L’envie d’écrire

L’envie d’écrire me prend indépendamment du contexte. Depuis toujours. J’ai souvent cette gentille propension à confirmer la parano superstitieuse qui me susurre que j’ai toujours envie quand je ne peux pas, empêché par le temps, les tâches ou la fatigue… mais c’est faux. Il y a souvent des moments ou j’ai envie dans un joli vide devant, et ou je peux écrire à souhait… pas comme maintenant, où j’ai envie, de l’une de ces envies de fond de gorge qui confirment les ricanements des psychanalystes, alors que je dois m’éloigner de mon clavier…

(Au passage, la surprise de ces dernières années, c’est que cette envie se soit déplacée sur la photo, parfois…)

La boucle des portes de la nuit

Les films en une nuit sont des boucles. Je voulais vérifier ça en regardant “Les portes de la nuit” de  Marcel Carné, voir s’il était comme “After Hours” de Martin Scorsese que j’avais vu en salle, à sa sortie.

Réponse : Oui, “Les portes de la nuit” est une boucle.

Je me suis demandé combien j’avais vu de films dont l’action se déroule en une nuit ?

L’extraordinaire “Qui a peur de Virginia Woolf ?”, je crois… et je suppose presque tous les films d’horreur… 

Trouve sur le web une page qui recense les films dont l’action se déroule en moins de 24h… Il y en a une pelletée, et majoritairement des saletés. La concision temporelle n’est pas un gage de qualité…

Et donc, “les portes de la nuit“. Pas l’impression de l’avoir déjà vu. Film beau, mais chiant (apparemment, un critique l’avait rebaptisé “les portes de l’ennui” à sa sortie), relativement dispensable et surtout terriblement sinistre. Bon, c’est du Carné…

On comprend que le public, après la fête de la Libération, n’a pas eu très envie de se plonger dans cette poisse morale aussi noire que froide, sans issue puisque déjà écrite par “le destin” joué par Jean Vilar en oiseau de mauvais augure. Rôle étrange quand même, ce clochard-destin, réminiscence du cœur du théâtre classique, qui balance au personnage, et donc à nous, à peu près tout ce qui va se passer juste après… Un film autopoilé ! Encore une collection à faire : les films autopoilés. (Carné est un habitué, avec “Le jour se lève” 1939, entièrement en flashback)

D’aujourd’hui, il semble évident que ce film de 1946 était dès sa sortie formellement daté, qu’il ressasse encore les codes des fictions d’avant-guerre, mais il semble aussi incroyablement audacieux par le traitement à chaud de la plaie juste frémissante de la collaboration, des trahisons et des compromissions, des deuils et des vengeances…

Comme quoi le cinéma français savait aussi prendre à bras le corps l’Histoire contemporaine. Pourtant, il n’est pas seulement chiant, il foire aussi ça, en n’assumant pas son sujet “brûlant”. La guerre qui agonise dans une grande dépression collective passe au second plan, derrière… une simple rencontre amoureuse ! et le désir de vengeance des résistants torturés qu’on sent frémir à chaque plan terminera avorté, mou et presque ridicule. Les traumatismes de la guerre seront éclipsés en douceur, en mollesse même,  par une bête scène de jalousie amoureuse peu convaincante. Il faut dire que le casting de remplacement…  Nathalie Nattier qui remplace Marlène Dietrich et Yves Montand bébé pour un rôle écrit pour Jean Gabin… Il suffit d’y penser pendant le film pour se rendre compte que le corps des acteurs, ça compte pas mal pour porter la fiction… Quand même… Dommage…

 

Et la boucle ? Truc de mise en scène. Truc facile, truc formel. Plan général de la ville – Métro – arrivée – action – départ – Métro – Plan général de la ville. Il est intéressant quand même de se demander pourquoi un film en temps ramassé, en une nuit où en 24 h, doit être une boucle ? Comme s’il fallait calquer le temps de la narration sur le cycle solaire ? J’avais déjà abordé l’opposition entre temps cyclique et temps linéaire dans La boucle numérique (sur le GIF animé, etc.) 

Le cycle est une structure facile, comme une évidence, mais le cycle interdit la possibilité du drame (ou permet de tenter de l’éviter, comme dans “Oblivion” pour l’Histoire, ou “Un jour sans fin” pour les petites histoires…). hé oui, le temps linéaire est indispensable à la fiction !

Le scénario de Jacques Prévert est d’un classicisme assumé, avec ce personnage omniscient qui s’annonce lui-même comme “le destin” et ce temps cyclique d’une journée comme boucle temporelle. Mais le temps linéaire impose sa loi, car si le drame était déjà écrit, énoncé par jean Vilard, et que le film est formellement une boucle, temps mythique, la guerre se termine dans le temps linéaire de l’Histoire comme l’amour meurt dans le temps linéaire des histoires d’amour et au petit matin, plus rien ne sera comme avant.

Le panthéon des monstres d’Urmuz

Demetru Demetrescu-Buzau, juge suicidé de son état, souffre d’un étrange trouble de la perception qui efface toute distinction entre sujet et objet… Il décrit alors le monde selon ce prisme nouveau, et le résultat est ce qu’il est : fort drôle.

Bon, Urmuz, ou Demetru Demetrescu-Buzau, ne souffre de rien d’autre sinon d’une intolérance chronique à la stabilité affligeante des chagrines bienséances. Malgré quelques complices, son humour disloquant ne trouble guère longtemps l’ordre public. Il tente bien, en bande, d’organiser des canulars désorganisant, mais l’inertie mènera sa pesanteur propre jusqu’au fossé fangeux ou il débutera tranquille sa putréfaction naturelle. Comme les autres.

Sauf qu’il était un singulier énergumène, performeur et écrivain, incohérent tardif, avant-gardiste précoce, cousin de Roussel et de tous les farceurs invétérés qui le suivront dans le siècle, Urmuz a sa place dans une version révisée de l’Anthologie de l’humour noir.

Oui, mais que faire des singuliers producteurs de singularités ? Les panthéonifier. C’est ce que fait la culture, haute, qui érige post-mortem au pic de ses herses les suicidés d’émotion.

Où les éditer en cahiers, comme l’ont fait mes voisins les éditions Waknine, et les lire, pour les sortir de leur isolement culturel mortifère.

Il n’existait qu’un seul livre en français de ce génie pur dont je ne savais rien encore hier, “Pages bizarres” chez L’Âge d’homme 1993, et maintenant “In abstracto” la version neuve chez Waknine,  pas cher et pourtant bijou rare et indispensable.

(En parfait accord avec l’auteur, je viens de comprendre que j’ai lu un livre qui n’existe pas encore… disponible le 15 avril 2017)

http://margueritewaknine.free.fr

 

Souvent, je travaille tard.

Je travaille tard alors que l’âge m’use. Ce n’est pas une vertu, mais une angoisse, l’angoisse de ne pas avoir épuisé la journée. Comme si je n’avais pas fait quelque chose que j’aurais dû faire. Il semblerait facile de lâcher, de laisser le sommeil venir et de passer de l’autre côté, dans le jour suivant. Mais quelque chose me tient. Quelque chose de maladif, de douloureux, quelque chose qui s’accroche toute griffe dehors à quelque chose d’interne.

Et cette peur de la dernière tristesse, que j’espère noyer dans la dernière fatigue.

Et cette peur d’avoir gaspillé le jour, de ne rien y avoir fait de beau.

Ici

Sédimentation. Sur les réseaux, le flux. Ici s’arrêtent les choses, se déposent les scories d’une vie petite, comme toutes.

Vous connaissez le programme de Victor Hugo ?

Ma lecture du matin : « Ce que c’est que l’exil » écrit en novembre 1875. Même si je n’y trouve pas ce que j’y cherchais, au milieu d’un incessant vas et vient universel/égotique (voire narcissique) qu’il résume par “Être seul et sentir qu’on est avec tous“, un programme politique que l’Histoire, lui donnant raison contre l’Empire et tous les empires réactionnaires, à partiellement réalisé. Même si beaucoup s’en plaignent sans comprendre d’où viennent les choses, de quels combats, au point qu’aujourd’hui l’empire du pire, de la bêtise et de la violence, renvoie toujours Hugo en exil…

 

“Plus de guerre,

plus d’échafaud,

l’abolition de la peine de mort,

l’enseignement gratuit et obligatoire,

tout le monde sachant lire !

la femme de mineure faite majeure,

cette moitié du genre humain admise au suffrage universel,

le mariage libéré par le divorce ;

l’enfant pauvre instruit comme l’enfant riche,

l’égalité résultant de l’éducation ;

l’impôt diminué d’abord et supprimé enfin par la destruction des parasitismes,

par la mise en location des édifices nationaux,

par l’égout transformé en engrais,

par la répartition des biens communaux,

par le défrichement des jachères,

par l’exploitation de la plus-value sociale ;

la vie à bon marché,

par l’empoissonnement des fleuves ;

plus de classes,

plus de frontières,

plus de ligatures,

la république d’Europe,

l’unité monétaire continentale,

la circulation décuplée décuplant la richesse ;

la paix serait faite parmi les hommes,

il n’y aurait plus d’armée,

il n’y aurait plus de service militaire

la France serait cultivée de façon à pouvoir nourrir deux cent cinquante millions d’hommes ;

il n’y aurait plus d’impôt,

la France vivrait de ses rentes !

la femme voterait,

l’enfant aurait un droit devant le père,

la mère de famille ne serait plus une sujette et une servante,

le mari n’aurait plus le droit de tuer sa femme

le prêtre ne serait plus le maître !

il n’y aurait plus de batailles,

il n’y aurait plus de soldats,

il n’y aurait plus de bourreaux,

il n’y aurait plus de potences et de guillotines !”

Ce matin, il pleut

Et ce matin, je lis “Poème de l’amour“, de la Comtesse Anna de Noailles. Celle qui, paraît-il, a provoqué le suicide d’un poète.

Pourquoi la lire ? Je ne sais pas. Sérendipité. Poésie descriptive, précise et souvent inspirée, mais déjà plus dupe d’elle-même, une lettre d’un amour désenchanté. Oui, mais pourquoi, en vrai ? En vrai, je suis tombé au hasard du feuilletage d’un de ses livres sur une citation amusante. Je la perds. Pense à autre chose. Y repense et la recherche. Elle démontrait toute la lucidité d’Anna de Noailles (cynisme parfois) qui par contraste, accusait d’autant la naïveté de l’écrivain NRF cité quelques billets avant.

ne la retrouvant pas, je lis le livre et note ce qui passe :

“J’observe aux confins du vertige
La stupeur de ne pas mourir”

Et

“Et si ton hésitant, faible et modique orgueil
Ne peut s’accommoder de l’animale flamme,
Moi, du moins, j’eus le droit de voir périr des âmes
Pour les lèvres, les bras, les noirs cheveux et l’œil !”

Ou

“Les mots sans qu’on les craigne ont d’effrayants pouvoirs”

Des tons de confidences

“Tu sais, je n’étais pas modeste,
Je n’ignorais pas les sommets
Où je vivais, puissante, agreste,
Rêveuse, universelle, — mais”

J’aime aussi

“Jette vers moi ce qui t’encombre”

Ou

“Et j’ai fait avec ton ennui
Un étrange et mystique pacte
où tout me dessert et me nuit ;”

Ou

“Morte mille fois d’avoir bu
Tous les poisons dans ton silence…”

Et étrange, orpheline

“Tu as tué mon enfance !”

Ou

“Je ne veux pas mourir avant
de t’avoir trouvé moins charmant…”

Ou

“Tout est brutal et froid. — Toi seul es un mystère,
Puisque la mort n’existe pas!…”

Ou

“— Je sais la coalition
L’alliance, la connivence
De ton regard sans passion
Et de ta lèvre qui avance.”

Et

“Plaignons les heureux, il faut
Qu’ils apprennent à mourir !”

Ou

“Moi, j’attend que ta beauté passe…”

Ou

“Notre énigme est notre confidence…”

J’aime beaucoup le

“Je ne peux pas être attentive,
parce que j’ai déjà compris !…”

Vers la fin

“Méprisable et divin miracle du baiser !”

Et

“Songe, ô futur cadavre éphémère merveille,
Avec quel excès je t’aimais!”

Un Averty en vaut deux

En bon  facebookien  moyen : « il n’était pas déjà mort ? » (indifférence cynique) « Ha, mais alors, il a fait quoi ces 40 dernières années ? » (Puisqu’on montre toujours la même chose) « Ha oui, tient, allons voir » (visionnage de toujours la même chose, depuis toujours) « Pas mal ! Broyer un baigneur, vendre une gonzesse, se moquer des aveugles en 1963, fallait le faire ! Mais après il a fait quoi ? » (Passage par la fiche Wikipédia déjà à jour) « Ha oui, OK, c’est moins sexy après, mais n’empêche » (cruel) et ensuite « Je partage un truc ? Je publie un truc ? Bof, l’ont tous fait» (mort suivant)

Essentiel du matin

Aujourd’hui j’ai dit…

« J’ai remarqué que si tu as les oreilles humides, tu crois que tes cheveux sont mouillés »

Charybde et Scylla

Le problème avec facebook, c’est la mémoire. Tout le monde a vécu cette petite frustration à ne pas retrouver quelque chose qu’il a vu juste quelques minutes avant, parfois. C’est la dure dictature du flux. Alors, il est cruel de se dire qu’un commentaire génial va se perdre dans les méandres de ce monstre tout à la fois Charybde et Scylla.

Et là, je n’arrive pas à me résoudre à perdre ce commentaire d’Olivier Beuvelet à propos d’Onfray :

“il y a un courant de pensée, auquel appartient Onfray et quelques autres sombres individus autrefois plus lumineux, que j’appellerai le névrotisme, dans lequel la névrose n’est plus un agent de sublimation créatif mais une triste et froide torpeur à partager… les obsessions paranoïdes de Houellebecq dont la mère maltraitante s’est convertie à l’islam au lieu d’aimer son Hephaistos de fils deviennent des prophéties politiques (???), les blessures intimes d’un ancien pensionnaire des bons pères salésiens parfois pédophiles (https://dejavu.hypotheses.org/151) tiennent lieu de fondement à une approche du christianisme, Zemmour et l’Algérie perdue, Ménard aussi … et j’en passe… le déclinisme est un névrotisme … la pensée, la créativité, l’invention, qui devaient autrefois s’appuyer sur la névrose (énergie conflictuelle) pour atteindre les cimes de l’intelligence dans la sublimation, se retrouve maintenant complètement prise dans les fantasmes névrotiques eux-mêmes … et, chose incroyable, au lieu de n’y voir que des blessures personnelles, respectables en tant que telles mais déformantes, les médias, la critique, prennent ces visions apocalyptiques au sérieux … C’est le coup de génie commercial de Houellebecq, dans les années 1990 : avoir fait passer sa dépression pour une vision théorique, voire économique, des relations humaines à l’ère du désenchantement néolibéral … Avec Extension… il visait juste mais après, la pente était sans doute délicieuse, il a trouvé le coupable idéal… le signifiant qui va se substituer à tous les autres. Onfray n’en est pas loin… Et Houellebecq a ouvert la voie à tous les névrosés qui n’avaient plus envie de s’emmerder à sublimer… “oui mon fantasme est la réalité, à quoi bon en faire autre chose ?” et ils on cru devenir authentiques en croyant à leurs propres illusions… Etre vrai ce n’est plus être différent et en mouvement dans un “je” toujours en fuite, comme chez Montaigne, c’est s’enfoncer en soi, dans sa brume, dans un moi qu’on ne cesse d’objectiver dans l’exagération de sa peur de l’autre …”

 

 

 

Vite, rester vertical

Après le gros malaise au visionnage du dernier film de Justine Triet (pire encore que le précédent), je viens encore de voir un bon film d’Alain Guiraudie. Décidément, celui-là sort du lot, loin, très loin du reste et si drôle et singulier. Son étrange monde se déploie, fantasque, métaphorique, grotesque et perplexe, pourtant juste, simple et beau. Sa société érotisée des hommes fuyants se déplie de film en film, et dans ce dernier encore, qui se termine vertical parmi les loups.

Mauvais vent

Encore dans la fièvre, j’ai lu, par faiblesse peut-être, la moitié d’un roman de 1942 édité en NRF : « Le vent se lève », d’un écrivain confidentiel qui a grande vocation à le rester : Marius Grout. J’ai été surpris par la simplicité et l’ouverture d’une écriture qui ne manque pas de qualité, loin de là,  et même présente une certaine modernité formelle. Mais après cette première impression engageante, j’ai fini par interrompre ma lecture, n’en pouvant plus des bigoteries d’un de ces rats se tourmentant dans sa cage dont je parlais plus avant.

Soi-disant, notre homme (le romancier ou le personnage ? Il semble que ça se confonde ici), se coltine avec les ténèbres, « nos » ténèbres donc, et se frottent au mal ou je ne sais quoi. Que c’est drôle ! Si l’on met de côté la mysoginie crasse de l’auteur, si crasse qu’elle fait parti de ces choses qui rendent difficiles une lecture contemporaine : « les femmes sont ci, sont ça », et je ne sais quoi d’autre de l’ordre du délire d’un monde bien gendré qui n’a jamais eu lieu, il reste un pauvre type qui n’a d’autres problèmes en pleine occupation allemande, semble-t-il,  que de savoir s’il va coucher avec sa jeune élève ou pas. Ça, c’est de la bien bonnes ténèbres, ça ! Et si, au bout du compte, comme l’auteur, il ne s’écarterait pas de l’Église Catholique pour se donner à pire, ce pire qui évoque aujourd’hui essentiellement des boîtes de céréales pour le matin… Pouacre !

Comme quoi, on peut avoir un talent d’écriture et rien d’autre à étaler que quelques insanités.

Je n’ai plus tenu longtemps quand le texte sombre dans le comique involontaire.  Ceci démontrant la nature du problème : peut-on écrire quand on est d’une telle naïveté ? Je n’en suis pas sur…

Ce qui est sur, c’est qu’aucun écrivain ne peut survivre à ça :

« Je me suis décidé à acheter une pipe. […] On devrait se réunir entre hommes, de temps en temps, pour de longues pipes toutes silencieuses. Une sorte de culte. On m’a dit que les Quakers (est-ce bien ainsi qu’on doit l’écrire) aiment à s’assembler en silence, que c’est même là leur messe à eux ; mais que font-ils alors de leurs mains, et de leurs pensées vagabondes ? Un homme, s’il n’a pas son outil, doit avoir en main quelque chose : un livre de messe, ou un chapelet, ou un psautier. Ou bien une pipe. Alors, l’esprit peut dériver. »

Reboot

Oser la métaphore geek : la grippe, c’est une forme de reboot. Au milieu du délire de la fièvre, cette envie saugrenue de noter cette maladie commune comme « expérience sensorielle ». Sauf que quand on pourrait décrire, on n’en a pas la force, et quand on retrouve doucement la force, le souvenir s’édulcore déjà. Je me souviens juste que c’était intéressant. Que j’ai écrit des phrases, je crois, comme quand on pense tenir une idée dans la nuit ou l’alcool, ou les deux.

Mes lectures de malade ?

(Devrais pas me plaindre. Je commence une année sans excès de bouche, et même par un régime drastique. L’inconvénient : je vais avoir envie de faire la fête alors qu’ils sont tous sur les rotules.)

Donc, mes lectures de chevet…

Hésitation

Je tente ce matin, car la tête a de l’avance sur le corps. Mais à la première lettre, la tête dodeline comme savent le faire les hindous. Mais je doute que ça leur file la nausée.

Saleté de “grippe de Noël”.

Tentative foireuse. Retour au mode zombie.

Imitation

J’avais posé la question, plus loin dans ce blog : l’imitation de la beauté produit-elle de la beauté ? Je viens de lire deux livres de Tony Millionaire, encore un post-moderne assumé. Et cette impression d’encéphalogramme plat, et la chose qui me vient : l’imitation de la poésie produit-elle de la poésie ?

Je crois qu’il n’y a pas de règle, seulement des réussites ou des échecs. Impression d’échec chez Tony Millionaire. Son imitation de la poésie produit une bien plate imitation de la poésie.

L’élevage de poussière

Théorie esthétique d’Adorno est un grand texte. Je m’y plonge hasardeusement, et y trouve de la grandeur, oui, mais aussi malheureusement me heurte à sa dimension historique. C’est un moment daté de la perception idéologique de l’Art. Ce moment est passé. Et ne reviendra plus. D’où déjà l’odeur de suranné et un début de rigidité cadavérique qui va irrémédiablement nous rendre ça illisible (Décryptable, oui, mais plus véritablement lisible comme chose vivante).

En ces temps d’explosion démographique, d’atomisation des milieux (de quel réel devons nous parler ? De quelle réalité sociale, économique ?, de quel réseau ?), de mondalisation des esthétiques (j’ai encore feuilleté il y a quelques jours un collectif Taiwanais de jeunes auteurs parfaitement conformes à la scène mondialisée actuelle), nous en somme réduit à récupérer des bribes de théories et à les manipuler honteusement pour les actualiser de force, comme je le fais pour ma lecture de Baudrillard quand je fais mine d’y lire des oracles.

Mais oui, j’ai bien raison de dire et redire que les morts ne peuvent pas nous aider.

Ce qui se joue est inédit.

Nos stratégies fatales

Je vois passer une photographie d’une performance de très mauvais goût… Ce n’était pas une performance, mais le cadavre de l’ambassadeur russe en Turquie.

Il y a quelque chose de funeste qui flotte partout, sur la surface contaminée de cette planète, à l’altitude même de nos cerveaux.

Mes stratégies fatales

Encore un titre trompeur. Mais l’évocation d’un des meilleurs titres de tous les temps : « les stratégies fatales » (bien meilleur que cet horrible « À la recherche du temps perdu » qui sonne si vulgaire, si “roman pour mémère”), car je retourne à Baudrillard, depuis quelques jours, avec… avec un certain soulagement.

Je m’y demande si je n’y retrouve pas, dans ce vieux livre jauni, les racines de mon antipsychologisme et de cette allergie aux petites paranoïas inversées, si vicieuses, qui nous font prendre l’interne pour l’externe et réciproquement.