Révolutions

Révolutions

Je suis le spectateur des révolutions, sur mon canapé. Personne ne s’imagine être celui-là, le gras trop chauffé trop nourri, qui regarde par sa lucarne, TV ou Internet, qui feuillette chez le dentiste le journal trop illustré, qui écoute d’une oreille distraite le bruit si simple des bombes lointaines glissant de l’option mp3/radio de sa voiturette criarde Lire la suite

Les coulisses de l’exploit

Les coulisses de l’exploit

C’est amusant, je me décide à replonger, je replonge donc, et l’acte me ramène à ma première expérience de blogueur, et au contexte de celui-ci… Comme pour mon inscription sur facebook il y a un peu plus d’un an, j’avais ouvert le blog en 2006 parce que je devais en parler dans le mémoire que je devais écrire pour obtenir un diplôme Lire la suite

Vices

Vices

Je dis un truc, je fais le contraire. Peut-être pour ça que j’accorde si peu d’importance à ce que je dis… Y-a-qu’à voir ce blog… Je l’ouvre, je dis, je fais pas, je tergiverse, j’hésite, j’y arrive pas, je flippe, je m’invente des histoires, que j’ai peur de « replonger » par exemple, puisque le blog est une drogue, et que j’ai gouté aux symptômes, en 2006, à l’addiction, à l’effet d’écho, de vie en écho, d’instrumentalisation des choses que tu vis pour un simple billet, pour deux lignes, un morceau de bravoure, rien. Et les discussions sans fin avec les gens autour, qui n’aiment pas — détestent plutôt — devenir des personnages de fiction en temps réel. Et donc, pour ne pas se retrouver seul, universellement haï, l’autocensure, les coupes, les repentirs… Alors un jour je dis, le lendemain je fais pas… Mais ça me travaille, ça me mine, ça me ronge, etc. de l’acide, une angoisse sourde que rien n’étouffe. T’as envie d’écrire, mais t’y vas pas, comme l’eau trop froide qui te provoque des frissons rien qu’à l’idée de plonger, et pourtant, tu sais que si tu plonges, tu remontras pas… Tu vas y prendre goût, retrouver tes réflexes, jouir.
 Des histoires. Mille fois, tente de m’approcher. Me pose devant le portable. Me dit, bon, je m’y remets. A quoi ? Je sais plus trop, à quoi ? À tenir un blog, m’y couler plutôt, ou à la recherche en eau libre ? À la chronique ? À ma thèse en stand-by… Mauvais signe. Cette année ratée, ais-je vraiment cherché à lutter contre ces sabotages administratifs qui m’ont fait rater une année ? Voulais-je savoir quelque chose ? Ai-je un problème avec l’actualité du sujet ? Umberto l’a dit, pas de sujet trop actuel, sinon, il fuit devant toi, il te fuit plus surement qu’un lapin dans tes phares. Alors, quand je me pose derrière le portable, je ne sais même plus ce que je dois y faire… facebook me sauve, deux conneries par là, une belle chose qui passe par ici, mes « amis » sont si riches ! et l’angoisse, le nœud qui ne se défait pas, et la conscience de la fatigue physique, comme un prétexte (sic !), l’ennemie de l’écriture, des yeux lourds, qui piquent, et l’autre histoire, t’es salarié, t’es crevé, tu peux pas consacrer ta vie à écrire, ton cerveau est saturé d’infos qui n’ont de sens que dans le cadre étroit de la tâche du jour, tu as une excuse quand même ! Merde ! T’es un prolétaire ! Pas tout à fait, plus tout à fais, menteur. La nuance n’enlève pas la servitude. J’ai dit, plus d’égotisme… raté. Plus de jérémiades, raté, le plat dans toute sa largeur. Comme j’ai dit quoi d’autre, il y a peut-être 3 mois, Céline me le rappelle aujourd’hui, alors que je la bassine avec Pynchon, que je ne lisais plus de roman parce qu’ils m’emmerdent, que je m’y ennuie instantanément, et paf, je m’ingurgite une dose quasi mortelle d’énormes romans américains, comme pour rattraper le temps, ce temps immense consacré aux essais, aux articles, aux revues scientifiques…
 Que cette boulimie m’en rappelle une autre, au milieu de la trentaine, et ce serait peut-être l’indice que je ne vais pas bien aujourd’hui, puisque c’est au fond d’un autre gouffre que je me suis précipité sur Kafka, en masse aussi, boulimique, pour tout lire, avide et content, en me disant, à chaque fois que je refermais un livre, que j’aurais jamais dû essayer de lire ça si jeune, que j’avais rien compris, et que ça m’en avait laissé éloigné trop longtemps ! Mais en même temps, il fallait peut-être que je devienne le personnage, pour gouter vraiment, puisqu’à trente ans, on avait fait de moi un fonctionnaire, sans que je demande rien à personne, que moi qui croyais être bon à rien, d’autres avaient découvert que j’étais trop bon à tout, et qu’ils avaient décidé de me garder confit, comme on garde une viande rare, et que j’allais travailler dix ans dans un horrible château néo-gothique, improbable, ou j’y souffrirais d’une subtile agonie de l’âme… 
Je dis, et je fais le contraire, contrariant jusqu’au bout, jusqu’à jeter ce poste de fonctionnaire, qui m’obligeait à vivre dans Kafka. Le lire, oui, y vivre n’était pas raisonnable.
 Une faiblesse, le vice qui gagne. Je dis encore et encore, parole facile, j’avais dit que j’en avais terminé avec l’écriture fermée, repliée sur elle-même, sur moi comme une carapace, que la maturité… La maturité mon cul ! Infantile encore ! oui !

 Alors, je suis plus sur de rien, et accepte de reprendre sur ce ton, pourquoi pas, et me dis que ça se fera comme ça se fera… même si ça doit ressembler à rien !
Le son de la catastrophe

Le son de la catastrophe

Je ne sais pas d’où je tiens ce sentiment de la fragilité du monde.

Évidemment, les moments de dislocation du monde, comme en ce moment même, réveillent ce sens émoussé par le temps cyclique des jours communs.

Et je suis alors contemporain des ravages, des énergies sans échelle qui se jouent de nos masses comme de la poussière.

Mais je ne sais toujours pas d’où je tiens cet organe, qui Lire la suite

Grande scène de mort

Grande scène de mort

[Cet article était préalablement publié sur www.leportillon.com en date du 5 avril 2008. Mais il datait de l’automne 2006, si mes souvenirs sont bons… sa date de publication ici est le 6 mars 2013. Mais il est antidaté pour ne pas parasiter le flux]

Vous connaissez Max Beckmann ?

À la sortie de l’adolescence, je me suis pris d’une passion pour les expressionnistes allemands. Leur peinture représentait pour moi une sorte de quintessence de la peinture. Une toile ne pouvait être expressionniste qu’en étant la trace d’une énergie picturale pure, paradoxalement moins maniérée que dans l’abstraction, car la représentation brutale obligeait la forme sans échappatoire vers un quelconque esthétisme. Les toiles les plus crûment picturales ont été produites par ces gens-là, à cette époque-là, dans la broyeuse des deux grandes tueries mondiales.

Cyprine #2.2

Cyprine #2.2

Cyprine 2.2 est un petit zine beige A5, simple, BD et dessins, édtité par les éditons Coyote noir

40 pages. Noir & blanc. 5 €.

Avec Lilas Ohla-la, Sarah Fist’hOle, Thierry Bouüaert, Céline Guichard, Zeami BD, Yann Black, Ptoma Martial, Terreur Graphique, Jürg, Ptoma…

Un Wilson parmi d’autres

Un Wilson parmi d’autres

« Wilson » de Daniel Clowes, chez Cornelius

Me voilà dans une situation inédite. Je m’offre le dernier Clowes, le dévore, et d’enthousiasme décide d’écrire un billet… Et c’est là que je découvre que mon ami Philippe De Jonckheere avait déjà chroniqué ce livre sur Leportillon.com… Un peu honteux de mon inattention, et n’imaginant pas avoir pu mieux faire, je décide donc de passer mon tour…

Mais quelques jours passant, l’enthousiasme de la première lecture ne s’estompant pas, j’ai fini par me souvenir que nous avions déjà additionné nos lectures respectives sur des billets communs ou voisins, et que la chose était très agréable.

Je vais donc modestement compléter l’article de Philippe par mes considérations sur cet album si réussi. Et c’est en même temps justice d’additionner les subjectivités sur une œuvre qu’il est impossible de réduire à une lecture trop littérale.

explication de texte

explication de texte

la culture est une stratégie collective qui répond à la plus profonde des détresses individuelles.

Le cœur du malentendu

Le cœur du malentendu

Aller, je vais encore devoir passer par l’anecdote, par une petite jérémiade personnelle, pour mettre enfin le doigt sur une chose récurrente qui m’énerve au plus haut point… Un étrange phénomène de contamination sémantique…

Donc, pour l’anecdote, je suis censé écrire une thèse de littérature numérique, et c’est un bien Lire la suite

Viande de chevet

Viande de chevet

UDA et LDC continuent à se tirer la bourre, sur la même matière ou presque, avec une tendance un poil plus bourgeoise pour UDA. Ce « Viande de Chevet » est un bloc, un pavé de 320 pages des obsessionnels contemporains, mais c’est tant mieux ! ça en fait Lire la suite

26 janvier 2011

Alors, alors que les tourments égotistes m’entrainent bien loin de mes résolutions, alors que je peine à sortir de moi, de ce mouvant de l’être qui absorbe tout, la vie historique avance, tranquille et fiévreuse à la fois, vers d’autres cieux. Le pays où j’habite, anciennement historique, est aujourd’hui un faubourg tranquille, un lieu de villégiature Lire la suite

Un rêve désolé

Un rêve désolé

J’ai rêvé cette nuit de Gombrowicz et Schulz. C’est une chose remarquable, de rêver de ces deux-là, et je me demande bien pourquoi. J’ai l’impression que tout tournait autour du titre « boutique de cannelle », cannelle qui dans mon rêve, dans sa conclusion plutôt, était le contenant d’un homme, et qui s’écoulait en ruisseau d’un pied arraché. Étrange chose.

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Qui suis-je ?

Qui suis-je ?

Oui, qui suis-je ? Mais attention, pas le qui suis-je habituel, celui auquel je réponds, pour moi, depuis toujours, imparfaitement, et encore plus imparfaitement sur le réseau, en y stockant mes archives, comme un abandon à l’inéluctable, avec ce fond de mélancolie spécifique des poètes qui s’inscrivent tout en sachant que rien ne reste jamais bien Lire la suite

un 2011

un 2011

Le vrai premier jour du XXIe siècle. Parce que c’est terminé, là, c’est sérieux, on rigole plus… Plus de relent du XXe, on est vraiment passé de l’autre côté, dans la science-fiction. Quand t’allumes la radio, la Chine sauve l’économie des pays européens, L’université américaine, au lieu de concentrer ses neurones sur les problèmes du monde Lire la suite

Je reste

Je reste

J’ai tout effacé. Les errances, les hésitations, les balbutiements. J’ai effacé, mais voilà, en deux mots, j’ai hésité… Tenir un blog ici ou ailleurs ? Du coup, j’ai rouvert un blog dans mon ancien chez moi, et je garde celui-ci. Me voilà bien !

31 décembre 2010

31 décembre 2010

Je ne devrais jamais oublier la seule véritable aspiration. Même si elle a été très longtemps illisible à mes propres yeux. Cette aspiration est celle-là : ne plus être victime de sa propre vie.

Mais aujourd’hui, là, dans un moment heureusement indéterminé de ma vie, combien de fois ai-je cru enfin sortir la tête de l’eau, ne plus avoir cette Lire la suite

marche pas

marche pas

Ça n’a pas marché. J’ai pris une semaine de vacances, en espérant beaucoup, et rien. Le blocage complet. Juste attendre que le temps passe, sans cervelle, sans envie, sans énergie. Bien sûr, je peux bien dire que c’est le solstice d’hiver, qu’il n’y a plus de lumière, que tout le monde est à plat… Oui. Mais voilà… une semaine pour rien, ou presque. Une semaine pour me décider que décidément, Owni n’est pas l’endroit pour un blog égotiste, qu’après l’envie de m’y remettre, à l’écriture d’un blog, et les errances pour trouver ou, c’est encore chez moi que je suis le mieux. Que c’est encore là-bas que je laisse les billets sans repentir, sans les détruire comme j’ai détruit ceux que j’avais commencé à poster ailleurs, balbutiement, radotage, geignardise… Chez moi, je n’ai pas l’impression de pisser chez quelqu’un, et donc mes aigreurs y sont chez elles.

Où ?

Je suis d’une banlieue résidentielle du monde, un lieu de villégiature, un petit coin empesé, somnolent, mortel et beau. J’habite un petit pays qui n’évoque que des choses mortes et belles, d’un ennui glacial qui pénètre les os et sape jusqu’au plus infime désir.

Je suis au cœur de rien, pire que nulle part, d’une périphérie écrasée par les vents Lire la suite

J’ai ouvert 2011

Et j’en profite pour me débarrasser des scories de l’année maudite. Si seulement la mélancolie pouvait rester en arrière, là, collée, engluée ici, et qu’enfin je puisse espérer une respiration nouvelle !

Bondage français

Bondage français

Jeandel était un petit bourgeois d’une calme province française, né au milieu du XIXe siècle, discret comme il se doit, suffisamment cultivé, aspirant-artiste, passionné d’archéologie régionale, catholique de convenance, raisonnablement progressiste, plutôt gentil, et toute sa vie fidèle (selon les critères bourgeois de l’époque) à une femme bien plus jeune que lui… En résumé un homme du XIXe siècle sans histoire. Mais même les vies sans histoire ont parfois de l’ironie.