Golo en photo pour Cairo Comix

Bon, ce n’est pas tout à fait le premier événement facebook qu’une de mes photos illustre, mais ça fait plaisir de voir celle-ci servir pour annoncer la signature en avant-première du nouveau livre de Golo pendant le Festival de BD du Caire. Même si je trouvais cette photo de Golo pas très réussi… La voilà entière :

Golo chez lui - Photo Alain François

Je pense que pour la com dans sa période “barbe”, j’aurais préféré celle-ci :

Golo devant le Musée de la bande dessinée

En attendant, c’est maintenant https://www.cairocomix.com

Et la photo se retrouve aussi là :

Lili morte,

Vivante, était la preuve qu’on peut être la plus riche du monde et la dernière des pauvres femmes qui ne se désennuie qu’à la vue de la micro-nouille flasque et malodorante d’un abruti pissant dans sa théière de porcelaine fine.

Xavier Bouyssou - Photo Alain François

Portrait : Xavier Bouyssou

Hier soir, pour le pot de départ de Lisa Frühbeis, Seul Xavier Bouyssou était dans une lumière amusante. Un peu l’impression qu’il a joué dans un Beineix, mais je ne résiste pas à la capacité d’évocation de certaines atmosphères.

Xavier Bouyssou - Photo Alain François

Mon premier livre de science fiction

Je me souviens de quoi, exactement ? Pas grand chose. Une impression de supermarché, pendant des vacances à la mer. Supérette, plutôt, en fait, car sensation plus que souvenir d’un tout petit rayon livre à droite en entrant. Avoir le « droit » de choisir un livre dans un maigre choix. Ne rien reconnaître. Prendre un petit livre coloré séduisant. Quel âge ? Je ne sais pas, mais sensation d’une audace dans le choix, de passer un cap de maturité.

C’était un petit roman de SF de Joseph Greene : “La Cité perdue“, édité par les Deux Coqs d’Or dans la collection « Étoile d’or »

Et ensuite, d’avoir été charmé par ma lecture. Au point que débutera ainsi une longue passion pour la Science Fiction. Mais j’étais trop petit pour une bibliophilie active et volontaire. Je ne rechercherais pas la collection. Viendrons ensuite les “bibliothèque verte” (j’ai zappé la rose), et c’est seulement des années plus tard, pendant le temps du collège, que je passerais massivement aux collections de J’ai Lu, Pocket, Fleuve noir…

Aujourd’hui, ce petit livre qui est resté plus de 40 ans dans le grenier de mes parents a été adopté par Sophie Guerrive (qui m’a envoyé la photo en vignette en haut), et je me rends compte que je ne sais plus vraiment ce qu’il raconte.

Mais oui, c’est ce livre unique, tout petit, tout modeste, qui a planté la graine du goût pour les extraterrestres, les voyages interstellaires, les mondes étranges… Et c’est sûrement ce livre qui a fait que je ne passerais pas au polar après toutes ces enquêtes en « bibliothèque verte », comme ça aurait pu être logique.

[ Au passage, si je connais le premier, je ne connais pas mon dernier livre de science-fiction, quand vers 16 ou 17 ans le goût m’en est passé, brusquement, mais je connais parfaitement le dernier auteur de SF que j’ai lu : Philip K. Dick ]

Et aujourd’hui, sur ce site : https://strenae.revues.org/1605? je trouve ce document épatant qui montre l’illustration originale de la couverture, par le peintre Giovanni Giannini, avec les indications de cadrage et réduction pour l’impression, document qui réveille mes souvenirs…

Lampiste N° 2 comment j’ai été sauvé par des castors

La seconde livraison de “Lampiste” le minizine (A6) de Matthias Lehmann, est arrivé jusqu’à moi, tranquillement… Et ce 2e Lampiste est encore plus drôle que le précédent qui s’intitulait “Pourquoi Richard m’a tué“.

Toujours le même principe : un souvenir d’enfance de Matthias Lehmann complet, terrible et drolatique, en 16 pages ciselées.

Dans ce numéro, une seule invitée : Sophie Darcq qui signe la 4e de couverture :

Thomas Mathieu - Photo Alain François

Portrait : Thomas Mathieu

En général, je ne connais pas le travail des gens que je rencontre. Je découvre la personne, et ensuite je trouve (a minima) civil de me pencher sur ses productions artistiques ou livresques. Parfois, une exception, comme Thomas Mathieu que j’ai rencontré la semaine dernière. Thomas Mathieu, c’est l’homme du “Projet Crocodiles”, un tumblr dans lequel il publie depuis quelques années des témoignages de « harcèlement et de sexisme ordinaire » qu’il met en scène en bande dessinée. Et j’avais lu quand ses planches étaient devenues virales.

Déjà, la bande dessinée de reportages est relativement rare [Elric me signale au passage que depuis une quinzaine d’années, ce n’est plus vrai] mais il est encore plus rare que l’auteur s’efface derrière le témoignage. 

Je découvre à l’occasion de ce post que le Tumblr est maintenant dessiné par Juliette Boutant. Ce passage de flambeau pointant bien à la fois la modestie de la démarche (porter les témoignages sans sur-écriture excessive), et même son côté “d’utilité publique”, qui là, pour le médium, est plus que rare.

Car on est très loin, ici, de l’insignifiance de la presque totalité de la production livresque (et j’englobe ici littérature et BD) ou de la putasserie de la production pseudo-sociétale habituelle. Le dispositif qui a été beaucoup discuté est malin, simplifiant, effaçant l’anecdote pour se focaliser sur les situations, donnant aux témoignages singuliers une dimension universelle. Si universelle que la réception est souvent violente. Pour l’écriture de ce tout petit billet, je suis passé lire un article d’un grand journal, et par faiblesse, j’ai glissé vers les commentaires. Je suis peu armé contre l’insondable de la connerie humaine, mais c’est à la mesure des réactions qu’on peut estimer la pertinence du propos de ce “projet”. En effet, souvent, en lisant, “on” (moi, comme “les autres”), ressent un malaise. Mais ce malaise est salutaire, il rappelle qu’on ne doit jamais imaginer détenir la vérité morale d’une situation à l’aune de son unique perception.

Évidemment, ce dispositif très simple, s’il apporte de la lisibilité aux situations, a les défauts de ses qualités. J’ai rencontré des femmes crocodiles, par exemple, et il y a un horizon hygiéniste qui peut produire des législations perverses. Mais il ne faudrait pas confondre l’anecdote avec le système et les effets pervers de la manière grossière de gérer politiquement le problème avec le problème. L’oppression sur les femmes est massive. Et encore partout, la dissymétrie de destin est absolue (sujet esquissé ici, à propos de « La vie domestique » d’Isabelle Czajka).

Ce travail de compilation des témoignages, qui met au jour une montagne de non-dits, de souffrances tues, d’adaptation bricolée à des situations perverses, est absolument salutaire, comme à chaque fois qu’on perce un abcès. C’est rarement beau dedans, ça pue, mais ça soulage. 

[Bon, le titre du billet est foireux. Je voulais juste poster un portrait photo…]

Et tiens, je devrais ajouter “Les Crocodiles” (au Lombard 2014) à ma vieille liste hautement perfectible :

Le rapport au réel – Bibliographie BD 2

 

 

L’humanité est un naufrage

Je pensais ça cette nuit, dans un rêve étrange, avant même d’écrire un billet honteusement heideggérien. Pire, je rêvais misanthrope, m’adressant, amer, à un interlocuteur flou, peut-être collectif, dont émanait des arguments mièvres sur la bonté ou je ne sais encore quelle bêtise sur la foncièrement bonne nature humaine. Je rétorquais qu’il n’y a avait rien de plus humain que le massacre et le vol. Que c’était dans notre nature la plus intime que même les plus rassasiés d’entre nous, qui devraient en être paisible, sont pervers, torves, malfaisants ! Quelque chose comme ça. Dans le rêve, j’étais très acide, malheureux, ne voyant aucune issue, jamais, aux moindres de nos problèmes collectifs. 

Peut-être un lien avec le témoignage entendu hier, sur la manière dont les médias mettent l’accent sur les “pillages” pendant la tempête, défendant jusqu’à la mort “la propriété”, sans prendre en compte que les “pillés” du jour sont des exploiteurs minables qui ont explosé les tarifs des produits de première nécessité dès l’annonce du fiasco, pour spéculer sur la peur et la misère… et donc, que la violence de classe prépare tranquillement la vengeance de classe…

(qui attend tranquille que l’étau de l’ordre armé se desserre… par exemple à l’occasion de trouble climatique. Sans compter que les policiers et les militaires redécouvrent, dans certaines circonstances, la vérité de leur classe sociale et n’ont pas nécessairement le comportement que leur hiérarchie espère.)

Et la survie. En quel honneur dénierait-on à qui que ce soit le droit d’avoir l’instinct de survie ? (Et le réflexe opportuniste. Après tout une caste dominante a bien un monstrueux instinct de prospérité au prix plus monstrueux encore du destin de l’humanité) et de tout entreprendre pour ça, le vol bien sur, mais le meurtre aussi. Après tout, que raconte donc d’autre la presque intégralité des fictions US ? 

Et le pilleur tueur, c’est pourtant le héros, dans les films… Ha oui, mais il est blanc ! (le noir meurt au début, ou se sacrifie à la fin, encore et encore)

Sur l’universalisme

Les mots ne veulent rien dire. En soi, ils ne veulent rien dire. Il est amusant, lorsqu’on est enfant, de découvrir que dans un dictionnaire, chaque mot s’explique par d’autres mots, s’expliquant eux-mêmes par d’autres mots, et ainsi de suite, jusqu’à dessiner de belles boucles dans le corps même du dico, sans espoir jamais d’en sortir. Un vertige. 

S’ajoute à ce vide abyssal, cette « absence du monde » dans le dictionnaire, la polysémie des mots, judicieusement oubliée quand ces mêmes mots servent à condamner l’image, par exemple. 

Le langage est un système clôt, irrationnel, mouvant, fuyant, ou l’on ne peut s’adosser nulle part, un monde mou qui se suffit à lui-même, sans aucun ancrage hors de lui. Une folie.

Ce dont se servent les politiques, les religieux, les philosophes à système, les publicitaires, les relativistes, etc.

Le poète et le scientifique tentent d’accrocher la langue au réel. Ils échouent toujours, l’un est pris pour un rêveur par les enfumés du langage, l’autre est assiégé par des armées de langages clos, et fragilisé par sa rigueur même à refuser les certitudes closes.

Ils échouent, car le monde clôt du langage fuit, il n’est pas si clôt, il suinte sale par le performatif, par nous, par la manière dont il nous manipule. Nous sommes les marionnettes du langage. Nous ne sommes que l’interface. Mais c’est une autre histoire.

Et donc…

L’universalisme est un mot.

Il ne veut rien dire. Pourtant, son usage a une histoire. La seule chose que l’on pourrait en faire, c’est raconter cette histoire à l’intérieur des mondes clos du langage (et en particulier dans le territoire du politique).

Mais rapidement, aujourd’hui, je lui vois deux usages, selon par qui il est porté :

— Un usage privé, comme un horizon de la conscience qui tenterait d’accéder à la vérité du fait anthropologique dans sa globalité, dans un esprit scientifique, donc, et donc sans présupposé, mais en cherchant à toujours affiner l’observation « la plus globale » de nous même comme phénomène. Se pose toujours, in fine, la question de l’arbitraire du point de vue et de la validité des outils. Mais on est bien obligé de faire ça “de quelque part” et “avec ce qu’on a” en attendant une hypothétique étude extérieure…

— Et l’usage en crise, de l’outil d’exploitation des particularismes de l’autre par un particularisme qui se projette en universalité. Cet universalisme colonial est en crise depuis longtemps, pour la simple et bonne raison qu’il n’a rien d’universel. Il n’est pas ce qu’il énonce. Il est donc fragile, facile à remettre en cause, et dangereux puisqu’arme qui se retourne contre son usager.

Mais on ne va pas faire comme si les mots voulaient vraiment dire quelque chose ?

 

 

Trop de lièvres

Ma réticence à parler sur les réseaux sociaux vient de là : les conversations, sorte d’oralité écrite, lèvent trop de lièvres pour pouvoir s’en sortir avec rapidité et avec raison. 

Là, me retrouve avec la question de la crise de l’universalisme, de la polémique des Magiciens de la terre (expo de Beaubourg de 1989 qui a largement involontairement mis les pieds dans le plat de la décolonisation culturelle du monde), de l’ethnocentrisme, de la mondialisation de la culture, de la subjectivité culturelle, du déclin (ou pas) de l’occident, des équilibres géostratégiques actuels, de l’Art, de sa définition et de sa validité… Oups !

Doucement. je suis si bien ici, à prendre mon temps, à poser des petits cailloux sur ma route, une seule route, pour ne pas trop me perdre…

Pauvres zombies !

J’avais bien noté, et ceci, depuis une bonne grosse décennie, que le Zombie était de retour au cinéma, mais que ce Zombie-là, en apparence old style, n’avait plus grand-chose à voir avec celui de George A. Romero.

En général, pour faire le malin et racheter la daube, l’intello franchouille t’explique que l’original, le Zombie de Romero, est une métaphore du consommateur moderne, esclave volontaire de « la société de consommation », et pourquoi pas, de « la société du spectacle ». OK, donc, le Zombie c’est l’homme moderne asservi par le mode de vie moderne : le gars ou la fille avec son pavillon, ses deux bagnoles, poussant son caddie dans son allée préférée de supermarchés, s’avachissant le soir devant sa TV, s’empoisonnant le week-end avec son barbecue, etc. (complétez la panoplie vous-même). Read More →

Rentrer de la soirée sous la pluie

Déjà plus vendredi, déjà samedi matin, pas tout à fait deux heures, traverser la ville sous la pluie, froide, drue, forçant sur nos têtes à chacun de nos pas pour nous pousser, pour être sur de nous tremper.

Courir le pavé glissant, luisant, aux côtés de Céline bien protégée par sa parka neuve, et Francesca, déjà malade, toussant, tentant vainement de s’abriter la tête d’un grand foulard enroulé.

Finir tous détrempés.

À l’abri.

Autour de la robe de mariée de Marguerite Sirvins

Autour et sur « La robe de Mariée », texte de Katherine L. Battaiellie, aux éditions Marguerite Waknine

J’ai encore lu un cahier des éditions Waknine. Pourtant, ma liste de lecture est toujours aussi longue, et dernièrement, je retrouve ma vieille manie des “livres en chantier”. Mais voilà, ces petits cahiers m’attirent. En particulier les textes rares qu’ils exhument (ma lecture d’In Abstracto d’Urmuz).

Instinctivement, je cherchais dans leur catalogue à renouveler ma bonne expérience de lecture, et m’arrêtais très vite sur deux de la collection « livrets d’art » : « La vie des Basiles » de René Daumal, pataphysicien, et « La robe de Mariée » de Katherine L. Battaiellie. Je savais aussi, à je ne sais quoi, que je lirais le second en premier. Intuition confirmée par la lecture des premiers mots. Zou ! Read More →

Marine Blandin 28 aout 2017 - Photo Alain François

Marine Blandin en noir-et-blanc

Il y a 4 ans, j’utilisais les filtres noir et blanc d’une appli de smartphone. Mais très vite, la chose m’a agacé. Depuis, avec les photos de smartphone ou du reflex, je préfère fabriquer mes noirs et blancs « à la main » (enfin… avec Photoshop, mais sans automatisme). Je règle ainsi très finement et souvent par zone la manière dont le noir et blanc numériques peut évoquer telle ou telle esthétique ancienne, comme ces deux portraits de Marine Blandin chez elle, avant-hier, espérant deux évocations sixties, l’une en nuance de gris glamour, et l’autre en contraste nouvelle vague

Portrait : Laura Désirée Pozzi à la paillette

Après une journée tropicale, pendant la soirée de départ de Roman Muradov et Camilo Vieco, soirée toute en demi-teinte, embrumée de ces atmosphères grises que détestent les appareils photo numériques, seule Laura Désirée Pozzi, illustratrice jeunesse italienne revenant du déménagement d’Alice, prenait toute la lumière, calée au bout du canapé design du meublé, juste contre l’unique lampe du salon :

Laura Désirée Pozzi à la paillette - Photo Alain François

http://www.lauradesireepozzi.it

 

Le paysage à l’instant

Sur l’île, devant elle, entre elle et moi, un filtre opaque, épais, trouble, d’un climat exotique. Je n’habite pas sous les tropiques, alors pourquoi cette impression qu’on peut toucher l’air, le mettre en bouteille, qu’il entre des interstices, des fenêtres ouvertes, des volets entrebâillés, comme une masse lourde et lente, qui avance, vient, inexorable, pour se coller, se lover, s’enduire sur les peaux ?

 

The day my comic got a compliment

Lisa Frühbeis nous a offert un mini-comics : “The day my comic got a compliment”. C’est un tout petit leporello artisanal, et j’aime particulièrement ces micros-publications et autres autopublications qui pullulent de par le monde et qui représentent, très discrètement, l’un des très grands phénomènes culturels contemporains (par la quantité et l’universalité). 

Lisa Frühbeis, “nerdy post feminist” selon elle-même, est une jeune artiste allemande récemment convertie à la narration graphique, qui a eu la chance d’être tout de suite publiée dans un journal. Chance largement méritée, car elle a le sens de l’humour, du trait, et de la chronique !

Lisa Frühbeis comics

http://lisa-fruehbeis.squarespace.com

Beckmann vs Kirchner

Il y a longtemps, pendant mes études d’Art, je préférais Kirchner à Beckmann

Et maintenant, quand je les croise, je me laisse dire que mes goûts se sont inversés. Je préfère Max Beckmann à Ernst Ludwig Kirchner… et le plus drôle, c’est que j’aime Beckmann pour ce que je n’aimais pas, une forme de vulgarité des formes et du dessin, du fruste qui me convient maintenant, et je n’aime plus Kirchner pour ce que j’aimais de lui, une certaine élégance, du brillant que je vois aujourd’hui pour de l’agaçante manière.

Die Nacht 1919, dessin Max Beckmann

Shōchan no Bōken dans ma bibliothèque

J’avais trouvé Shōchan no Bōken, ce mignon manga de 1923, sur quelques forums interlopes, je suppose. C’était il y a au moins une dizaine d’années. Grosse, la dizaine, et j’avais tout de suite montré ça à Yann, et quelques autres, très surpris par l’évocation hergéenne de ce manga antérieur mais contemporain de Tintin. Quand j’ai rencontré Elric, il s’est passionné pour ce petit personnage de si loin de la Belgique qui semblait annoncer Tintin, mais aussi Spirou. Elric en a tiré un article comparatif, ce qu’il fallait faire, et écrit un mémoire sur le sujet. Il vient de m’offrir l’édition patrimoniale de “Shōchan no Bōken”, éditée en 2003 par Shōgakukan creative et que nous connaissions déjà, car Yann l’avait commandé sur Amazon Japon.

Les livres japonais sont toujours épatants, mais celui-ci vient quand même contrarier le format d’origine des Shōchan, à l’italienne :

Et l’élégance des dessins de Katsuichi Kabashima aurait mérité des pages plus grandes… Malgré tout, quel bonheur d’avoir ce livre dans ma bibliothèque !

Pour le contenu, reportez-vous à l’article d’Elric ici : http://marsam.graphics/shochan-no-boken/

 

 

Cinéma mutique

Ces réalisateurs français, bien actuels, qui font des films quasi muets, avec des bruits de respirations, de mastications, de vaisselle qu’on pose sur la table ou dans l’évier… ils fréquentent pas la même humanité que moi.

François Darnaudet - Photo Alain François

François Darnaudet, le molar

Visite éclair de François Darnaudet le Molar (“Les motards du polar” club des motards écrivains de polar), d’un coup de moto, le temps d’avaler un croque-madame et boire un p’tit noir… et de causer tranquille. Nous évoquons ses années « Gore » quand il s’y était adonné (l’un de ses romans a été réédité deux fois depuis l’époque, sous des titres différents chez des éditeurs différents), et comment il restait un groupe de 200 fans du genre, chiffre semble-t-il incompressible…

Je me souviens de l’arrivée du gore, à la fin de mon  adolescence, et c’était trop tard pour moi. Je n’en ai pas, ou peu lu, je crois. Pourtant, souvenir d’en avoir tenu entre les mains, des couvertures, de cet étrange logo de genre… et c’est tout.

François en a écrit, mais dit-il «les amateurs trouvaient que je n’y mettais pas assez de cul». Oui, le gore c’est sang et cul. Et rien d’autre en fait !

Pour rester dans le ton, un portrait trashouille, limite charge…

Profil noir de François Darnaudet - Photo Alain François

Portrait : Frank

J’ai enfin rencontré Frank (pseudo de “Frank Reichert”), scénariste de BD puissant, écrivain, traducteur de polar, qui a écrit de nombreux scénarios très noirs (et très drôles) pour Golo pendant une grosse décennie (à partir de 1978 et “ballades pour un voyou“). Mais aussi pour Baudoin, entre autre…

Pas de wikimachin, mais deux entrées sur bnf.fr :

Frank Reichert http://data.bnf.fr/12073592/frank_reichert

Frank http://data.bnf.fr/11903451/frank

Je l’ai vu chez Golo, la nuit du 18 au 19 août 2017, et j’aurais bien aimé le croiser avec une meilleure lumière, et pas seulement dans la pénombre d’une soirée ! Mais je reste un indécrottable antiflash… 

Le massacre est une forme culturelle

J’avais été fasciné, en parcourant des traités psychiatriques anciens, comme les formes de la folie se conformaient, comme toutes les autres formes culturelles, à l’esthétique de leur temps. Jusqu’à ce que Londres et l’âge d’or des journaux inventent conjointement la forme moderne du serial killer, celui-ci se prenait pour un loup, et attendait la nuit pour parcourir les campagnes. Le loup-garou était donc une « mode », comme les galéantropes, et les formes de la folie des formes culturelles parmi les autres, mêlant leurs pulsions aux matrices de la fiction, se reproduisant-colportant par mimétisme/défaut de mimétisme et s’adaptant aux caractéristiques urbaines, technologiques, organisationnelles d’une société donnée, mais aussi à la manière dont cette société se fantasme…

Comme les motifs décoratifs, l’Architecture, la peinture… Le roman, les contes… les légendes urbaines…

Mais il ne faudrait pas confondre la pulsion, individuelle ou collective, avec la forme que prend celle-ci pour s’exprimer. Toutes les formes du meurtre, et toutes ses motivations, traversent indifféremment toutes les sociétés humaines.

Ce qui est « culturel », c’est la forme, et l’efficace aussi, peut-être, parce qu’une foule armée de coquillage a plus de boulot pour dépecer une femme intelligente qu’un débile d’aujourd’hui qui n’a qu’à appuyer sur l’accélérateur… urbanisme, technologie, modèle de comportement…

Pour la pulsion, elle est inscrite dans l’espèce. Et tous les animaux plus ou moins sociaux ont des comportements similaires, c’est-à-dire le meurtre hors la prédation. Les éléphants, les dauphins, les singes évidemment, qui ne négligent pas le lynchage, et même les canards… Puisqu’un jour, un long jour, j’ai assisté à la mise à mort lente et méthodique, parfaitement collective, d’un canard par ses congénères, sans comprendre ce qu’il avait bien pu faire ou dire pour mériter ça ? Coin ?

Et les médias…

Ha ! Quant aux médias, il ne faudrait pas apprendre aux enfants l’esprit critique, ou à distinguer les fakes des cakes dans les news, mais faire rentrer dans les têtes, et pas seulement des enfants et des idiots, que ce qu’on nomme « les médias », est la forme la plus hypocrite, la plus inconsciente d’elle-même et donc la plus pernicieuse de fiction.

Non qu’il n’y a pas de “fait” à rapporter, mais que «les médias » en sont incapables, engoncés dans leurs formes culturelles conjoncturelles, et validant ainsi d’un même élan les critiques des relativistes de tout poil, et les opinions viscérales les plus dangereuses. 

Pour les paranos : les patrons des grands groupes de presse ne sont pas derrière chaque papier, derrière chaque commentaire, car ils n’ont pas besoin, par connivence de classe, intérêt partagé, et travers acquis. Et, la bêtise du meurtrier met en jeu les mêmes mécanismes culturels que la bêtise du journaliste.

 

Les deux vies de Mikhaïl Mikhaïlovitch Tsekhanovski

En cherchant des renseignements sur les auteurs de la “librairie des écrivains“, je découvre par hasard les travaux graphiques de Mikhaïl Mikhaïlovitch Tsekhanovski ( Михаи́л Миха́йлович Цехано́вский ), un artiste russe né en 1889 et mort quelques jours avant ma naissance.

Réalisateur et animateur ayant participé au modernisme soviétique dans les années 20, il a aussi produit des affiches, des illustrations et des graphismes d’une grande clarté formelle, moins austères que nombre de ses amis plus radicaux des avant-gardes, et d’une simplicité qui les rend étonnamment actuels.

1926 :

Dans les années 40, son esthétique première, entre avant-garde (structure géométrique) et art populaire russe (imitation des silhouettes en papier découpé), se perd dans un calque des productions Disney, qui semble maintenant plus daté que les productions antérieures. Paradoxe de l’Histoire.

Je vois dans cette évolution stylistique de Mikhaïl Mikhaïlovitch Tsekhanovski, peut-être est-ce un abus de ma part, l’illustration du virage réactionnaire qui suivit l’instrumentalisation des avant-gardes par le régime soviétique.

Mais sa « première époque » est vraiment à la fois d’une synthèse épatante et d’une grande fraîcheur visuelle !

 

Un film de 1929