Subtile

Les plantes, contre la vitre, sont irisées de lumière. J’ai le réflexe de les photographier, avec même en sous-programme le dilemme du choix : serait-ce mieux avec le smartphone ou le reflex ? Et puis non. Le spectacle me suffit. Voilà un geste très narcissique : il n’y aura pas de trace, juste une jouissance personnelle.

(Pas d’autre trace que l’ekphrasis)

Un livre avoisinant la terre

Lu « Ville Avoisinant La Terre”, le livre de Jorj Abou Mhaya, auteur et illustrateur libanais que j’ai souvent pris en photo. J’avais eu le loisir de voir les dessins se faire, et j’étais très intrigué par mon feuilletage de l’édition originale… Mais j’étais bien obligé d’attendre que l’objet soit enfin traduit en français !

Version arabe :

Le livre existe maintenant en français chez Denoël Graphic. Je sors de sa lecture tout aussi intrigué. Comme il se présente à nous, cet album minutieux est une nouvelle de politique-fiction borgesienne, un poil fantastique, un poil psycho-SF, qui m’évoque sans précision pas mal de mes lectures d’adolescents. Mais, et ceci, même si j’ai grandi avec chaque jour le monstrueux feuilleton de la destruction de Beyrouth à la télévision, il m’en reste une impression d’étrangeté et de distance. Je ne sais pas si l’impression vient du réalisme distordu des lavis à la précision de miniature, ou par les étranges avanies d’un personnage qui sort, on le comprend vite, littéralement déphasé de l’interminable guerre civile ? La traduction du titre, « Ville avoisinant La Terre », critiqué par certains, exprime pourtant bien cette insaisissable sensation de déphasage d’avec le réel. Au long de la lecture, je suis resté partagé entre proximité et éloignement, sans trouver le confort de la bonne distance, et sans me débarrasser, tenace, de cette impression qu’une part non négligeable des enjeux du récit m’échappait.

Pour ne pas rester dehors, et comprendre, peut-être, je tente d’évoquer Hans Magnus Enzensberberg qui, dans “Zickzack” (“feuilletage”, l’Infinie Gallimard), compile les témoignages écrits sur la population européenne à la sortie de la 2e guerre mondiale : « Leur vie n’a que l’apparence de la vie, c’est une attente qui n’attend rien, ils ne tiennent plus à elle ; c’est la vie qui s’accroche à eux, fantomatique, comme une bête invisible, affamée et rôdant dans les rues bombardées, de jour et de nuit, sous le soleil et la pluie », ou « comme tout est devenu soudain vide, morbide et absurde, à présent que la guerre est finie ! […] Nous sommes ramenés à notre piètre existence et à ce qu’elle a d’humiliant », ou « Ils se réfugient derrière leur amnésie collective. La réalité n’est pas seulement ignorée, elle est déniée. Avec un mélange de léthargie, de défi et d’apitoiement sur soi-même, les gens régressent à l’état de mineurs irresponsables », etc. Le propos d’Hans Magnus Enzensberberg est de montrer comment cette période, celle de la « reconstruction » a été occultée dans la mémoire collective, et comment nous méjugeons aujourd’hui toute population qui vivrait ce que nous avons vécu.

Peut-être que Jorj Abou Mhaya parle, comme Hans Magnus Enzensberberg, de cette chose dont personne ne parle, de ce moment étrange de l’après d’une guerre, moment d’une honte collective, d’un trauma général, de quand les âmes ont été laminées et le corps des hommes et des villes distordus au point qu’on ne reconnaît rien, qu’on est plus chez soi dans le réel ?

Peu importe, je ne fuis pas le trouble et ne cherche pas systématiquement à « tout comprendre », et même, peut-être est-ce ici un avantage de se retrouver lecteur dans cette confusion-là, comme si le trouble du personnage perdant le fils de sa vie en perdant son immeuble était contagieux.

Narcisse et Céphalée

Les dessins de Marine Blandin sont beaux. Beaux et jubilatoires. Je crois que si je les aime tant, c’est aussi parce qu’à travers l’archéologie des références purement BD, j’y trouve aussi des évocations du dessin des expressionnistes allemands. Une dislocation chantante à la George Grosz, ou quelque chose comme ça. Enfin, c’est beau. Et c’est encore très ouvert, très libre, très frais et plein de frémissantes potentialités.

Son tumblr s’appelle « Céphalée » et elle y a posté dernièrement des dessins réalisés pendant sa résidence à la maison de la littérature de Québec, et en remontant le temps, j’y découvre un véritable reportage sur… moi ! Oui sur moi ! Trop fier, je ne vais pas me priver de le poser là (même s’il n’y a pas que moi…) :

 

 

Les rêveries de la descente nocturne

Ce matin, je lutte contre une immense tristesse, irrationnelle. Quelque chose qui m’attrape au centre, et tire vers le bas, jusqu’au sol, vers cette pulsion d’acceptation finale, cette prescience du corps inerte qui s’abandonne déjà à la putréfaction.

Non. Accepter l’augure des maigres rayons de soleil qui percent le plafond de nuage. Me vient un épisode de mon petit feuilleton. Pour être exacte, une piste m’a été donnée par la consultation de « les structures anthropologiques de l’imaginaire » de Durand, que j’ai ouvert hier pour le sujet de mémoire de la petite Kathrine Avraam.

D’une chose à l’autre.

D’un matin gris, lent, et nauséabond

Le bruit des tondeuses, en contrebas. L’odeur de chlore, très forte. Je ne vois pas les ouvriers qui nettoient l’immeuble. Je pense « le puis sans fond de l’indignation ». Et « Comment peut-on se tromper de mot à ce point ? »

Je me souviens, « tout ce qui est possible sera accompli ». Nous ne nous épargnerons rien.

Les nuages ne sont pas homogènes. Le paysage se tache de zones plus pâles. L’odeur de piscine est de plus en plus forte. Je vois un ouvrier, en combinaison, qui arrose le sol noir. Il en sortira des dalles jaunes, moches, mais propres. Je regarde… le produit ne va-t-il pas tuer toutes les plantations ? Il y a quelque chose de dérisoire dans ce que font ces hommes, là, en bas de chez moi. Quelque chose d’un peu minable, inéficace et dérisoire. Comme presque tous les humains au travail.

Pink Pieles

Vu ce soir, “Pieles”, le conte rose-bonbon d’Eduardo Casanova, jeune réalisateur espagnol. Ce n’est pas un grand film, mais encore une « première œuvre curieuse » et déjà un amusement. En espérant qu’il confirme, car oui, les réalisateurs finissent mal, en général…

À suivre. Et d’ailleurs, facile à suivre sur Instagram :

 

Vivre aux frontières du cône de frottement

« le monde n’est qu’une bransloire perenne ; toutes choses y branslent sans cesse, la terre, les rochiers du Caucase, les pyramides d’Aegypte, et du bransle publicque et du leur ; la constance mesme n’est aultre chose qu’un bransle plus languissant. »

Le plus beau cerveau de par mes contrées ne pouvait imaginer que ce « pérenne » deviendrait douteux. J’ai trouvé la citation par le livre que je feuillette en ce moment : “ZickZack” (“Feuilletage” en français) de Hans Magnus Enzensberg. Livre remarquable par ailleurs et dont je reparlerais pour d’autres sujets. Au passage, quand même, noter la catastrophique traduction du titre ! Voilà ce qui se passe quand on donne la responsabilité d’une collection à Philippe Sollers…

Bien, donc je trouve cette citation, très belle et chantante, et retourne chercher Montaigne dans ma bibliothèque. Je trouve la version modernisée en Quarto, et je prends conscience que je ne me souviens plus si j’ai quelque part une édition plus ancienne. Cet extrait du chapitre deux du livre trois, le bien nommé “du repentir”, est assez laidement écrit en français moderne dans l’édition Quarto. Impossible de reprendre cette version ici. Comme je veux retrouver le contexte, je charge une édition de 1802 sur Gallica. Là, ça sonne !

Et comme Montaigne y est aimable :

« je ne peinds pas l’estre, je peinds le passage »

« soit que je sois aultre moy mesme, soit que je saisisse les subiects par aultres circonstances et considérations : tant y a que je me contredis bien à l’adventure, mais la vérité, comme disoit Demades, je ne la contredis point. Si mon ame pouvoit prendre pied, je ne m’essaierois pas, je me resouldrois : elle est toujours en apprentissage et en espreuve. »

« Je propose une vie basse et sans lustre : c’est tout un ; on attache aussi bien toute la philosophie morale à une vie populaire et privée, qu’à une vie de plus riche estoffe : chasque homme porte la forme entière de l’humaine condition. »

Etc. Il est aimable.

 

Zibaldone [1587-1590]

Leopardi parsème ses considérations linguistiques si datées de petites choses comme celle-ci : “Celui qui a perdu tout espoir d’être heureux ne peut songer au bonheur des autres, car on ne peut le rechercher que par rapport au sien propre. Il ne peut plus même s’intéresser au malheur d’autrui.”

Zibaldone [986-988]

“En toutes choses, le plaisir est toujours la fin et l’utile n’est que le moyen.”

Une minuscule phrase, Giacomo Leopardi sait qu’il transgresse. C’est ce qu’on attend d’un auteur.

L’irrépressible lecture des signes

Je voulais mettre le doigt sur ce qui me gênait, dans ce que j’ai lu et vu pendant toute la campagne électorale française. Je voulais exactement trouver le commun à toutes mes réticences.

Et je crois que c’est ça : L’irrépressible lecture des signes.

Car nous avons une propension à croire que le désir de lire quelque chose dans tout ce qui se présente à nous est de l’ordre de la raison, alors même que cette pulsion est de l’ordre de la pensée magique. C’est l’un des grands mécanismes de la superstition, celui qui entretient notre maladie la plus commune : la paranoïa.

La raison, si nous l’écoutions, nous garderait d’interpréter. Devant le spectacle du monde, il faudrait d’abord, pour être raisonnable, ne rien y voir de particulier, ou plutôt rien de plus que la chose en soi, et surtout ne pas tenter d’y trouver des liens avec soi ou autre chose. La raison n’interprète pas, elle laisse en l’état.

Serré

Mélancolie du milieu de la nuit.
Sentiments désagréables d’être encore perdu.
De rester troublé, comme les eaux sales.
Dans des douleurs impures, inconfortables.
Inconsolable, irrécupérable, minable.
Gaspillé, jeté, prisonnier.
D’une vie dissonante.

 

 

Alfred Kubin, victime de la dictature de la réception

Juste avant la tornade de paranoïa collective qui s’est abattue sur les campagnes [électorales] de mon petit pays, je pensais à quoi, déjà ? Ha oui, je venais d’extraire de ma bibliothèque et reparcourir trois petits fascicules d’Alfred Kubin, le dessinateur autrichien, édités par Allia en 2007 : « Le cabinet de curiosité », « le travail du dessinateur » et « ma vie ». Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment lu « ma vie », donc « sa » vie.

Je ne peux pas dire que j’ai une passion particulière pour Alfred Kubin, dessinateur que je classais instinctivement comme « symboliste tardif », ou pour être plus indulgent, coincé entre “symboliste tardif” et “précurseur du surréalisme”… Un artiste de transition en quelque sorte, coincé entre deux époques, coincé entre deux siècles… La lecture de sa vie, texte rapide mais informatif, m’a permis de préciser mon jugement et m’a, du même coup, provoqué quelques réflexions d’ordre plus générales. Read More →

Érotisation du regard

Je tente de faire une photographie modeste, simple, en empathie avec le sujet, dont la dialectique complexe joue fluide, non conflictuelle, avec ce qu’il faut d’hasardeux pour garder le jeu ouvert.

Pas de politique

Je ne discute pas de politique sur les réseaux sociaux. J’y publie des photographies qui sont des messages muets, abscons, indéchiffrables, signifiants seulement pour moi, mais qui gardent toujours en eux l’espoir d’être lu.

Je voudrais que certains de mes posts disent quelque chose de précis, ou plutôt se présente comme un indice discret d’une vérité universelle. Je voudrais, c’est idiot, que naisse une étincelle dans le cerveau d’un autre, que cet autre regarde et comprenne que je parle de la distance relative entre les choses et nous. Que si je poste quelque chose de ma vie, à contretemps du temps collectif, c’est pour dire quelque chose de précis.

 

Militantisme

Pendant une campagne, j’observe les réseaux : je remarque qu’à chaque fois qu’un militant s’exprime, il fait perdre des voix à « son » candidat… Je baptise ça, outrancièrement, le syndrome « Misery » : ton fan est ton pire ennemi.

M’évoque un grand non-dit de la communication que je note parfois ici : s’exprimer, c’est cliver, cliver, c’est exclure. Le premier effet de toute communication, c’est le rejet, pas l’appétence.

Il fait beau

Je ne suis pas sûr d’écrire beaucoup. La confusion collective est à son comble. Difficile de trouver un îlot mental calme, tranquille, et un sujet autre que le danger extrême qui semble ne pas affoler.

Impression de voir l’une de ces scènes de films catastrophes, si agaçantes, où des personnages s’engueulent et perdent du temps alors qu’ils sont en danger de mort.

Une question muette

Pourquoi voulez-vous tous participer à colporter et entretenir de ces injonctions médiatiques soudaines qui font qu’un événement distant, si distant qu’il n’exerce aucune sorte de levier sur notre vie réelle, nous intime l’ordre de ressentir… non, pas de ressentir, mais d’exprimer publiquement un ressenti hypothétique, simulé ou pas : une émotion, une empathie, une indignation, ou même une peur ?

Pourquoi ?
Selon une volonté de fabriquer ce que je perçois comme une forme pornographique d’intimité collective.

 

 

L’envie d’écrire

L’envie d’écrire me prend indépendamment du contexte. Depuis toujours. J’ai souvent cette gentille propension à confirmer la parano superstitieuse qui me susurre que j’ai toujours envie quand je ne peux pas, empêché par le temps, les tâches ou la fatigue… mais c’est faux. Il y a souvent des moments ou j’ai envie dans un joli vide devant, et ou je peux écrire à souhait… pas comme maintenant, où j’ai envie, de l’une de ces envies de fond de gorge qui confirment les ricanements des psychanalystes, alors que je dois m’éloigner de mon clavier…

(Au passage, la surprise de ces dernières années, c’est que cette envie se soit déplacée sur la photo, parfois…)

La boucle des portes de la nuit

Les films en une nuit sont des boucles. Je voulais vérifier ça en regardant “Les portes de la nuit” de  Marcel Carné, voir s’il était comme “After Hours” de Martin Scorsese que j’avais vu en salle, à sa sortie.

Réponse : Oui, “Les portes de la nuit” est une boucle.

Je me suis demandé combien j’avais vu de films dont l’action se déroule en une nuit ?

L’extraordinaire “Qui a peur de Virginia Woolf ?”, je crois… et je suppose presque tous les films d’horreur… 

Trouve sur le web une page qui recense les films dont l’action se déroule en moins de 24h… Il y en a une pelletée, et majoritairement des saletés. La concision temporelle n’est pas un gage de qualité…

Et donc, “les portes de la nuit“. Pas l’impression de l’avoir déjà vu. Film beau, mais chiant (apparemment, un critique l’avait rebaptisé “les portes de l’ennui” à sa sortie), relativement dispensable et surtout terriblement sinistre. Bon, c’est du Carné… Read More →

Le panthéon des monstres d’Urmuz

Demetru Demetrescu-Buzau, juge suicidé de son état, souffre d’un étrange trouble de la perception qui efface toute distinction entre sujet et objet… Il décrit alors le monde selon ce prisme nouveau, et le résultat est ce qu’il est : fort drôle.

Bon, Urmuz, ou Demetru Demetrescu-Buzau, ne souffre de rien d’autre sinon d’une intolérance chronique à la stabilité affligeante des chagrines bienséances. Malgré quelques complices, son humour disloquant ne trouble guère longtemps l’ordre public. Il tente bien, en bande, d’organiser des canulars désorganisant, mais l’inertie mènera sa pesanteur propre jusqu’au fossé fangeux ou il débutera tranquille sa putréfaction naturelle. Comme les autres.

Sauf qu’il était un singulier énergumène, performeur et écrivain, incohérent tardif, avant-gardiste précoce, cousin de Roussel et de tous les farceurs invétérés qui le suivront dans le siècle, Urmuz a sa place dans une version révisée de l’Anthologie de l’humour noir.

Oui, mais que faire des singuliers producteurs de singularités ? Les panthéonifier. C’est ce que fait la culture, haute, qui érige post-mortem au pic de ses herses les suicidés d’émotion.

Où les éditer en cahiers, comme l’ont fait mes voisins les éditions Waknine, et les lire, pour les sortir de leur isolement culturel mortifère.

Il n’existait qu’un seul livre en français de ce génie pur dont je ne savais rien encore hier, “Pages bizarres” chez L’Âge d’homme 1993, et maintenant “In abstracto” la version neuve chez Waknine,  pas cher et pourtant bijou rare et indispensable.

(En parfait accord avec l’auteur, je viens de comprendre que j’ai lu un livre qui n’existe pas encore… disponible le 15 avril 2017)

http://margueritewaknine.free.fr

 

Souvent, je travaille tard.

Je travaille tard alors que l’âge m’use. Ce n’est pas une vertu, mais une angoisse, l’angoisse de ne pas avoir épuisé la journée. Comme si je n’avais pas fait quelque chose que j’aurais dû faire. Il semblerait facile de lâcher, de laisser le sommeil venir et de passer de l’autre côté, dans le jour suivant. Mais quelque chose me tient. Quelque chose de maladif, de douloureux, quelque chose qui s’accroche toute griffe dehors à quelque chose d’interne.

Et cette peur de la dernière tristesse, que j’espère noyer dans la dernière fatigue.

Et cette peur d’avoir gaspillé le jour, de ne rien y avoir fait de beau.

Ici

Sédimentation. Sur les réseaux, le flux. Ici s’arrêtent les choses, se déposent les scories d’une vie petite, comme toutes.

Toujours Hugo

“Si par hasard on découvrait un jour cette chose étrange que la vérité n’est pas imbécile, que l’esprit de compassion et de délivrance a du bon, que l’homme fort c’est l’homme droit, et que c’est la raison qui a raison !”

Vous connaissez le programme de Victor Hugo ?

Ma lecture du matin : « Ce que c’est que l’exil » écrit en novembre 1875. Même si je n’y trouve pas ce que j’y cherchais, au milieu d’un incessant vas et vient universel/égotique (voire narcissique) qu’il résume par “Être seul et sentir qu’on est avec tous“, un programme politique que l’Histoire, lui donnant raison contre l’Empire et tous les empires réactionnaires, à partiellement réalisé. Même si beaucoup s’en plaignent sans comprendre d’où viennent les choses, de quels combats, au point qu’aujourd’hui l’empire du pire, de la bêtise et de la violence, renvoie toujours Hugo en exil…

 

“Plus de guerre,

plus d’échafaud,

l’abolition de la peine de mort,

l’enseignement gratuit et obligatoire,

tout le monde sachant lire !

la femme de mineure faite majeure,

cette moitié du genre humain admise au suffrage universel,

le mariage libéré par le divorce ;

l’enfant pauvre instruit comme l’enfant riche,

l’égalité résultant de l’éducation ;

l’impôt diminué d’abord et supprimé enfin par la destruction des parasitismes,

par la mise en location des édifices nationaux,

par l’égout transformé en engrais,

par la répartition des biens communaux,

par le défrichement des jachères,

par l’exploitation de la plus-value sociale ;

la vie à bon marché,

par l’empoissonnement des fleuves ;

plus de classes,

plus de frontières,

plus de ligatures,

la république d’Europe,

l’unité monétaire continentale,

la circulation décuplée décuplant la richesse ;

la paix serait faite parmi les hommes,

il n’y aurait plus d’armée,

il n’y aurait plus de service militaire

la France serait cultivée de façon à pouvoir nourrir deux cent cinquante millions d’hommes ;

il n’y aurait plus d’impôt,

la France vivrait de ses rentes !

la femme voterait,

l’enfant aurait un droit devant le père,

la mère de famille ne serait plus une sujette et une servante,

le mari n’aurait plus le droit de tuer sa femme

le prêtre ne serait plus le maître !

il n’y aurait plus de batailles,

il n’y aurait plus de soldats,

il n’y aurait plus de bourreaux,

il n’y aurait plus de potences et de guillotines !”