Brèves de Dunsany

François Bon a décidé de traduire et publier sur son site les fictions très courtes, étranges, absurdes et malicieuses de Lord Dunsany (1878-1957), auteur irlandais précurseur de la fantasy moderne et méconnu en France : « 51 Tales paraît en 1915, et c’est la Mort qui y joue, et des idées de fin de civilisation qui nous touchent directement… » Et en effet, ces petits bijoux textuels sont parfois prophétiquement vertigineux !

François Bon annonce qu’il mettra la page à jour au fur et à mesure de ses traductions. Voilà ce qu’il faut suivre ! Voilà ce qui mérite un peu de votre attention, plutôt que plonger avec la foule dans ces grands fleuves qui se jettent si vite dans la mer indistincte de la consommation culturelle !

À suivre, donc, ici :

http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3980

Pays perdu, Jourde, etc.

Ma lecture de Pierre Jourde commence comme ça : je connaissais l’existence de « la littérature sans estomac » depuis sa parution grâce au jeu mnémotechnique avec Gracq. Mais je ne l’avais alors pas lu, me méfiant généralement des pamphlets. Et cet été, enfin, me passe entre les mains « la première pierre » (2013). Je l’ouvre et dès les premières phrases, comprends que le livre parle d’un autre livre, antérieur de dix ans… Intrigué, car j’aime les livres qui se répondent, j’abandonne cette lecture seconde pour remonter à la lecture première : « Pays perdu ».

Voilà comment j’ai lu Pierre Jourde. Et comme celui-là est plutôt du genre dent dure avec ses collègues, on devrait pouvoir l’être avec lui. Mais non. Non. Non vraiment, sans façon !

Peut-être que, rapidement… oui, mais voilà, je venais de Claude Simon, juste avant, et ma première lecture en fût faussée, parce que Jourde est plus rêche. Mais c’était un biais de perception, par contraste, et cette première sensation estompée, après l’évanouissement des immenses phrases chantantes de Claude Simon, j’ai vu plus précisément la dose de manières de l’écriture de Jourde, une dose qui peut agacer, mais qui fait de ce livre, Pays perdu, un long poème en prose. 

Mais pas que ça.

« Pays perdu » est le genre de livre qui vous fait rappeler que la bibliothèque (et la vidéothèque) du monde grouille de bourgeois bien habillés, des bourgeois bien propres, sans peau et sans les maladies et accidents qui vont avec, sans main et sans pied non plus… sans organes, tout en échanges verbaux compassés, codés, et pourtant ayant la prétention de faire rentrer l’universel par là, ce chas trop étriqué d’une aiguille trop polie. Ce n’est pas général, mais c’est massif.

Ha ! Cette vieille histoire sociale ! Alors, de temps en temps, par le hasard biographique, un écrivain arrive d’où on ne l’attendait pas, hors le cycle parfait de la reproduction familiale ou de l’un de ces destins de « raté de la famille » qu’on réserve à celui incapable de gagner de l’argent à l’international…

C’est ainsi, parfois, que le monde entre en littérature. Mon monde. Ce monde qui, pour moi, est le réel. Ici, plus précisément, celui de mes souvenirs.

Alors oui, chez Pierre Jourde il semble y avoir une tension irréconciliable entre la forme d’une écriture qui lorgne vers celles des grands bourgeois désargentés qui nous racontent si joliment leurs si nombreux non-problèmes, et le monde qui entre ici, ce pays perdu à triple compte, puisque pas seulement géographiquement et temporellement perdu, il l’était aussi pour la littérature, hors la littérature, et qu’il faut un hurluberlu pour l’y faire entrer.

Et qu’il devra le payer, semble-t-il. Mais ça, c’est l’histoire de l’autre livre

Alors, comment vous dire ? Le pays de Jourde perché dans sa montagne est bien plus perdu que les miens, de pays perdus. Pourtant, là-dedans, aucun exotisme pour moi, comme si chaque détail décrit trouvait un ancrage profond et précis, un ancrage longtemps abandonné, brusquement dépoussiéré par ma lecture tardive.

Comme si le pays de Jourde était une forme d’essence du pays perdu, si essentiel que j’ai cette impression vive d’avoir connu ces gens-là, ceux décrits, peut-être un peu moins rustique, à peine, d’avoir connu ces verres croûtés, peut-être un peu moins sale, à peine, ces piquettes, peut-être un peu moins piquantes… Non, ça non, les piquettes, je les ai connus telles que décrit, et elles étaient bien imbuvables ! Ils me sont encore en travers des papilles, de ces verres sales qu’on vous tend d’autorité et qu’il faut boire en tentant de cacher le retroussement instinctif des babines tout en répondant synchro « oui » de la tête à l’impérative question « il est bon, hein ? Mon vin… ».

Oui, ce pays perdu de Jourde est le mien, ou plutôt les miens, territoires, humains, animaux, ingrédients éclatés dans le temps et l’espace de mon enfance.

Alors ? Alors c’est étrange, je suis resté surpris de me retrouver, sans enthousiasme, juste comme une réminiscence neutre, dans un chez moi disparut, effacé, mais qui existe sûrement encore pour d’autres. J’ai approuvé et compris pourquoi et comme Pierre Jourde peuple son pays perdu de grandes figures mythologiques, comment il rend justice à une noblesse des êtres loin des salons, des titres et des médailles. 

J’ai compris la colère à venir et l’ampleur du malentendu. Et l’injustice croisée, de Jourde qui ose fabriquer des figures à partir des êtres, figures sûrement trop grandes pour les modèles, et des modèles qui ne comprendront jamais cet incroyable acte d’amour. Ce malentendu, vu et vécu ailleurs, est une plaie éternelle et irréductible, c’est le malentendu de la littérature.   

J’ai accepté les défauts du livre, un ressassement vers la fin, lu comme une manière de rester encore dans le pays, de s’y accrocher, comme une prescience des conséquences à venir, de sa plus grande perte encore…

Et enfin, j’ai rangé le livre dans le rayon de ceux qui comptent pour moi. Juste.

 

Le blog de Pierre Jourde : http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com 

 

Portait : Sole Otero

In extremis, je suis passé voir Sole Otero, jeune designeuse et dessinatrice argentine qui termine sa résidence, et scannérise les planches de son histoire d’amour entre un[e] extraterrestre et un humain… (Quelque chose comme ça, je crois… J’espère lire quand elle sera terminée !)

 

Istrati ! genèse d’un livre

Le nouveau livre de Golo, « Istrati ! » (Actes Sud BD), est en librairie. C’est un gros pavé bleu gitane, roman picaresque comme on en fait plus, gorgé de péripéties, grouillant de vie et d’esprit, qui renoue avec une longue tradition du récit de voyage et revivifie le souvenir de Panaït Istrati, éternel vagabond comme les aime tant Golo. Et ces 276 pages d’aventures ne sont que le premier tome de cet immense roman des romans d’Istrati sur lequel Golo travaille depuis 2014. j’ai assisté à la gestation de la chose, à la masse difficile à saisir de labeurs, composés de lectures intégrales, de recherches historiques, iconographiques (et un livre comme ça est bien l’équivalent d’une thèse), d’écritures et de dessins en quantité qui dépasse de beaucoup le résultat final.  Tout ça pour le plaisir du lecteur. Et le plaisir est là, j’ai déjà goûté ! 

Pour avoir assisté à cet immense voyage immobile, je ne peux qu’en témoigner à l’aide de quelques photographies : Read More →

Se contredire

Ceux qui écrivent en secret ne connaîtront jamais les voluptés du blog, de cette manière d’inscrire son temps mental sur une timeline numérique, d’en assumer l’indécence, oui, mais aussi les incohérences, les répétitions cycliques (on découvre ses mécanismes de répétions et d’oublie, ses cycles dépressifs saisonniers par exemple), et on doit y assumer sa capacité à se contredire. 

Cet exercice est salutaire, sans compter qu’il oblige à se confronter en temps réel avec son écriture. Et en général, une écriture, on en a qu’une, et on ne l’a pas choisi. 

 

Visite de La Maison Russie

Me suis laissé prendre, hier soir, doucement, par le visionnage de « La Maison Russie » (1990), adaptation d’un roman de John Le Carré par Fred Schepisi. Je n’ai jamais lu de livre de John Le Carré, n’ai aucun goût pour les histoires d’espionnage, et n’identifie pas du tout Fred Schepisi… Et ce n’est pas la liste de ses films qui m’aide à comprendre qui est ce gars ? Mais voilà… Je me laisse glisser, malgré le scénar romantique attendu et un encéphalogramme plat, dans de superbes plans touristiques à la limite du reportage. C’est beau, c’est visuellement inattendu, c’est loin des clichés, et c’est assez agréable. On aimerait presque s’éterniser dans ces très beaux portraits de villes. Dans sa fantaisie romantique, le scénario est bien plus crédible que les ramassis de clichés violents qu’on nous sert habituellement sur l’espionnage. C’est sans violence physique, sans violence autre que la pression psychologique sur les personnages, et à ce propos, le réalisateur se serait efforcé de rendre tangible cette oppression et de faire monter un peu la sauce, et le film aurait été remarquable. Il était déjà relativement beau, il aurait suffi de peu, peut-être juste de supprimer la moitié de l’insupportable musique…

Ha si, quand même : Sean Connery y joue comme un pied.

Ha oui, aussi, à peine, derrière, un sujet très très sérieux : comment une bonne part de la haute bourgeoisie américaine qui tirait directement profit de la course aux armements a eu du mal à faire le deuil de la guerre froide…

Blade Runner 40′

Revu Blade Runner, l’original, dans la version… heu… je sais pas trop. Wikipédia dit qu’il en  existe 8 versions ! 8 ? Pourquoi ? Haaaaaa ! c’était donc l’un des premiers films « produits marketing », dont les versions ont été testées sur un public choisi avant diffusion !

Avec ensuite, pour vendre, revendre, rerevendre, la pseudo polémique sur la version du réalisateur ! Ha !

Alors, j’étais dans la salle à l’époque, et j’en ai un bon souvenir, fun, romantique, mais il me semblait qu’il y avait une insupportable voix off ?

J’étais, bien avant sa sortie, un gros lecteur de Dick. Je n’ai aucun souvenir d’avoir fait un quelconque lien. C’était autre chose. Mais j’étais ado et c’était de la SF, et ça me suffisait.

Aujourd’hui, je regarde ça d’un oeil distrait, l’histoire étant lessivée depuis longtemps, et je suis frappé par une chose, LA chose la plus GROSSE du film : C’est juste un pastiche 80 d’un polar 40 ! Juste ça, rien de plus, sans une once d’invention, et la SF y est dérisoire : des voitures de flics volantes, mais juste décoratives, sans rôle, et des androïdes si parfaits qu’on ne les distingue en rien des humains. Sont juste un poil plus forts… La belle affaire ! Et ma cervelle tordue s’est mis à jouer, tout le long du film, calquant sur l’image 80 l’image 40 fantômes, retrouvant les traces du polar classique, remplaçant la SF par des bouts de fictions réalistes équivalentes. Et ça marchait mieux. Et ça rendait le film inutile. Et ça dévoilait sa vérité. Et je suis incapable de le classer au rayon SF, maintenant. 

Une petite voix me dit, « tu le savais. C’était dit, c’était le projet esthétique, avec les contre-jours, les fumées, les ventilos, le look du blade runner… » Oui, OK, mais à ce point ? À ce point qu’il ne reste rien d’autre ? 45 ans plus tard, avec l’éloignement, ce film se rapproche de ses modèles, et vient s’y fondre, tranquille, en « polar tardif » sans originalité. 

(Mais j’aurais dû m’en douter. Je sais maintenant qu’on plongeait en postmodernité, et les autres films qu’Hollywood nous envoyait, à l’époque, étaient tous des pastiches du cinéma 50′)

Noter au passage le changement de sensibilité sociétale : la scène la plus romantique tombe aujourd’hui « sous le coup de la loi » dans pas mal de pays.

Le point éclairant

Un dimanche, partir du Point aveugle de Javier Cercas, chercher le cadre de la citation de Gorgias dans Plutarque (et j’aime Plutarque. Toujours agréable d’y revenir), s’intéresser au premier roman picaresque (dit « premier roman » chez Cercas, mais laissons-lui), découvrir La Vie de Lazarillo de Tormes, le télécharger en diverses versions et se promettre de s’y perdre un peu, zapper le Quichotte pour le jour pour explorer d’autres archéo-romans espagnols, avec Mateo Alemán et Quevedo, baroque concentré…

Et je me demandais… Alors que le roman commence si bien, en opposition quasi marxiste avec la littérature précédente, comment avait-il pu se laisser subtiliser et transformer en roman bourgeois ?

Et ce n’est pas un problème formel, mais de qui porte le récit : qui est le héros.

Quelques années avant « la vie de Lazarillo de Tormes », en Italie L’Arioste écrit un roman, lui aussi, une parodie des genres antérieurs, lui aussi, et lui aussi ose une transgression sociale passée relativement inaperçue. Mais il n’est pire aveugle…

Et donc, personne ne raconte « vraiment » Roland furieux (j’en parle ici) : l’histoire d’une jeune princesse de Chine, séduisante, de meurs légère, très courtisée par tous les princes de son époque, qui passe son temps à les fuir et à s’en moquer et qui, à la fin, choisira un simple soldat blessé forcé à la retraite… Un simple soldat ! Un pauvre ! Sans nom, sans titre !

(Il faut ajouter à ça le fait que le personnage principal est une femme, comme un peu plus tard dans Moll Flanders…)

Oui, au tout début du XVIIe siècle, en littérature (comme en peinture avec les Frères Le Nain, tiens !), le héros n’est plus prince ou roi, ou chef de guerre, mais pauvre !

Et ceci, en Italie, en Espagne, en France, en Angleterre, en Allemagne et même au Mexique… 

 

L’avenir, c’est le passé

Fausse manœuvre, vidéo qui démarre, facebook bloqué, bug, figé, agacement et donc se déroule cette vidéo sur mon « mur ». Résigné, je mate la publicité de ce constructeur de voiture local, qui semble encore croire à un futur énergétique dispendieux. Pourquoi pas ? Mais alors, c’est pas franchement le concept de « car » qui va manquer, mais la source d’énergie (on l’a clairement pas encore). Enfin, contre la démographie et devant la vacuité de l’ensemble, qui ne fait plus rêver que quelques… (ne qualifions pas), je pense à autre chose, comme tout humain devant une publicité (pauvres annonceurs !), quand mon attention est attirée par quelque chose ! Cette chose :

Une architecture, évocation (incrustation dans prise de vue ou 3D intégrale ?) de la Villa Savoye de Le Corbusier ! Quoi ? Ha oui, c’est évident, le concept de « car », déjà vu dans la science-fiction de mon enfance (et je ne suis pas né hier), glisse sous les colonnes d’une architecture « du futur » construite entre 1928 et 1931 ! 

Que j’ai visité avec mes professeurs d’Art plastique quand j’avais 18 ans, alors que le bâtiment et le terrain était à l’abandon, et que cette impression de modernité, donc, appartenait déjà à un passé archéologique.

Voilà qui vient confirmer une impression plus générale, de vivre dans une société mondiale « rayée » (comme cette métaphore aussi poussiéreuse que la mode actuelle des vinyles), qui radote son imaginaire, ne pouvant plus projeter devant elle que des cauchemars probables, mais hasardeux, ou une utopie gâteuse dont on a raté l’accomplissement il y a déjà longtemps.

Tout ça n’est ni frais, ni rassurant. Mais bon, « ça » peut tourner dans toutes les directions !

 

 

 

Artification

Jeudi matin, j’ai entendu une communication courte mais limpide de Nathalie Heinich sur les mécanismes sociaux de l’artification, (néologisme bien pratique).

Je ne sais à peu près rien des polémiques autour de la sociologue, me méfie de la manière aujourd’hui dont les gens confondent fiction et réel, discours scientifique et opinion. Je ne peux juste que rendre compte de la clarté de l’exposé rapide de ce jeudi.

Note une conséquence de son histoire de l’artification de la peinture et de la sculpture. Ces disciplines presque honteuses au moyen-age devenues prestigieuse au XIXe siècle, le nombre d’aspirant explosa. Les métiers de création n’ayant besoin que de peu d’élu, la poussée démographique provoqua la paupérisation des aspirants. Mécanique.

Et, donc, implicitement puisque ce n’était pas le propos de Nathalie Heinich, l’artification de la peinture a fabriqué les « maudits » et « la bohème ». Mécanique.

Il faudra un jour faire le compte de l’influence des émissions de TV littéraire, rendant un métier de l’ombre brillant, sur la paupérisation des écrivains. 

Et des écoles d’Art sur la paupérisation des artistes…

Et de tous les encouragements sociaux, structurels, à entreprendre des métiers normalement « à vocation », complexes, dangereux et hasardeux, avec pour conséquence en contradiction avec l’aura sociale, la transformation des auteurs et des artistes en prolétariat corvéable à merci. 

 

une Histoire engloutie par François Henninger

Je ne sais pas pourquoi (un truc enfantin), mais j’aime particulièrement les macro-micropublications. Encore une, d’un dessinateur que j’aime beaucoup : François Henninger. J’avais aimé ses dessins, comme j’avais aimé son livre avec Thomas Gosselin. Je le retrouve là avec un cahier sérigraphié par T.Toth en grand : 35X50. ça se glisse pas n’importe où.

Sur les traces d’Henri Michaux fasciné par la graphie pure, François Henninger propose un geste gratuit, une bande dessinée factice, au dessin factice, au texte factice, pure apparence jusqu’au paratexte, un objet livre entièrement voué à l’esthétique de l’illisible, du presque-signe, pseudo-manuscrit apocryphe d’une histoire engloutie.  

Jano

Ha Jano, Jano, Jano ! Toi qui ne vivais « que » sur le demi-million d’euros que ta belle mère te donnait chaque mois, comme on compatit, comme on comprend qu’à ce train minable, misérable, rampant, honteux, on puisse lorgner sur l’héritage entier !

Ce matin, la brume

Rideau, longue bande ouateuse qui souligne l’horizon. 

Me vient, en premier, un discutable « le monde réel est entier lové hors les médias ». Noter quand même. 

En deuxième, je suis effaré que l’humanité soit encore désemparée devant elle-même. 

Je suis même surpris qu’elle soit si paisible, si servile plutôt, ne serait pas surpris si embrasement réel et contagieux.

En trois, me souvient qu’un pour cent des victimes du « terrorisme » est occidental, mais ce un pour cent représente cent pour cent de la matière des médias occidentaux, donc de la perception du monde de ces mêmes occidentaux

Tous, regarde-les, s’affoler de « 1984 », « big brother », et autre fadaise quand un algorithme idiot tente de leur vendre un tapis qu’ils n’achèteront pas, sans comprendre qu’ils vivent dedans, leur épouvantail, sans espoir de toucher le monde réel, jamais, juste parce qu’ils rongent tous le même os en même temps. Cet os du jour qu’on leur a jeté.

La matrice, ils s’y complaisent, et à chaque fois que tu tentes de leur dire, ils s’énervent contre toi. 

Faudrait

Faudrait peut-être expliquer à certain qu’au-delà des mots, en deçà, au-dessus, en dessous et sur les côtés, c’est le monde.

Que les œuvres participent du monde.

Bonjour monsieur Caldeira

Il existe aujourd’hui une belle scène mondiale de la peinture néo-réaliste. Presque envie de dire « comme il existe une scène mondiale d’à peu près tout ». Mais oui, il y a une scène vivante, vivace et passionnante, même si à leur propos j’aime rarement tout, quel que soit le peintre, et que l’exercice flirte souvent avec le kitch.

Mais quand on aime la peinture, il n’y a aucune raison de s’en priver, et c’est souvent réjouissant, puisque ces néo-là jouent avec toutes les modalités de l’image, récupérant toutes les sources et tous les codes des productions visuelles actuelles pour réinvestir ce bric-à-brac de notre environnement sursaturé dans le geste simplifiant, classique et relativement primitif de la peinture.

Dans le lot, Juliano Caldeira s’en sort presque toujours (du kitch) par la violence et l’ironie (comme Katharina Ziemke s’en sort aussi, mais pas toujours, par l’outrance chromatique).

Alors, « la rencontre », un diptyque amusant de Juliano Caldeira, qui d’un geste parfaitement classique, vient jouer frontal avec « la rencontre » de Courbet.

Passé l’ironie, on pourra penser à un discours simpliste et réactionnaire, mais le surjeu des personnages et l’agressivité de celui qui, dans la peinture de Courbet, représentait le peintre lui-même permet de se méfier d’une interprétation trop rapide. 

Et depuis ce tableau de 2009, entre réalisme et onirisme, référence classique et emprunt aux distorsions vidéo et numériques, le travail de Juliano Caldeira s’est fortement déplié et ses dessins, en particulier, sont très beaux.

 

Invisible Alice Martin de Voos

Ce matin, il me vient l’idée saugrenue de trouver des traces visuelles d’Alice Martin de Voos (née Marie Françoise Genet), cette dessinatrice de la fin du XIXe siècle qui a la particularité d’être la tante de Jean Genet. Outre la confusion possible avec Martin de Voos (ou Maarten de Vos), peintre flamand de la fin du XVIe qui lui apparaît facilement, pour cette artiste qui a participé au salon de 1888, les moteurs de recherche ne donnent rien. La fiche Wikipédia existe, maigre et non illustrée.

Il est parfaitement possible que la carrière artistique d’Alice Martin de Voos soit dérisoire et que ses images ne soient pas particulièrement remarquables, mais il y a tant de médiocres répertoriés sur le web que c’est toujours étrange de « ne rien voir »…

Mais je suis têtu, et donc, je la trouve page 18 du N° 1879 d’avril 1893 du Monde Illustré. La version gravée d’un de ses dessins d’illustration de presse, conforme à ce qui se faisait à l’époque.

Et toujours sur Gallica, une gravure encore, avec le dessin atribué » à « De Voos » sans certitude…

C’est bien maigre, et pas facile d’en penser quoi que ce soit, mais pour un début, c’est déjà mieux que le vide premier des résultats des moteurs de recherche…

Et ça ne pèse rien face à la déferlante réjouissante des images de son pornocrate de mari, Martin Van Maele !

 

Sarah Merhej & Lisa Frühbeis - Photo Alain François

Sur mon pictorialisme

J’ai pris en photo Sarah Merhej & Lisa Frühbeis dans leur atelier commun. Le dernier jour d’atelier pour Lisa, qui commence à décrocher ses planches en chantier de la table à dessin et du mur métallique.

Et je poste cette photo sur facebook le 21 septembre 2017…

Mes photographies fantômes, de ces images mentales mouvantes, incertaines, qui viennent jouer avec mon regard présent, sont de sources diverses. Il y a, bien sûr, des références à des esthétiques convenues de l’Histoire de la photo. Mais je lorgne souvent vers le photogramme et donc le cinéma, et sur ma culture majeure d’origine : la peinture. Et il faudrait ajouter des sources secondaires d’imageries, mineures, et souvent considérées comme vulgaires.

Mais oui, je crois que je suis souvent pictorialiste. Dans le sens où j’aime parsemer les images de clin d’œil à la « grande peinture » qui a ses tics et ses codes comme toutes les imageries. C’est peu relevé, mais de temps en temps, comme là, par l’œil affûté de Fabrice Neaud…

 

Évidement

L’erreur est toujours de confondre son déclin physique avec le potentiel déclin collectif… Ou ses névroses avec…, comme dit Olivier à propos de nos idiots d’écrivains.

Et je garde vissé, grâce à mes anciennes lectures anciennes, ce sentiment de la permanence de notre connerie. 

Mais il serait bien narcissique de croire que rien ne se passe juste parce que l’humanité ne sort jamais de sa barbarie et que je ne devrais confondre mes douleurs articulaires avec la dislocation générale. 

Il se passe des choses, et des choses meurent. 

Il faut juste se garder d’imaginer pouvoir correctement les raconter tant qu’on a les pieds dedans. 

Golo en photo pour Cairo Comix

Bon, ce n’est pas tout à fait le premier événement facebook qu’une de mes photos illustre, mais ça fait plaisir de voir celle-ci servir pour annoncer la signature en avant-première du nouveau livre de Golo pendant le Festival de BD du Caire. Même si je trouvais cette photo de Golo pas très réussi… La voilà entière :

Golo chez lui - Photo Alain François

Je pense que pour la com dans sa période « barbe », j’aurais préféré celle-ci :

Golo devant le Musée de la bande dessinée

En attendant, c’est maintenant https://www.cairocomix.com

Et la photo se retrouve aussi là :

Lili morte,

Vivante, était la preuve qu’on peut être la plus riche du monde et la dernière des pauvres femmes qui ne se désennuie qu’à la vue de la micro-nouille flasque et malodorante d’un abruti pissant dans sa théière de porcelaine fine.

Xavier Bouyssou - Photo Alain François

Portrait : Xavier Bouyssou

Hier soir, pour le pot de départ de Lisa Frühbeis, Seul Xavier Bouyssou était dans une lumière amusante. Un peu l’impression qu’il a joué dans un Beineix, mais je ne résiste pas à la capacité d’évocation de certaines atmosphères.

Xavier Bouyssou - Photo Alain François