Le blog d'Alain François

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Petit moment d’émotion

Reçois ce matin les 100 premiers tirages papier des photographies de romanticiphone, pour la petite exposition de janvier pendant le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. L’idée, c’est de réaliser de petits tirages, 10×10, du plus grand nombre possible de photographies. Pour garder en papier et sur un mur l’esprit de la série : chronique visuelle saisie avec un smartphone. Je ne voulais pas du « tirage d’art », agrandi et encadré, car l’image en soi n’est pas la finalité de l’exercice, mais bien la démarche globale : saisir des moments de ma vie sociale au sein de cette étrange communauté d’auteurs.

Les tirages sont majoritairement bons et donc exposables (dans le cadre d’une présentation massive, justement). Je suis même agréablement surpris par certaines photographies difficiles, comme celle de Virginie Soumagnac tout en nuances de noir, et qui fonctionnent en papier et sortent pas mal du tout !

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Mars in the Well à Singapour

Freddy Nadolny Poustochkine me signale que le beau court métrage « Mars in the Well »  qu’il a co-réalisé avec Truong Minh-Quy est sélectionné en compétition par le Singapore Internationel Film Festival qui a lieu du 4 au 14 décembre 2014… à Singapour donc !

« Mars in the Well »  y sera projeté en « première mondiale ». Que dire ? Cool !

 

http://sgiff.com/films/southeast-asian-short-film-competition-programme-2

Mars in the Well

Le tumblr du film : http://marsinthewell.tumblr.com

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Carré soviétique

IMG_4411Quelques petites heures après leur concert, les petits « savon tranchand » passent me prendre devant chez moi, et on fait quelques kilomètres jusqu’à un mur sombre d’une abbaye en ruine. Ils veulent faire des essais photographiques pour un livre-disque vinyl prochain.

Sophie Azambre Le Roy veut absolument que j’utilise un boitier 6X6… Un Rolleiflex ? Non, un «Kiev», antiquité soviétique aussi massive que rustique ! Je me trouve totalement maladroit avec l’objet, oubliant une fois sur deux l’un des 250 gestes pour réaliser l’un des 12 clichés possibles. Retour d’un temps de disette visuelle qui obligeait à espérer en croisant les doigts que chaque déclenchement soit le bon. Et justement, ironie et épreuve, moi qui disais la veille à Jérémie « ne t’inquiète pas, les pieds photos, c’est standard ! », découvre que non… Et oui, standard, mais soviétique ! Donc, obligé de retenir le gros bloc noir sur le pied avec les deux pouces en tentant de limiter le tremblement de terre du déclenchement (noté dans la fiche wikipédia, pour dire !). Mais que suis-je venu faire dans cette galère ?

Et puis, me pencher sur l’œilleton escamotable du viseur… Et me rendre compte qu’il me faut « en plus » caler ma vision sur les lunettes progressives…  Et que tout ça ralentit les choses, ralentit, ralentit, pour retrouver un temps qui n’existe plus quand je réalise plusieurs photographies en effleurant d’un doigt nerveux l’écran tactile du smartphone… Et brusquement, la madeleine de la mise au point télémétrique, qui me provoque un retour de l’odeur du premier appareil photo que j’ai tenu dans ma vie ! Au bout du compte, je ne sais pas si les photos seront réussies. J’ai au moins ramené celles du smartphone qui illustrent ce billet. Pour les potentiellement «beaux 6×6», un grand doute !

Mais si je reste un fan absolu de la photographie numérique, j’ai pris un vif plaisir à jouer une matinée à raviver mes souvenirs…

(Les masques que portent Benoît Preteseille et Sophie Azambre Le Roy sont de Séverine Gallardo)

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Vu / entendu : Savon Tranchand

Hier soir, la découverte, c’était « Savon Tranchand ». Bon, j’ai pas de goût musical et méconnaissance totale d’à peu près tout, mais oui, des textes pas mal du tout, mais surtout un beau son. J’ai aimé leur son, sec, placé, sans fioriture, avec des originalités. Oui, un son impeccable. Un son qui me va. Donc j’aime les « savon tranchand ».

Voilà, une chose bien entendue

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Éternelle Charlotte ?

Je suis content de ce nouveau thème de blog qui supporte les billets très courts comme très longs sans broncher. C’est parfait et ça permet ça : une petite remarque sur l’éternelle jeunesse de Charlotte Gainsbourg sur l’affiche de SAMBA…
Encore ce scandale du photoshopage qui tourne ici au grand ridicule et détruit tout l’intérêt que j’aurais pu avoir pour le film. Non, je mens, je m’en fous de ce film… Mais ça ajoute une dose de répulsif à mon naturel inintérêt. Donc, sur l’affiche, 4 acteurs et deux filles du même âge… Ha non ! l’une a à peine la vingtaine, et l’autre je l’ai vu grandir et (bien) vieillir toute ma vie ! Mais qu’ont-ils dans le cerveau, les gens qui ont fait ça ?

C’est d’autant plus idiot que Charlotte Gainsbourg est l’une des rares actrices à avoir un rapport suffisamment « qualitativement culturel » à sa propre vie pour accepter et même parfois susciter des images d’elle « sans qualité »… Et qu’elle affichait sans complexe l’âge de son corps dans ses derniers films.

Donc, nous savons que cette bêtise qui s’affiche n’est pas le fait de l’actrice. Alors, qui est responsable de cette chose qui ne trompe personne ? Qui, puisque tout le monde connait l’âge du corps de Charlotte Gainsbourg ? Je me dis parfois, ces gens ne maitrisent pas ce qu’ils émettent, car, qui a envie d’aller voir un film qui dit par son affiche « je te prends pour un con » ?

 

(Pour préciser mon trouble, le problème n’est pas tant le photoshopage, ils sont tous photoshopés, que le trouble des générations qui me semble poser un problème à la fiction même. Et ceci en sachant très bien que c’est une tradition du cinéma, de mentir sur les âges des acteurs. Et même de répartir les rôles générationnels  indépendamment de la véritable génération d’un acteur. Mais parfois, comme ici, la volonté affichée de gommer la différence de génération entre deux personnes qui pourraient être mère et fille est simplement grotesque…)

 

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L’être et sa vérité

Les gens croient qu’il y a une vérité de l’être, mais il n’y a pas de vérité de l’être, juste une énonciation conjoncturelle. Poser une question, c’est provoquer l’invention d’une réponse possible. Cette vérité absolue détruit toute possibilité d’enquête policière, scientifique, sociale ou autre, toute étude marketing basée sur témoignage ou questionnaire, et détruit toute possibilité de récolter des données fiables à partir de la bouche d’un humain. Ne jamais oublier que toute conclusion tirée de ce genre de collecte d’information est intellectuellement irrecevable.

Allez, répétez après moi : « la question fabrique la nécessité même d’une réponse »  (Bien plus, donc, que de l’induire).

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Désamorçage de la fiction

La fiction démonétisée :

Je feuillette négligemment une BD (moche) d’aventure contemporaine… Un vaisseau de métal avec cockpit qui évoque les avions de la 2e guerre mondiale, très vintage donc, s’échoue sur une planète. L’engin tombe à moitié dans l’eau. Impression de déjà vue. Les pilotes s’en extraient. Impression de déjà vue. Et ils sont attaqués par une créature aquatique tenant du dragon, qui en attrape un pendant que l’autre tue la bête d’une balle dans la tête. Impression de déjà vue.
Et la méta-impression, d’avoir déjà vécu mille fois cette impression de déjà vue d’à peu près toutes les scènes d’action, que ce soit au cinéma, en littérature ou en BD…

Je me souviens, comment j’ai lâché avec dégout mon premier polard de Fred Vargas, car je venais de lire sur deux pages la description exacte d’une scène de série TV bas de gamme…

À lire ces choses, l’impression d’aller tous les jours pendant 20 ans dans la même usine en prenant toujours le même chemin…

Alors quoi ? La fiction est codée. Quelle découverte !

En regardant cette scène d’action hyper codé du vaisseau échoué dans une nature vaguement tropicale, ce qui me frappe n’est pas tant le ressassement insoutenable des codes que l’effet anesthésiant de ce ressassement. Car, originellement, l’auteur voulait obtenir un effet. Il voulait au mieux « la peur » et au minimum « le suspens ». Mais en empruntant des chemins si balisés, évidemment, il n’obtient que l’ennui. Pour lui, à faire et refaire ce qui a tant été fait, et pour nous, déçu de ne rien trouver qu’on ne connaisse déjà. Oui, nous savons très bien que les personnages vont tuer cette bête. Alors qu’importe cet épisode ! Et même, nous en connaissons les variantes : celles des auteurs malins qui font mourir l’un ou les deux personnages par exemple, parce que ceux-là avaient déjà conscience de l’usure de l’épisode…

Mais… mais… même cette variante ne provoque plus rien. Et d’ailleurs, le code est si inopérant que nous ne nous attachons même plus aux personnages, qui peuvent bien mourir si ça leur prend sans qu’on bronche, car la fiction est usée jusqu’à sa trame la plus intime au point que toutes les tentatives de reprise ne tiennent plus.

Vous croyez ? Oui :

Dans le dernier épisode hollywoodien des X-Mens, le scénario tordu envoie Wolverine au fond d’un fleuve dans une époque qui n’est pas la sienne, le corps criblé de fer à béton. Une forme de crucifixion clandestine qui voue n’importe quel personnage à une mort atroce et solitaire… Sauf que nous savons, nous SUR-savons que le pouvoir de Wolverine est l’autoguérison… Et donc que le traitement christique du héros ne pourra que le faire souffrir longtemps, mais sans le tuer. Et c’est ce qui se produit.

Cette scène devrait être un point d’orgue dramatique, et elle ne provoque que l’ennui, à cause de l’arrêt momentané des aventures du héros. Donc, dès qu’il est cloué au fond du fleuve, nous nous mettons en attente, comme chez le dentiste, pressés que le scénario ne lui permette de ressortir de là fringuant !

Usure…

C’est triste, mais la fiction est usée, bien usée. Et voilà pourquoi Hollywood concentre ses efforts sur les adolescents chaque cinq ans renouvelé. Voilà pourquoi le monde de la fiction ne produit que pour deux clientèles : les lecteurs neufs et les lecteurs nostalgiques (et compulsif). Et plus jamais pour les autres. Et pourtant, vous savez, j’aimerais bien qu’on me raconte des histoires !

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Des mots pour les images de Romantic Iphone

David Duquerroigt (son blog : 1, place Salvador Dali) m’a fait un incroyable cadeau aujourd’hui : écrire sur Romantic Iphone, mon autofiction photographique. Et il m’a envoyé son texte pour diffusion. Alors comme je suis hyper fier d’avoir bien involontairement provoqué de belles phrases, je les publie immodestement  ici  :

 

Rien ne vaudrait le plaisir d’y être ou d’y avoir été parmi les auteurs de BD, en vie vraie, mais voilà, je n’y étais pas. Qu’à cela ne tienne, même une fois ces instants passés, moi qui n’y étais pas, je les vois, peut-être encore mieux. Première entrée, naïvement : par effraction en quelque sorte. Maintenant, quand je regarde, j’y suis. Je suis même dans l’intime de ces rencontres, conversations, regards, connivences, réflexions, rires. J’y suis caméra à l’épaule comme si je filmais, dans ces images fixes qui bougent par la profondeur des contrastes ludiques, des plans qui multiplient les scènes successives ou juxtaposées.

Parfois le smartphone m’envoie aussi des environnements de cette vie qui n’est pas circonscrite aux seul cercle des auteurs de BD. Des rues, des ciels, des bouts de paysages, des reflets dans la vitre, des piques-niques dans l’herbe, bref toute une panoplie du photographe, parcourue ironiquement, poétiquement, et oui car j’étais là aussi, mon œil ancré dans ce réel qui remonte à mon enfance et constitue ma vie de tous les jours, mon cadre, ma ville, mes entours de gentils ou inquiétants urbanistes. Tout cela au travers de ces images qui ne sont pas miennes, je peux me l’approprier.

Alors apparaît par la grâce du téléphone intelligent – mais où est-elle en fait cette intelligence si manifeste  ici ? devant, derrière, dedans ? hors de la boîte, dans l’œil, dans la main ? – un monde rêvé, un monde idéal, un monde vécu pourtant, bien réel. Festif et réflexif. Ce qui me frappe, moi qui ne connais pas ces gens, ces dessinateurs, ces auteurs, ni . . .  ou si peu, le photographe, l’auteur des photographies, Alain François, c’est qu ‘au travers de ce jeu en miroir et en abyme, quelquefois apparaissent et même en grand, par surprise, au détour des pages, des planches qu’ils peaufinent, signent, dédicacent, accrochent, leur air si naturel, si peu figé, si peu « attention faiseurs d’images, clic clac vous êtes fixés sur l’image à jamais », leur air de ne pas prendre au sérieux cette volonté qu’ils ont, c’est manifeste, pourtant, d’essayer de comprendre tout cela sans être dupes et de l’imaginer, préventivement, de le fixer en images dans leur tête, avant même de le dessiner, déjà, sans parler de la vie future qui nous attend peut-être et en tout cas de ces photos qu’on fait d’eux et qui auront elles aussi une autre vie.

hobleinDeuxième entrée archéologico-télescopique : par ce tableau carré, « Les Ambassadeurs » un des premiers (1533) presque carré, 2 mètres sur 2, peint par Holbein inventeur d’un espace inquiétant. Retour très en arrière apparemment incongru. Tous les pouvoirs et savoirs y sont incarnés et symbolisés par deux hauts personnages représentés glorieux, raides et figés devant instruments, globes et livres. Tout a été dit du crâne en anamorphose qui troue le sol à leurs pieds et précipite au néant ces ambassadeurs d’apparat. Pourquoi parler de ça ici ? Je me moque ? Non ! Point du tout, cela me touche me renverse et me bouscule en évidence.

Car, précisément, le travail d’Alain François c’est exactement le contraire. Un renversement interne de l’image archaïque. Non seulement dans l’être apparent de ses protagonistes, mais dans ce qu’Alain François nous en révèle par son regard. Ce qui s’avance vers moi quand je fais défiler cette post-modernité à peine déchiffrée, ces photos prises au bout des doigts et balancées sur Tumblr, ce n’est pas le contraste de deux plans irréconciliables dont l’un, tragique, serait visible seulement de biais (l’anamorphose du crâne fameux) c’est leur jonction, leur danse de vie. La galerie d’images numériques pourrait très bien décliner encore, même en iPhone, en noir et blanc, en petit format carré, un discours métaphysique terrifiant cédant aux angoisses et au baroque lugubre de notre temps. Tout au contraire, ce qui se montre à moi dans l’harmonie de la belle lumière, est à la fois d’un seul tenant, légèreté et intranquillité. Subtile et mobile élégance portée par ces auteurs eux-mêmes porteurs d’un monde inimaginable aux harmonies fulgurantes ou dissonantes qu’ils sont seuls à entrevoir et qu’ils nous donneront, qu’ils nous donnent déjà à voir.

balthus6-3-d5864Troisième entrée  par Balthus : « La Rue » (1933) et « Le passage du Commerce Saint André » (1954). L’ « inquiétante étrangeté » ou le chaos qu’on a pu déceler dans ces deux tableaux, surtout le premier. Quelle incompréhension ! Oui, les personnages semblent se croiser sans se voir parfois dans des univers qui leurs sont propres. Et Balthus là où certains ne voient qu’un tableau raté a su manifester l’attrait caché du réel entrecroisé de ces vecteurs multiples. Comme ici dans ce monde enchanté des auteurs de BD.

David Duquerroigt.

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Dialogue (2)

- « S’il te plait, tu te dérides un peu ? »

– «Lâche-moi, tu m’déconstruis ! »

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Un simple story-board

Aujourd’hui, en tout début d’après-midi, j’ai eu le privilège de feuilleter le story-board de l’adaptation BD de « Balzac et la petite tailleuse chinoise », par Freddy Nadolny Poustochkine. Je n’ai pas lu le roman de Dai Sijie qu’il avait écrit en français, et j’avais un souvenir très mitigé du film qu’il avait lui-même réalisé. Mais toute œuvre peut devenir matière à réinterprétation. Et ce qui peut alors en sortir n’est pas écrit. Après le roman et le film, Freddy Nadolny Poustochkine, répondant à une commande de Futuropolis, travaille actuellement à l’adaptation en bande dessinée de cette histoire d’amour et d’émancipation par la culture. De passage par chez moi, il m’a fait l’amitié de me montrer le story-board d’une bonne moitié de l’histoire.

IMG_28012Transcendant cette matière fictionnelle, Freddy a déjà dépassé l’état du story-board pour en faire un crayonné puissant. Mais, et je sais bien que c’est la cruauté de la bande dessinée, son « story-board » est bien au-delà d’une simple étape utilitaire de fabrication d’un récit graphique imprimé. Même si je savais déjà quoi penser de Freddy en tant qu’artiste, j’ai été très surpris par le niveau de son investissement esthétique pour ce qui devrait être une étape de travail destinée à disparaitre. De doubles pages en doubles pages, je passais de surprises en surprise et d’évocation en évocation.

Dans un autre contexte, celui d’un art non narratif, ce qu’a fait Freddy serait final et superbement final. je retrouvais d’honorables évocations des dessins de Gauguin, de Rodin, des bois expressionnistes de… (mince, déjà cité il y  a 2 billets), des corps de Camille Claudel, et des fauves. Moi qui goute peu le style qu’on nomme « Arty », j’étais enfin devant un objet hybride qui avait la rudesse et l’énergie que j’aime dans le dessin.

Oui, privilège, j’ai feuilleté tout à l’heure, sur mon canapé, une très belle chose, qui en soit, est déjà un objet d’art. Je sais bien que l’exécution, mot terrible,  va faire gagner des choses — lisibilité — et en perdre beaucoup  — spontanéité et force graphique — mais ne pouvant juger de la qualité littéraire de l’œuvre originelle, je ne pouvais que m’inquiéter ironiquement de la potentielle supériorité de l’adaptation BD sur la version cinématographique…