Rose Zehner & Willy Ronis

Publié le 25 mai 2022

Rose Zehner & Willy Ronis, naissance d’une image est un petit livre souple de Tangui Perron publié par les éditions de l’Atelier, février 2022.

En mars 1938 le Front populaire agonise et le magazine Regards envoie Willy Ronis (qui signe alors Roness) accompagné d’un autre photographe, Alexis Léveillé, pour couvrir la grève de l’usine Citroën-Javel. Dans l’usine, Willy Ronis passe devant une salle où se tient une réunion des ouvrières. Il s’arrête un instant devant une scène fascinante de l’une haranguant ses camarades avec vigueur. Intimidé par la situation, il déclenche rapidement malgré la pénombre, et rate LA photographie du reportage. En rentrant dans son labo, le négatif sous-exposé est écarté et sombre donc dans les archives du photographe pour 4 décennies… Elle n’apparait enfin qu’en 1980 à l’occasion de la publication d’une monographie. À cette époque-là, Willy Ronis ne manque pas du papier suffisamment sensible pour développer l’image (voilà qui résonne pour moi avec mon billet d’ici sur les négatifs ratés de mon père, dans le cadre évidemment de la photo familiale). C’est donc en 1980 seulement que l’oratrice Rose Zehner devient une figure historique dans le cadre des luttes sociales et la photographie ratée de Willy Ronis une icône postérisée.

Voilà le sujet de ce petit livre de Tangui Perron, historien spécialiste des rapports entre mouvement ouvrier et cinéma : une vertueuse et nécessaire recontextualisation de cette photographie au destin contrarié. Il fallait, déjà, la replacer dans le cadre de ce reportage commandé par ce journal militant. Et il fallait, surtout, la replacer dans son si lourd contexte politique et culturel. Malgré une certaine superficialité qui, je pense, vient de la pauvreté des archives, le livre fait le boulot avec élégance et en reproduisant correctement les photographies, ce qui n’est pas si courant. Ensuite… c’est un petit livre paradoxal. Le sujet est passionnant, l’époque de la prise de vue très importante, et derrière une apparente légèreté formelle, presque brouillonne, le livre est riche de lectures, interprétations et résonances. Mais il frustre un peu et stimule même les envies d’enquêtes, comme sur cet Alexis Léveillé, photographe occulté qui semble pourtant avoir œuvré longtemps. Intrigant !

Le reportage dans le N° 220 de Regards : (source gallica.bnf.fr)

Merci à Anna de m’avoir prêté ce livre que je ne peux décemment plus lui rendre, car je l’ai taché d’encre de gravure dans l’atelier de Céline Guichard… C’est malin !

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