Vous connaissez le programme de Victor Hugo ?

Ma lecture du matin : « Ce que c’est que l’exil » écrit en novembre 1875. Même si je n’y trouve pas ce que j’y cherchais, au milieu d’un incessant vas et vient universel/égotique (voire narcissique) qu’il résume par “Être seul et sentir qu’on est avec tous“, un programme politique que l’Histoire, lui donnant raison contre l’Empire et tous les empires réactionnaires, à partiellement réalisé. Même si beaucoup s’en plaignent sans comprendre d’où viennent les choses, de quels combats, au point qu’aujourd’hui l’empire du pire, de la bêtise et de la violence, renvoie toujours Hugo en exil…

 

“Plus de guerre,

plus d’échafaud,

l’abolition de la peine de mort,

l’enseignement gratuit et obligatoire,

tout le monde sachant lire !

la femme de mineure faite majeure,

cette moitié du genre humain admise au suffrage universel,

le mariage libéré par le divorce ;

l’enfant pauvre instruit comme l’enfant riche,

l’égalité résultant de l’éducation ;

l’impôt diminué d’abord et supprimé enfin par la destruction des parasitismes,

par la mise en location des édifices nationaux,

par l’égout transformé en engrais,

par la répartition des biens communaux,

par le défrichement des jachères,

par l’exploitation de la plus-value sociale ;

la vie à bon marché,

par l’empoissonnement des fleuves ;

plus de classes,

plus de frontières,

plus de ligatures,

la république d’Europe,

l’unité monétaire continentale,

la circulation décuplée décuplant la richesse ;

la paix serait faite parmi les hommes,

il n’y aurait plus d’armée,

il n’y aurait plus de service militaire

la France serait cultivée de façon à pouvoir nourrir deux cent cinquante millions d’hommes ;

il n’y aurait plus d’impôt,

la France vivrait de ses rentes !

la femme voterait,

l’enfant aurait un droit devant le père,

la mère de famille ne serait plus une sujette et une servante,

le mari n’aurait plus le droit de tuer sa femme

le prêtre ne serait plus le maître !

il n’y aurait plus de batailles,

il n’y aurait plus de soldats,

il n’y aurait plus de bourreaux,

il n’y aurait plus de potences et de guillotines !”

Ce matin, il pleut

Et ce matin, je lis “Poème de l’amour“, de la Comtesse Anna de Noailles. Celle qui, paraît-il, a provoqué le suicide d’un poète.

Pourquoi la lire ? Je ne sais pas. Sérendipité. Poésie descriptive, précise et souvent inspirée, mais déjà plus dupe d’elle-même, une lettre d’un amour désenchanté. Oui, mais pourquoi, en vrai ? En vrai, je suis tombé au hasard du feuilletage d’un de ses livres sur une citation amusante. Je la perds. Pense à autre chose. Y repense et la recherche. Elle démontrait toute la lucidité d’Anna de Noailles (cynisme parfois) qui par contraste, accusait d’autant la naïveté de l’écrivain NRF cité quelques billets avant.

ne la retrouvant pas, je lis le livre et note ce qui passe :

“J’observe aux confins du vertige
La stupeur de ne pas mourir”

Et

“Et si ton hésitant, faible et modique orgueil
Ne peut s’accommoder de l’animale flamme,
Moi, du moins, j’eus le droit de voir périr des âmes
Pour les lèvres, les bras, les noirs cheveux et l’œil !”

Ou

“Les mots sans qu’on les craigne ont d’effrayants pouvoirs”

Des tons de confidences

“Tu sais, je n’étais pas modeste,
Je n’ignorais pas les sommets
Où je vivais, puissante, agreste,
Rêveuse, universelle, — mais”

J’aime aussi

“Jette vers moi ce qui t’encombre”

Ou

“Et j’ai fait avec ton ennui
Un étrange et mystique pacte
où tout me dessert et me nuit ;”

Ou

“Morte mille fois d’avoir bu
Tous les poisons dans ton silence…”

Et étrange, orpheline

“Tu as tué mon enfance !”

Ou

“Je ne veux pas mourir avant
de t’avoir trouvé moins charmant…”

Ou

“Tout est brutal et froid. — Toi seul es un mystère,
Puisque la mort n’existe pas!…”

Ou

“— Je sais la coalition
L’alliance, la connivence
De ton regard sans passion
Et de ta lèvre qui avance.”

Et

“Plaignons les heureux, il faut
Qu’ils apprennent à mourir !”

Ou

“Moi, j’attend que ta beauté passe…”

Ou

“Notre énigme est notre confidence…”

J’aime beaucoup le

“Je ne peux pas être attentive,
parce que j’ai déjà compris !…”

Vers la fin

“Méprisable et divin miracle du baiser !”

Et

“Songe, ô futur cadavre éphémère merveille,
Avec quel excès je t’aimais!”

Un Averty en vaut deux

En bon  facebookien  moyen : « il n’était pas déjà mort ? » (indifférence cynique) « Ha, mais alors, il a fait quoi ces 40 dernières années ? » (Puisqu’on montre toujours la même chose) « Ha oui, tient, allons voir » (visionnage de toujours la même chose, depuis toujours) « Pas mal ! Broyer un baigneur, vendre une gonzesse, se moquer des aveugles en 1963, fallait le faire ! Mais après il a fait quoi ? » (Passage par la fiche Wikipédia déjà à jour) « Ha oui, OK, c’est moins sexy après, mais n’empêche » (cruel) et ensuite « Je partage un truc ? Je publie un truc ? Bof, l’ont tous fait» (mort suivant)

Essentiel du matin

Aujourd’hui j’ai dit…

« J’ai remarqué que si tu as les oreilles humides, tu crois que tes cheveux sont mouillés »

Charybde et Scylla

Le problème avec facebook, c’est la mémoire. Tout le monde a vécu cette petite frustration à ne pas retrouver quelque chose qu’il a vu juste quelques minutes avant, parfois. C’est la dure dictature du flux. Alors, il est cruel de se dire qu’un commentaire génial va se perdre dans les méandres de ce monstre tout à la fois Charybde et Scylla.

Et là, je n’arrive pas à me résoudre à perdre ce commentaire d’Olivier Beuvelet à propos d’Onfray :

“il y a un courant de pensée, auquel appartient Onfray et quelques autres sombres individus autrefois plus lumineux, que j’appellerai le névrotisme, dans lequel la névrose n’est plus un agent de sublimation créatif mais une triste et froide torpeur à partager… les obsessions paranoïdes de Houellebecq dont la mère maltraitante s’est convertie à l’islam au lieu d’aimer son Hephaistos de fils deviennent des prophéties politiques (???), les blessures intimes d’un ancien pensionnaire des bons pères salésiens parfois pédophiles (https://dejavu.hypotheses.org/151) tiennent lieu de fondement à une approche du christianisme, Zemmour et l’Algérie perdue, Ménard aussi … et j’en passe… le déclinisme est un névrotisme … la pensée, la créativité, l’invention, qui devaient autrefois s’appuyer sur la névrose (énergie conflictuelle) pour atteindre les cimes de l’intelligence dans la sublimation, se retrouve maintenant complètement prise dans les fantasmes névrotiques eux-mêmes … et, chose incroyable, au lieu de n’y voir que des blessures personnelles, respectables en tant que telles mais déformantes, les médias, la critique, prennent ces visions apocalyptiques au sérieux … C’est le coup de génie commercial de Houellebecq, dans les années 1990 : avoir fait passer sa dépression pour une vision théorique, voire économique, des relations humaines à l’ère du désenchantement néolibéral … Avec Extension… il visait juste mais après, la pente était sans doute délicieuse, il a trouvé le coupable idéal… le signifiant qui va se substituer à tous les autres. Onfray n’en est pas loin… Et Houellebecq a ouvert la voie à tous les névrosés qui n’avaient plus envie de s’emmerder à sublimer… “oui mon fantasme est la réalité, à quoi bon en faire autre chose ?” et ils on cru devenir authentiques en croyant à leurs propres illusions… Etre vrai ce n’est plus être différent et en mouvement dans un “je” toujours en fuite, comme chez Montaigne, c’est s’enfoncer en soi, dans sa brume, dans un moi qu’on ne cesse d’objectiver dans l’exagération de sa peur de l’autre …”

 

 

 

Vite, rester vertical

Après le gros malaise au visionnage du dernier film de Justine Triet (pire encore que le précédent), je viens encore de voir un bon film d’Alain Guiraudie. Décidément, celui-là sort du lot, loin, très loin du reste et si drôle et singulier. Son étrange monde se déploie, fantasque, métaphorique, grotesque et perplexe, pourtant juste, simple et beau. Sa société érotisée des hommes fuyants se déplie de film en film, et dans ce dernier encore, qui se termine vertical parmi les loups.

Mauvais vent

Encore dans la fièvre, j’ai lu, par faiblesse peut-être, la moitié d’un roman de 1942 édité en NRF : « Le vent se lève », d’un écrivain confidentiel qui a grande vocation à le rester : Marius Grout. J’ai été surpris par la simplicité et l’ouverture d’une écriture qui ne manque pas de qualité, loin de là,  et même présente une certaine modernité formelle. Mais après cette première impression engageante, j’ai fini par interrompre ma lecture, n’en pouvant plus des bigoteries d’un de ces rats se tourmentant dans sa cage dont je parlais plus avant.

Soi-disant, notre homme (le romancier ou le personnage ? Il semble que ça se confonde ici), se coltine avec les ténèbres, « nos » ténèbres donc, et se frottent au mal ou je ne sais quoi. Que c’est drôle ! Si l’on met de côté la mysoginie crasse de l’auteur, si crasse qu’elle fait parti de ces choses qui rendent difficiles une lecture contemporaine : « les femmes sont ci, sont ça », et je ne sais quoi d’autre de l’ordre du délire d’un monde bien gendré qui n’a jamais eu lieu, il reste un pauvre type qui n’a d’autres problèmes en pleine occupation allemande, semble-t-il,  que de savoir s’il va coucher avec sa jeune élève ou pas. Ça, c’est de la bien bonnes ténèbres, ça ! Et si, au bout du compte, comme l’auteur, il ne s’écarterait pas de l’Église Catholique pour se donner à pire, ce pire qui évoque aujourd’hui essentiellement des boîtes de céréales pour le matin… Pouacre !

Comme quoi, on peut avoir un talent d’écriture et rien d’autre à étaler que quelques insanités.

Je n’ai plus tenu longtemps quand le texte sombre dans le comique involontaire.  Ceci démontrant la nature du problème : peut-on écrire quand on est d’une telle naïveté ? Je n’en suis pas sur…

Ce qui est sur, c’est qu’aucun écrivain ne peut survivre à ça :

« Je me suis décidé à acheter une pipe. […] On devrait se réunir entre hommes, de temps en temps, pour de longues pipes toutes silencieuses. Une sorte de culte. On m’a dit que les Quakers (est-ce bien ainsi qu’on doit l’écrire) aiment à s’assembler en silence, que c’est même là leur messe à eux ; mais que font-ils alors de leurs mains, et de leurs pensées vagabondes ? Un homme, s’il n’a pas son outil, doit avoir en main quelque chose : un livre de messe, ou un chapelet, ou un psautier. Ou bien une pipe. Alors, l’esprit peut dériver. »

Reboot

Oser la métaphore geek : la grippe, c’est une forme de reboot. Au milieu du délire de la fièvre, cette envie saugrenue de noter cette maladie commune comme « expérience sensorielle ». Sauf que quand on pourrait décrire, on n’en a pas la force, et quand on retrouve doucement la force, le souvenir s’édulcore déjà. Je me souviens juste que c’était intéressant. Que j’ai écrit des phrases, je crois, comme quand on pense tenir une idée dans la nuit ou l’alcool, ou les deux.

Mes lectures de malade ?

(Devrais pas me plaindre. Je commence une année sans excès de bouche, et même par un régime drastique. L’inconvénient : je vais avoir envie de faire la fête alors qu’ils sont tous sur les rotules.)

Donc, mes lectures de chevet…

Hésitation

Je tente ce matin, car la tête a de l’avance sur le corps. Mais à la première lettre, la tête dodeline comme savent le faire les hindous. Mais je doute que ça leur file la nausée.

Saleté de “grippe de Noël”.

Tentative foireuse. Retour au mode zombie.

Imitation

J’avais posé la question, plus loin dans ce blog : l’imitation de la beauté produit-elle de la beauté ? Je viens de lire deux livres de Tony Millionaire, encore un post-moderne assumé. Et cette impression d’encéphalogramme plat, et la chose qui me vient : l’imitation de la poésie produit-elle de la poésie ?

Je crois qu’il n’y a pas de règle, seulement des réussites ou des échecs. Impression d’échec chez Tony Millionaire. Son imitation de la poésie produit une bien plate imitation de la poésie.

L’élevage de poussière

Théorie esthétique d’Adorno est un grand texte. Je m’y plonge hasardeusement, et y trouve de la grandeur, oui, mais aussi malheureusement me heurte à sa dimension historique. C’est un moment daté de la perception idéologique de l’Art. Ce moment est passé. Et ne reviendra plus. D’où déjà l’odeur de suranné et un début de rigidité cadavérique qui va irrémédiablement nous rendre ça illisible (Décryptable, oui, mais plus véritablement lisible comme chose vivante).

En ces temps d’explosion démographique, d’atomisation des milieux (de quel réel devons nous parler ? De quelle réalité sociale, économique ?, de quel réseau ?), de mondalisation des esthétiques (j’ai encore feuilleté il y a quelques jours un collectif Taiwanais de jeunes auteurs parfaitement conformes à la scène mondialisée actuelle), nous en somme réduit à récupérer des bribes de théories et à les manipuler honteusement pour les actualiser de force, comme je le fais pour ma lecture de Baudrillard quand je fais mine d’y lire des oracles.

Mais oui, j’ai bien raison de dire et redire que les morts ne peuvent pas nous aider.

Ce qui se joue est inédit.

Nos stratégies fatales

Je vois passer une photographie d’une performance de très mauvais goût… Ce n’était pas une performance, mais le cadavre de l’ambassadeur russe en Turquie.

Il y a quelque chose de funeste qui flotte partout, sur la surface contaminée de cette planète, à l’altitude même de nos cerveaux.

Mes stratégies fatales

Encore un titre trompeur. Mais l’évocation d’un des meilleurs titres de tous les temps : « les stratégies fatales » (bien meilleur que cet horrible « À la recherche du temps perdu » qui sonne si vulgaire, si “roman pour mémère”), car je retourne à Baudrillard, depuis quelques jours, avec… avec un certain soulagement.

Je m’y demande si je n’y retrouve pas, dans ce vieux livre jauni, les racines de mon antipsychologisme et de cette allergie aux petites paranoïas inversées, si vicieuses, qui nous font prendre l’interne pour l’externe et réciproquement.

Matrice

Oui c’est vrai, les riches oisifs qui se morfondent sur cette planète de merde ont raison : on est coincé dans la matrice. Mais le secret, c’est que toute paranoïa est sans objet, car c’est nous qui la fabriquons, cette putain de prison symbolique !

Le système du poil dans la BD : un contre-exemple chez Fabrice Neaud

[ Attention : billet très légèrement narcissique ]

Dans la deuxième partie de son dernier article sur “La bande dessinée et la Tapisserie de Bayeux”, Patrick Peccatte note judicieusement que « Le système du poil de la bande dessinée est fondamentalement différentialiste, explicite et stable – c’est un dispositif graphique permettant d’identifier et distinguer les personnages, et pour cela il assure leur persistance visuelle au long de la narration. ».

Il rappelle que les dessinateurs de BD utilisent souvent la chevelure, entre autres, pour fixer une fois pour toutes le caractère d’un personnage…
Et en effet, comment nier que très souvent les cheveux ou la barbe font partie des moyens « faciles » qui permettent aux dessinateurs d’identifier un personnage ? Read More →

J’ai rêvé de la fin

Étrange. Je me souviens peu de mes rêves. Mais, peut-être conséquence de l’effondrement personnel de jeudi après midi, cette nuit était une fin : j’étais dans une ville comme la mienne ou comme Poitiers, en coteaux parallèles. Je suis sur un axe qui passe d’un coteau à l’autre, loin du centre-ville, et brusquement la ville disparaît dans un nuage blanc gris, les gens se mettent à crier et courir vers moi, me dépasser sans me voir et s’éloigner vainement. Je reste immobile à regarder ça, et c’est à peu près tout. Ensuite, le rêve se rétrécit à des enjeux personnels de plus en plus minables jusqu’à la frustration finale quand je n’arrive pas à écrire un SMS…

 

Le barbare post-moderne domine le monde

Le barbare post-moderne s’avère un fin stratège. Doucement, avec comme bras de levier la bassesse des élites locales, il est en train de faire basculer le monde sur son axe.

Les deux candidats à la domination du XXIe siècle sont en passe de gagner, avec deux stratégies différentes :

– La Chine en adoptant le système de l’ennemi et en envahissant le monde par les sous-sols du capitalisme (comme Taschen l’a fait il y a 30 ans pour les livres d’Art), s’infiltrant partout, dans chaque petite ville des anciens maîtres, par le moindre pas de porte désaffecté. Qui aurait dit il y a 30 ans que la Chine Communiste deviendrait le plus agressif des capitalistes ? Et la voilà, partant du pire du plus bas pour grimper doucement en gamme (comme Taschen encore), surveillant tranquillement la chute annoncée du Coréen Samsung…

– L’autre, la Russie qui s’est toujours vécue comme le barbare aux portes de l’occident, utilise le fric des pires trafics pour acheter les « candidats » de l’ancien dominant. Elle transforme le monde en ridicule mafia d’abrutis, et le président US nouveau, comme le seigneur local turc et comme tous les candidats français à la présidence prochaine, viendront bientôt s’agenouiller sur la peau encore sanglante d’une bête “en voie de disparition » pour payer leur dette et embrasser sa monstrueuse bague kitch…

Tiens, pas d’augure, c’est le présent de ce monde. Vous avez aimé games of thrones ? Vous êtes dedans.

(Pour résumer, les deux dominations du monde qui vient, par l’économique pour la Chine, par le politique pour la Russie : Le banquier et le monarque.)

Hier demain

Hier était une fin du monde. Est-ce l’âge qui fait qu’au lieu de sombrer, je me relance vers autre chose où la même chose renouvelée ? Je ne sais pas. Je sens que je pourrais me laisser aller au désespoir, mais bah, plutôt foncer et construire (re-construire) avec entêtement et acharnement. Que pouvons-nous faire d’autre contre l’érosion de tout ?

plumeau

Donc, il y eu bien une très longue ère où la poule géante dominait le monde…

Pas de quoi être fier de notre éphémère domination. Des poules géantes ont tenu 165 millions d’années…