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Le garçon dans l’arbre

Cet été, j’ai brassé une bonne part des photos anciennes de Paul François, mon grand-père paternel, et ceci sans croiser une seule « femme dans un arbre », mais juste cet adolescent que je ne suis pas sûr d’identifier. Est-ce l’un de mes oncles sur cet audacieux contre-jour des années 50 ?

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Une fille dans un arbre

On ne voit que ce que l’on connaît déjà. C’est ainsi que nous sommes tous aveugles. Et c’est comme ça que lorsque nous découvrons quelque chose (un objet, un auteur, un type d’image, un concept..) que nous ne connaissions pas, nous le voyons brusquement partout. On pourrait réécrire l’histoire du monde sous cet angle, mais je vais me contenter de ce que j’avais prévu : un court billet sur ce petit livre allemand de photographies de femmes perchées dans des arbres que m’a prêté Mai Li Bernard la semaine dernière.

Et en découvrant cette étrange collection, mon premier réflexe a été de penser que je n’en avais jamais vu… Où plutôt, que je n’en avais pas « détecté le genre », lors de ma folle tentative pour écrire une taxonomie des images voguant sur le réseau Tumblr.

Ici :

Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 1 / Introduction
Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 2 / construction de la machine
Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 3 / lectures
Tumblr, la sédimentation d’un imaginaire commun. 4 / subjectivité
Tumblr, média social. 1 / approche expérimentale / introduction

Je n’avais pas vu qu’il pouvait y avoir là un motif particulier, et donc un sujet à collecte… Je suppose qu’en toute inconscience, j’ai vu des femmes dans des arbres, peut-être, mais je les ai alors placés dans la catégorie plus large et plus importante historiquement des « femmes dans les bois » beaucoup plus massives, plus fréquentes, et donc impossible à rater.

 

Mon second réflexe, étant donné que j’ai tout de suite considéré la chose comme rare, fût de [dis-]qualifier la collecte des photographies de femmes dans les arbres, non la prise de vue, comme perversion singulière, sorte d’hapax du genre, un peu comme les amateurs de tomate géante en latex où les collectionneurs de nez humain en forme de Tortues Ninja…

Pourtant, peut-être que Jochen Raiß, le collecteur, a vraiment su voir une série d’images représentant un rituel particulier dans une masse indistincte de photographie ? Peut-être. Il a su la voir, où il a créé la catégorie en triant et excluant ce qui n’y rentrait pas comme les « hommes dans les arbres » où « enfants dans les arbres » ?

Sa petite introduction est trouble. Il semble tourner autour de ce que lui évoque/provoque ces clichés sans mettre de mots dessus. On comprend rapidement qu’il y voit une esthétique particulière, que ces photographies exercent une certaine fascination sur lui, mais à aucun moment il n’assume ce qui sous-tend pourtant l’acte même de compilation : la tension érotique qu’il pourrait deviner, pas nécessairement dans l’image même, mais dans le rapport entre le sujet et le photographe. Pourtant, il évoque le regard particulier que ces femmes semblent avoir en commun…dsc_0002

Ces femmes, oui, car puisque je viens de brasser une grande quantité de photographies familiales anciennes, pour l’instant, je n’ai croisé aucune femme perchée, mais deux ou trois photographies d’homme dans des arbres. Je n’ai encore rien trouvé qui rentre dans sa collection…

Donc, la nature même de sujet spécifique est difficile à démontrer. Lorsqu’un réseau visuel est envahi par un cliché, il n’y a pas d’ambiguïté (même quand c’est surprenant comme l’obsession mondiale pour les images de tasse de café des adolescents de la classe moyenne), mais quand la chose devient plus rare, on ne sait plus si la catégorie est largement partagée ou existe seulement dans le cerveau du collecteur…

Étant donné que je n’avais pas « vu » cette série, je suis mal placé pour répondre, et surtout, je risque maintenant d’en « voir partout ». Et si j’en vois vraiment partout, alors certaines hypothèses de Jochen Raiß pourraient s’en voir confortées… En effet, il semble circonscrire la mode des femmes dans les arbres aux années 20 à 50 du XXe siècle par exemple… C’est à vérifier, mais ça lui permet de valider d’une certaine manière son « invention » : si vous n’en trouvez pas, c’est que ça ne se fait plus (les filles ne grimpent plus dans les arbres devant un appareil photo). Hum…

Après une recherche rapide (hors du comics. Inutile de chercher, je sais qu’il y en a), Google montre que c’est aussi un cliché du porno soft contemporain. Mais ça n’a alors plus du tout le même sens… où plutôt c’est trop explicite et « dans un autre contexte et pour une autre finalité ». La collection de Jochen Raiß est exclusivement composée de photos amateurs et donc ce ne sont pas seulement des images, mais aussi, potentiellement, des traces d’un rituel privé. Mais de quel rituel ?

On va passer très vite sur la lecture psychanalytique des images en tant que telles qu’élude complètement l’auteur, sinon en avouant que les regards de ces femmes l’interpellent. Tient donc ! et sur la lecture animiste qu’il évoque un peu, lecture qui viendrait donner un cadre idéologique et historique à ces clichés : l’Allemagne du début du XXe siècle, pays de Monte Verità fasciné par « le lien mystique du corps avec la nature », bof, pour s’interroger plutôt sur les conditions « privées » d’apparition de ces images.

Comme ça, sans preuve, je ne crois pas à une mode circonscrite entre les années 20 et 50 de l’Allemagne (ce qui donc, sans la nommer, englobe la période nazie). Je crois que c’est de la surinterprétation et un simple bais qui vient du corpus de photos triées. j’y vois plutôt la trace de jeux innocents, ce qui ne veut pas dire dénués d’érotisme, mais simplement sans signification autre que celle de la situation même. Car ces photos, comme souvent la photo amateur, mettent autant en scène le/la photographe que le sujet.  Elles sont éminemment produites à deux, au moins, puisque la femme perchée se donne en spectacle, et que la situation particulière provoque une contre-plongée qui interdit d’oublier le regard et la situation du photographe. C’est pour cette raison qu’encore une fois, la photo amateur n’est jamais « seulement » une image, mais l’objet de fixation d’un souvenir d’une situation privée ou d’un rituel social.

En fait, il n’y a pas vraiment à chercher l’interprétation de ces clichés. Pourquoi ? Simplement, car nous avons tous des souvenirs, pas nécessairement d’images vraiment équivalentes, mais de situations équivalentes, de toutes sortes de situations ou quelqu’un exécute une acrobatie par jeu, lors d’une promenade par exemple… L’image devient alors juste l’illustration d’une bravade : « regarde » « Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu vas tomber ! » « Mais non ! », etc., doublé ici, selon le contexte, d’une entorse à la bienséance de la part d’une femme.

Le cadre d’apparition du cliché peut donc être indifféremment familial, amical ou amoureux. Ce qu’on peut avancer, prudemment, c’est que les photographies semblent suggérer une grande complicité avec le ou la photographe, et que certaines photos plus que d’autre nous incitent à projeter la possibilité d’une romance.

Étant donné que j’ai éludé la lecture psychanalytique ou symbolique des images (surinterprétation bateau), il ne reste pas grand-chose à dire, et l’on en reste donc à la question du départ : est-on en présence d’un rituel photographique « commun », ou devant le résultat d’une obsession personnelle du collecteur ?

Si la rareté de l’image se confirme dans le contexte de la photo amateur, alors nous sommes bien en présence de ce que j’ai tenté d’éviter en étudiant Tumblr : restreindre le flux à moi, à ce qui m’intéresse plutôt qu’à ce qui intéresse le plus grand nombre. Je ne collectionnais pas « mon goût » ou les bizarreries, mais je tentais de voir le commun, c’est-à-dire ce qui nous est si habituel qu’il nous en devient invisible. Pour être sûr de trouver ce commun, il faut compter et comparer, et surtout, être submergé. Ici, nous sommes sûrement, jusqu’à preuve du contraire, devant une singularité composée de situations singulières réunies par une obsession unique, celle du collectionneur…

Un aperçu de la collection :

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Le cinéma

Amusons-nous : après le ballon rouge de Lamorisse, le personnage baudruche nouveau paradigme du cinéma : la liberté retenue, l’évasion contrariée, la promesse non tenue…

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Dans les rêves, la chute

Vu le dernier Dumont : “Ma Loute”. Des passages sublimement beaux, mais à la fin, un sentiment moyen, d’une chose prometteuse qui ne décolle pas vraiment… à propos de choses qui décollent, c’est quoi le trip personnage à l’hélium ?

Chez Dumont, l’inspecteur ballon sur la plage évoque le rêve de Marcello Mastroianni dans Huit et demi, mais voilà que je vois passer une image du dernier Tim Burton — imposture (la poésie, c’était pas lui) qui décline les films vulgaires depuis 20 ans — avec, encore, un personnage baudruche ! Une mode ?

La boucle selon Claude Ollier

L’enfant enhardie faisait maintenant le tour de la maison, expérimentait le cercle, retrouvant interloquée son parc sous le citronnier où elle l’avait quitté l’instant d’avant, un soir un peu plus tard bouclant de nouveau le cercle et découvrant une autre lune. Ainsi, les génies du lieu raccordaient devant elle petit à petit les pans d’espace, ajustant pour ses yeux les dons de perception et de rappel. Pour son oreille aussi, et ses doigts rompus aux qualités des matières. Ces retours l’intriguaient, elle s’immobilisait parfois, répétait un geste, sa mémoire se modelait aux plis du vieux rituel.

 

Robot

Je ne sais pas combien de fois il faudra répéter, dans les temps qui viennent : les machines ne veulent rien.

(Le jour où elles voudront, on rigolera moins)

En passant chez Apollinaire

Je découvre qu’il croyait les sornettes du vieux mythomane Rousseau, qui n’a jamais été au Mexique. Et après tout, pourquoi ne pas le croire ? Je n’ai jamais compris qu’on attache tant d’importance à la véracité toujours relative des « dires ». Dès la cour de récré, j’étais surpris du plaisir des menteurs à tromper. Et alors ? Oui, et alors ? Alors rien. Si ça t’amuse…

Mais plus loin, Apollinaire, intelligent, se moque des prétentions à régenter la langue qui restera fluide et libre contre tous les manuels. Ses évocations d’Urbain Doumergue, grammairien passablement rigide, m’évoquent un article lu dernièrement sur la « dictature des algorithmes ».

Un article étrange, je ne mettrais pas de lien, et ambigu qui semblait se plaindre du fait que les algorithmes nous enferment plutôt que nous ouvrir au monde, ce qui est une évidence, puisqu’ils doivent bien construire leur tendance sur le passé, à la manière dont ils nous proposent toujours d’acheter ce qu’on vient d’acheter. Ce qui est d’une connerie rare. Aucun marchand humain n’aurait l’idée de demander « vous venez d’acheter un frigo, voulez-vous un autre frigo ? ». Bon, « ils » vont bien finir par s’en rendre compte…

Non, cet article était ambigu, car il se catastrophait de notre consommation de désinformation sur le web. Et semblait attendre des machines qu’elles se chargent de trier le vrai du faux. Ce qui, évidemment, est un cauchemar…  Qui décide de ce qui est vrai ou faux ? La majorité de ce que nous émettons n’a rien à voir avec ces catégories. Et cette manie, et de croire « qu’avant », nous vivions dans un temps où le vrai était vrai, où les journaux étaient sérieux et remplis d’informations vérifiables (ce qui est vérifiable, c’est qu’ils étaient remplis de mensonges et débilités), et d’imaginer, donc, que nous devrions être sous tutelle d’une machine, ou d’une autorité quelconque pour savoir ce que nous devons savoir, croire, dire, faire, et bien sûr pour qui voter…

Toujours la même maladie !

Prison esthétique

Le moteur esthétique est si puissant chez les poètes que Verlaine était heureux d’être dans une belle prison.

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Les prisons de Verlaine

Oui, c’est la rentrée littéraire, alors, puisque malade, je passe par quelques textes annexes de Daniel Defoe, Théophile Gautier, Paul Verlaine et quelques autres, accessoirement, largement rebuté par mes tentatives de jetage d’œil dans l’océan contemporain.

Aujourd’hui, « mes prisons » de Verlaine, qui passe ici comme une parodie du genre. Je ne suis pas sûr de relire sa poésie (laissons mon adolescence morte et bien morte), mais il est là parfaitement drôle, dans ce compte rendu rapide de sa relation à l’incarcération, des punitions de l’école à ses vraies prisons, qui bien sûr, injustes, ne lui sont pas dues à son caractère de con. Évidemment !

Assez drôle, deux ans avant sa mort, comme à la fois il se moque de lui-même, de sa conversion passagère, de sa rédemption relative, et élude où minimise ce qui le gêne, tranquille, comme son homosexualité et les raisons vraies de ses arrestations. Après tout, il n’a fait que tirer sur Rimbaud, tenté plusieurs fois d’étrangler sa mère et s’emporter contre n’importe qui et n’importe quoi, de manière si discrète que la maréchaussée s’en mêle toujours. Oui, il est drôle, ce Verlaine, quand il cesse d’être chanté.

Travers

Pense : “J’irais toujours là où vous n’êtes pas. Horreur de la foule”.

 

unflic

Alain Delon

Je vois passer un extrait de film sur facebook.

Je dis « mais comment fait-il ça ? »

« Quoi ? »

« Ça là ! »

Je rejoue la vidéo

« regarde ! Il ne fait rien, mais avec ostentation ! Comment fait-il ça ? »

 

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Les Proies (note)

Hasard de la TV : dans “Les Proies” de Don Siegel (1971), des évocations de Vilhelm Hammershøi,  un corbeau à la con et les pensées des personnages en voix off. Étrange.

Entre-lire

Le retour de la littérature se confirme. Je regarde de nouveau les livres. Évidemment, ma lecture a encore changée.

Avant, n’importe quel avant, j’aurais été épaté par Musil, par exemple, comme j’aurais été surpris de trouver des échos à quelques billets anciens d’ici chez Lars Lyer.

Mais je crois que le mal de l’écho littéraire contaminant le réel est plus grave encore que ne le pense Lars Lyer, puisque son pamphlet n’échappe pas à l’immédiate métalecture, classification tranchante comme un coup de sabre japonais. oui, nous sommes…

Non ! Je ne peux même pas m’adonner à la facilité des bêtasses formules de la réaction : «nous sommes décadent, car trop culturel», «plus qu’écho grossier d’une chose déjà écrite», etc.

C’est vrai. Hein ? C’est vrai, oui ça semble vrai… Sauf que la petite voix ironique, derrière, me dit à quel point c’est idiot, vérité à oeillères, et qu’il y a partout sur les côtés, au dessus, au dessous et derrière, le grand horizon, grand pour nous, car pour le reste de l’univers il est presque rien, l’infinie mélodie, croisement de mélodies, vaste champ sonore, océan chaotique des échos culturels de toute vie humaine.

En gros, rien à voir avec la littérature, si nous ne sommes plus qu’écho de la littérature, mais tout à voir avec la nature même de notre espèce.

De la même manière qu’il ne restait plus aucun espoir à Debord lorsqu’il découvre enfin que le spectacle est l’essence de l’humanité. Sa vérité première et dernière.

Il n’y a rien, pour nous, en dehors de nous.

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Goku et la monoroue (note de lecture)

4701Je lis en travers « Goku », un manga de 1987 de Buichi Terasawa, l’auteur du célèbre « Cobra ». Je délaisse un peu Musil qui va me suivre longtemps. Il est chiant aussi à se demander « On peut lire les poètes, étudier les philosophes, acheter des tableaux, disserter toute la nuit : mais ce que l’on y gagne, est-ce de l’esprit ? ». Et bien, du coup, puisqu’il n’y a pas plus d’esprit à trouver chez les philosophes qu’ailleurs (je le savais depuis longtemps, mec, je les ai beaucoup  fréquentés), je lis des mangas,  ramené à la chose par la consultation de la bibliothèque de mon neveux.

Alors, Goku, qui donc s’appelle Goku, comme le roi singe, a aussi un bâton qui s’allonge indéfiniment, comme le roi singe… Ce Goku là est un détective du futur qui évoque beaucoup City Hunter de Tsukasa Hōjō, série commencée deux ans avant. Et donc, ce Goku est aussi l’un des avatars du roi singe du grand classique chinois “le voyage vers l’occident” où «pérégrination vers l’ouest», que j’avais évoqué dans cet article :

Les pérégrinations d’un singe [complètement] à l’Ouest !

Goku est un manga qui a le charme désuet d’une BD de gare haut de gamme à la narration pas toujours très fluide, plutôt elliptique même, malgré tout pas désagréable, avec une ambiance polar mais aussi un truc qui m’évoque “Magnus, l’anti robot“, vieille BD somptueuse et oubliée… Mais ne me demandez pas pourquoi… réminiscence de vieux lecteur. Bon, le dessin réaliste très SF psyché fin 1970’s (avec dix ans de retard) est pas si mal, avec de jolies disquettes du passé dans le futur, mais les intrigues de Goku sont simplistes et surtout prétextes à mettre en scène des femmes aussi plantureuses que dénudées. Oui, classique quoi, et très très proche des obsessions du personnage de City Hunter de Tsukasa Hōjō dont les clientes sont toutes aussi calibrées (lui, j’en parlais ici).

Et à propos de City Hunter, le personnage de Buichi Terasawa, qui lui fait explicitement référence au personnage du roman de Wu Cheng’en (XVIe siècle) par son nom me fait brusquement prendre conscience que je n’avais pas compris que Ryô Saeba (Nicky Larson pour les français des années 90), le héros de City Hunter de Tsukasa Hōjō était lui aussi un avatar du “Roi des singes” classique. Sauf que Tsukasa Hōjō, pour le coup… a filé la métaphore du bâton qui s’allonge de manière bien plus explicite !

Vous suivez ? Bon, mais je n’ai pas ouvert ce billet pour noter que le bâton qui s’allonge de “City Hunter”, grand classique du grotesque, faisait de lui une énième version d’un grand classique de la littérature mondiale

Non, je voulais juste noter qu’à la page 187 du tome 2 VF de Goku, les méchants surgissent juchés sur des monoroues gyroscopiques très proches de ce qui se vend aujourd’hui. Et si ce n’était sûrement pas totalement original, c’était quand même pas mal vu !

Goku---T02-p187

 

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Et là, je me dis que cette histoire de monoroue… ça m’évoque quelque chose… Mais quoi ?  Ha oui, je sais ! Un article monstre de Patrick Peccatte : https://dejavu.hypotheses.org/1377

 

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Retour devant le paysage

Je devrais peut-être faire comme mon grand-père, et écrire dans mon journal “réveil relax”. Relax est le mot qui revient le plus dans ces agendas qui couvrent 6 décennies. Mais je me suis trompé sur l’interprétation de ce mot. Pourtant, “relax” revient presque chaque jour, et parfois même “très relax”, et j’ai cru y voir l’indice d’une forme extrême de zénitude, qui après tout, correspondait avec mes souvenirs d’un gars toujours posé, toujours “relax”. Sauf que parfois, ce “relax” se complète de détails sur douleur, fatigue, tracas, et considérations diverses sur le sommeil. Que veut donc dire ce “relax” ? Par exemple, il peut y avoir un paradoxale : mal dormi / lever relax / mal de tête. Que veut dire ce “relax” ? Vraiment ?

Une piste par opposition : quand n’y a-t-il pas marqué ” “relax” ? Parfois, un “lever de bonne heure” remplace le relax… Relax voudrait donc juste dire “sans contrainte ” ?

Oui, mais alors, que veulent dire ces rares «lever normal» ?

Insondable mystère de l’univers !

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La vente des machines

Suis-je épuisé d’avoir pédalé trois jours sur les bords de mer ? Non. Je suis assis, couché même, d’avoir vendu ces étranges machines que ma mère ne veut plus voir, qui pour elle, ont participées à la mort de son mari. Mais plus sûrement, représente la passion de mon père, l’une de ses passions, et celle qui nous l’a volé, non dans l’agonie, mais toute sa vie. Il n’aimait qu’être seul face à son ouvrage.

Alors, vite, il fallait vendre ces vieilles machines « qui encombrent ». Je ne l’aurais pas fait, comme je n’aurais rien fait, en fait, immobilisé par «le deuil», mais chacun réagit différemment. Ma mère se venge peut-être de quelque chose. Je n’ai pas à discuter, et c’est ainsi que ce matin, les machines furent démontées et chargées dans un camion inconnu.

Pourtant, quelque chose d’étrange en moi. Je ne comprends pas ce que je vois, le démontage. Je ne comprends pas ce que je vois. Me passe par la tête que je devrais peut-être m’en trouver vengé, aussi, d’y avoir perdu une part de mon enfance, derrière ces machines infernales. Mais non, quelque chose est triste. Infiniment triste. Pas comme lorsque je suis passé quelques heures avant dans cette chambre, et que j’ai vu la plaque mortuaire enfin livrée posée sur le canapé. Une vrille aiguë. Tout ce qui rend la mort concrète est vif, encore.

Non, ces machines qui partent, que j’accompagne de toutes les blagues que je peux lancer aux gars costauds qui les portent, me provoquent quelque chose d’indéfinissable, mais de trop subtil peut-être, ou neuf, inédit, pour que j’arrive à mettre les bons mots dessus.

 

Les deuils sont des morts de parts de soi.

 

 

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Évolution liquide

Vu « Évolution » de Lucile Hadzihalilovic, réalisatrice de « innocence ». Belle surprise, beauté, étrangeté, et histoire hermétique qui laisse libre l’imagination et les interprétations. Un dispositif de départ qui évoque de très loin celui de “Traitement de choc” d’Alain Jessua. Mais juste pour l’univers médical, la rive, les rochers et une intrigue…
Ici, pas de fable d’anticipation sociétale, mais un conte onirique et aquatique, un fantastique impeccable qui sait créer l’inédit à partir de petits riens, d’effets visuels subtils, de jeux d’ombres et de textures, qui résonnent avec des fondamentaux de mon imaginaire. D’où adhésion perso perso ! Un film liquide comme un rêve, pas pour tout le monde, je suppose… Décidément, il n’y a bien que les filles qui font des films en ce moment !

Mémo

Les photographies disent : « ce n’est pas l’objet qui est beau, mais mon regard sur lui ».

Une passion familiale : Les photos de Paul (1)

Pour débuter mon exploration de la photographie familiale, une première sélection de photos de la fin des années 40 au début des années 70 (presque jamais datées ni annotées) de mon grand-père paternel, Paul François, orphelin, garçon de ferme, bûcheron,  zouave, mineur raté, livreur de lait, croque-mort, plombier, graveur de plaques mortuaires, mélangeur de peinture, vendeur de clefs à molette, réparateur de truc, etc., etc., et amateur de photos (approximativement) carrés bien avant Instagram.

Les photographies de Paul François sont et restent des photographies familiales. Je reviendrais plus tard sur le sujet. Mais on peut déjà noter qu’il est difficile parfois de savoir qui a fait la photo, car c’est une photographie [paradoxalement] “sans auteur”. Ce qui compte ici est de saisir un moment, peu importe que l’appareil soit tenu par le possesseur de l’appareil, par sa femme, un enfant, un ami, ou une branche judicieusement placée… C’est une pratique modeste et privée qui n’a de lien avec un contexte culturel plus large que par une évidente tension esthétique plus ou moins maîtrisée.

Ce corpus de photographies de mon père et ici de mon grand-père, dont j’ai d’une certaine manière «hérité», suscite beaucoup plus de questions qu’autre chose.

Mon grand-père garçon de ferme

Mon grand-père garçon de ferme

Par exemple, je crois que je ne saurais jamais comment un orphelin placé comme garçon de ferme a pu développer une passion pour la photographie au milieu où à la fin de son adolescence ? Comment un enfant hébergé et nourri dans une ferme très rustique a-t-il pu s’adonner (et penser) à une pratique aussi rare et coûteuse ?

(On peut noter aussi qu’il y a déjà des selfies…)

à suivre…