C’est ici

Je cherche ailleurs, insatisfait. C’est ici. C’est ici que je reviens, ici, chez moi.

C’est un balcon, une avancée, comme une scène au-dessus d’un air modeste. Pas de grandiose, rien de grandiloquent, pas le truc à faire frémir un romantique, non, juste un espace assez vaste qui se perd rapidement en vallons usés.  Dessous, en bas, là où tu tombes si tu glisses, un bout de rivière, un coude, une virgule d’eau verte, du genre à ne pas y tremper un orteil sans analyse. Un paysage contrariant. Un paysage à la peine. Avec d’un côté le soleil, et de l’autre son ombre. Je suis ici dans son ombre.

Oblongue. Des rues pavées sales et cassantes, tord-cheville et bouffe-semelle. Maisons courtes, irrégulières.

D’étranges conduites d’égout de pierre qui glisse de la pente pour sortir à mi-hauteur. Des veines sur une cuisse.

Et rien. Ou si peu. Des pigeons, armada de charognards sur le cadavre d’une vraie ville.

Un calme à tuer.

Comme Virgile, j’y mettais Baccus, dans cette prison d’arbres et de vigne. Et je crus qu’il parlait de moi quand « le fleuve profond le reçut dans son vaste sein, et le porta jusqu’au fond du fleuve », si seulement je n’y avais croisé une divinité féminine, au fond, une divinité d’algue et de Phrygane, accueillante et douce, dont on m’arracha pour l’enfer.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :