême, fabriquent des motifs qui excèdent leur motivation. Nous sommes plutôt plongés dans un univers énigmatique proche de la grande tradition hermétique. Avec ces personnages bizarres dans leur combinaison « hermétique », justement, avec leur accessoire à l’usage tout aussi mystérieux, leurs organes surnuméraires et zoologiques, le fétichisme du latex propose des énigmes à tout regard sexuellement non concerné.

Quelle alchimie dans ces creusets humains ? Quelle transmutation de l’esprit dans ces cuves pressurisées ? Et enfin quelle finalité pour ces cérémonies occultes ?
On est décidément très loin de l’amateur de talon aiguille !

1 – L’un des étranges angelots rouge de Jean Fouquet (détail de « La Vierge ». 1450)
2 – « Splendor solis », Trimostin, XVIIe.
3 – « Aurora consurgens » XVe.`
4 & 5 – Détail du « jardin des délices » de Jérôme Bosch 6 – Isidore de Seville, « De natura rerum », IXe siècle.

Chien de sa chienne

Comme j’adore me contredire. Découverte d’un film inconnu : Un chien qui rapporte, d’un quasi-inconnu, Jean Choux. Un film sans intérêt. Presque. Au détail prêt que formellement, le truc est explosif, que Jean Choux s’amuse au Jump-Cut 30 ans avant Godard, que le son s’accélère, que la caméra se retourne, que ça monte frénétique, épileptique, que ça s’amuse avec tout, et tout ça, pour rien, presque rien, raconter une gentille histoire de cocotte. Au détail prêt que ce film est quasi érotique, subliminale sur l’anatomie d’Arlétti, accidentelle, mais gardée au montage, et osé, osé, avec 30 ans d’avance, aussi. Comme quoi, la forme, le style, ça a du style quand même, et un petit film de merde peut foutre en l’air les hiérarchies historiques.

Implicite, détournement du Web-Porno

Jeu sémantique implicite/explicite

Appropriation détournement.

Depuis 1999, je détourne des images pornographiques transitant sur le web. Le choix est rigoureux, selon des critères esthétiques qui me sont propres. L’idée est de rendre ces images, utilitaires donc explicites, inutiles et implicites, de les dé-iconiser ( l’icône, en tant que vecteur de dévotion, est une image « utilitaire » censée « présenter » la divinité. D’une certaine manière, un cousinage existe avec l’image pornographique en tant que support fantasmatique trancendental opératif) pour en faire des images, mes images.

Paradoxalement, le décadrage et le travail sur la matière même de l’image les transforment au point de les rapprocher de l’imagerie religieuse traditionnelle non iconique et plus largement de la peinture classique.

L’œuvre manifeste, déjà exposée, est un tirage numérique d’1m 40 de haut qui s’intitule « l’Échelle de Thérèse » et joue donc sur l’ambiguïté extase/épectase.

Mais pour les détourner, transformer, transfigurer, je ne m’interdis aucun des moyens plastiques du numérique. Elles doivent dévoiler leurs natures d’image numérique, par la mise en évidence du pixel, voire de la compression JPG. Elles doivent perdre leur utilitarisme en tant que support fantasmatique immédiat, mais « dévoiler », par la disparition de l’explicite, leur esthétisme classique et leur potentiel d’ambiguïté.

Les images choisies peuvent être doublement « corrompues ». J’ai une particulière prédilection pour les images corrompues par leur passage par le net. Lorsque certaines données manquent, l’image apparaît tronquée, voire voilée, parfois même superposée, à la manière des anciens ratés des photographies argentiques. Ces images-là sont les plus chargées, les plus aptes à dégager une aura fictionnelle.

Dans cette série, le rapport à l’échelle est important. Ces images sont conçues pour être imprimées à des tailles réservées à la peinture ou projetées sur écran. Il est évident qu’elles ne sont pas vraiment adaptées au net.