romanticiphone

Tumblr, média social. 1 / approche expérimentale / introduction

Je ne fais jamais les choses très simplement. C’est vrai, mais malgré la complexité de ma démarche actuelle, je vais tenter de vous l’exposer en quelques articles nouveaux, comme l’année dernière.

J’ai commencé il y a environ un an et demi à observer le réseau social Tumblr.

L’approche expérimentale était indispensable vu la nature sociale et numérique du médium.

Si vous rentrez dans le métro et que vous vous asseyez à côté d’un parfait inconnu, il y a de grandes chances pour qu’il ne se passe rien. Si vous engagez la conversation, vous créez la conversation, et vous provoquez l’interaction sociale. Mais vous ne l’inventez pas. Cette réalité de la conversation était potentielle dans le fait que deux humains se retrouvaient côte à côte. Donc, vous ne perturbez pas ce que vous observez, mais vous en faites partie, car votre nature est la même que celle de votre sujet. Poncif.

Ce qui est évident en sociologie l’est encore plus dans un réseau social numérique. Celui-ci n’est observable que si vous provoquez vous-même des interactions sociales. Donc, si vous acceptez de participer. Sinon ? Sinon, il n’y a simplement rien à observer.

Une précision : ne pas oublier que participer n’est pas manipuler. Car quoi que vous fassiez, vous ne changerez pas la nature du lieu et ce qui y est possible ou pas.

J’avais rapidement compris qu’il y avait deux manières de “participer” :

L’une en ouvrant un blog de « partage » pour collecter sur son propre blog ce qui est proposé par les autres en constituant une sorte de collection d’image ou de texte qui aurait la double fonction :

1 — de me représenter. C’est-à-dire de construire une identité socio-culturelle par l’accumulation d’éléments esthétiques hétéroclites.

2 — d’entretenir une sorte de dialogue (largement muet) avec ceux qui partagent une partie de mes choix, et donc de mes goûts. C’est un équivalent de l’échange des images de la cour de récré comme matrice à des interactions sociales plus complexes (voire commerciales). Read More →

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Prejugé japonais

Benjamin Frisch me balance en privé sur facebook trois liens sur des clips japonais, de ces inénarrables chanteuses pop acidulées sur-grimées sur-costumées…

Je les regarde en rigolant et une pensée me passe par la tête « c’est vrai ça, comment le pays qui a influencé le monde entier avec son esthétique dépouillée, son art du vide et de l’isolement, peut produire les machins les plus baroques du moment ? »

Et puis, tout de suite, première rectification :

Je fais une erreur en assimilant l’art aristocratique du Japon, qui a influencé l’ensemble des accrochages des galeries contemporaines occidentales à la culture populaire japonaise.

Et seconde rectification :

En dehors du zen, des jardins du même nom, de la « grande peinture » et de l’art floral, l’art japonais est plutôt baroque et apprécie même particulièrement le grotesque. J’étais donc simplement victime d’un préjugé culturel qui n’aurait pas dû m’effleurer malgré la maigreur de mes connaissances en histoire de l’Art du Japon.
 

Je me rendais compte encore une fois à quel point notre cerveau veut réduire tout à sa plus simple et plus commune expression. Et comment, d’un même élan, il a en horreur le complexe. Il faut toujours se faire violence pour accéder à une lecture plus précise d’un phénomène en prenant en compte l’ensemble des données disponibles. En m’abandonnant à ma première pensée, je réduisais une zone géographique prolifique à sa peinture sous influence Zen.

Et je zappais d’un même élan la sculpture traditionnelle, les textiles, tout l’artisanat surchargé et toute l’imagerie populaire qui elle, est en parfaite adéquation avec cette apparente nouvelle esthétique, dont le célèbre « superflat ».

De plus, injustice, je gommais une donnée historique majeure, c’est que ce pop baroque contemporain japonais est en effet un enfant de la pop culture occidentale des années 60. Mais cette dernière était elle-même une enfant des influences plus anciennes du japonisme : structures synthétiques, restriction de la palette des couleurs de l’estampe,  surcharge savante des motifs des textiles, fantastique, grotesque et sexualisation assumés.

Ainsi, comme le ping-pong de la littérature américaine et européenne des deux derniers siècles, j’étais juste en présence d’un des plus puissants jeux croisés de métissage esthétique !

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Mobylette

En ligne ! Le clip que j’ai coréalisé avec Elric Dufau pour « mobylette » chanson de l’album « 7 » and rare stuff 2009/2014″ de  The Limiñanas est sur Youtube :

On est parti d’un dessin unique d’Elric raccord avec les dessins qu’il avait réalisé pour la pochette du même album. Nous avons enregistré l’écran de l’ordi grâce à QuickTime pendant qu’Elric dessine à la palette graphique. Ensuite, quelques scènes de tournage réel cadre serré pour ne pas « personnaliser » les protagonistes du tragique triangle amoureux de la chanson, et voilà :

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Au cœur de la mélancolie numérique

Oui, en son cœur même il y a la question de la sauvegarde. Lorsqu’on se penche sur ses archives numériques, il y a toujours un petit moment de vertige, devant l’ampleur, devant l’impossibilité physique de trier, ordonner ou même choisir. Alors, on stocke, on stocke dans des volumes de plus en plus grands, qui représentent un deuil d’autant plus grand lors d’une défaillance… J’ai déjà évoqué le traumatisme du premier crash disque, moment important de notre vie numérique. Et ensuite, selon les personnalités, des stratégies différentes. Pour moi et pour beaucoup, pour l’avoir entendu, la stratégie psychologique préférée aux stratégies paranoïaques matérielles : accepter de perdre. Sinon, c’est la course angoissante à la sauvegarde.

Et puis, aujourd’hui, on nous propose (ou le paramétrage est automatiquement bloqué sur) le Cloud. Qui est bien pratique pour certaines choses. Paradoxalement, on nous le propose pour les photos, alors qu’il est très adapté au texte. Mais pour les photos, franchement, c’est pas ça. J’en fais trop ? Peut-être…

Malgré tout, il y a des moments ou il faut plonger dans les nids à poussière que sont les vieux CD et DVD de données en vrac, au mieux chronologiques…

Et se rendre compte qu’une montagne de support optique, vous savez ces rondelles, quand on m’en tend une aujourd’hui, j’ai un petit moment d’hésitation pour savoir qu’en faire, oui, ces rondelles qui prennent une place folle ne représentent à elles toutes qu’une parcelle infime du dernier disque qui trône sur le bureau…

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Et la petite pensée, alors, sur la monstruosité des données que nous stockons, et sur la quantité de vie qu’elles représentent, et sur la quantité de mémoire de vie qui disparaitra quand le disque…
Donc, garder les vieux CD dans un carton… On s’en sort pas !

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Le tweet du jour

Mokë & Elric DufauC’est celui de qui me signale que la photographie d’Elric Dufau et Mokë en train de regarder un smartphone, après avoir illustré un billet d’André Gunthert, sert d’illustration dans son séminaire sur le Selfie. La consécration universitaire pour cette petite photo et les deux auteurs de BD représentés !

 

 

Le Tweet  :

 » ta photo participe au séminaire pour faire le contraste avec les ‘images déconnexionnistes’  »

fati

Merci Fatima !

andre

Un usage illustratif absolument absorbant

Une photographie de Romantic iPhone vient illustrer un billet du blog d’André Gunthert : Absorbement, smartphone et caricature

Il y propose une lecture de l’usage rhétorique de l’image si commune aujourd’hui de ces pauvres humains penchés sur leur smarthone. Ma photographie spontanée répondait déjà par la couleur et l’interaction sociale qu’elle présentait à un billet orienté qui publiait une série de photographie noir et blanc de gens tristes penchés sur leur petit écran. À manip, contre-manip ! Je sais bien que l’acte est vain, ma brave dame, mais cette contre-image a le mérite d’exister.

Et vient donc illustrer l’article d’André, dont le ton étonnamment mélancolique m’a surpris. Mais lisez-le, en semblant prendre la doxa contemporaine par l’épaule, il s’élève lentement, tout en subtilité, très haut au-dessus de la mêlée.

Absorbement, smartphone et caricature

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sublime

Quand le temps s’y met, ainsi, à enchanter le monde. Quand il s’y met. Des troués de ciel bleu dans de sombres et lourds nuages de pluie. Tour de vélo ? Ok, mais il va pleuvoir, alors on reste en ville. Sauf qu’au bout de la ville, à droite, un passage inconnu et brusquement, en plein champ à perte de vue. Et au bout de la route, un bois, un chemin qui tombe raide, sombre. Que faire ?

Tomber dans le chemin !

Et glissade vertigineuse, sur caillasses pointues et tapis de feuilles humides. Odeur de sous-bois d’automne. Mais il risque de pleuvoir. Hum, comme nous sommes là, je pense qu’on est juste au dessus du viaduc. En tombant dans les méandres aveugles nous allons rattraper  le chemin de promenade… J’estime. Sans savoir. Dès qu’un coteau est orienté au sud, ici, micro-climat et végétation spécifique. Réminiscence. Les nuages s’alourdissent. Anthracite. Comme une nuit étrange, lumineuse, dont la lumière viendrait des objets, du sol, de la route, des murs et des arbres. Nous glissons maintenant vers la ville, à flan, rattrapons les premières maisons. Quand la pente s’installe, deux gouttes sur mes lunettes. Je souris.

« Grimpons jusqu’en haut et abritons nous »

Mais en haut, je ne veut pas m’arrêter. Non, rentrons ! Nous allons vite. La rue piétonne, si vite. Et maintenant, la pluie s’installe. Une pluie d’automne, à grosses goutes froides. j’ai envie de rire. Mes lunettes se couvrent d’eau, je m’en fous. La pluie s’intensifie, oblique, venant directement sur moi. Le plaisir. Du plaisir à la jouissance, presque sexuelle. J’appuie sur les pédales et écartent les bras, laissant l’eau me fouetter le visage. Oui ! Oui ! Je veux ! Je rentre en riant, sentant l’humidité s’infiltrer partout.

Le bonheur.

Les jours de code sont oubliés.

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Petit moment d’émotion

Reçois ce matin les 100 premiers tirages papier des photographies de romanticiphone, pour la petite exposition de janvier pendant le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. L’idée, c’est de réaliser de petits tirages, 10×10, du plus grand nombre possible de photographies. Pour garder en papier et sur un mur l’esprit de la série : chronique visuelle saisie avec un smartphone. Je ne voulais pas du « tirage d’art », agrandi et encadré, car l’image en soi n’est pas la finalité de l’exercice, mais bien la démarche globale : saisir des moments de ma vie sociale au sein de cette étrange communauté d’auteurs.

Les tirages sont majoritairement bons et donc exposables (dans le cadre d’une présentation massive, justement). Je suis même agréablement surpris par certaines photographies difficiles, comme celle de Virginie Soumagnac tout en nuances de noir, et qui fonctionnent en papier et sortent pas mal du tout !

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Mars in the Well à Singapour

Freddy Nadolny Poustochkine me signale que le beau court métrage « Mars in the Well »  qu’il a co-réalisé avec Truong Minh-Quy est sélectionné en compétition par le Singapore Internationel Film Festival qui a lieu du 4 au 14 décembre 2014… à Singapour donc !

« Mars in the Well »  y sera projeté en « première mondiale ». Que dire ? Cool !

 

http://sgiff.com/films/southeast-asian-short-film-competition-programme-2

Mars in the Well

Le tumblr du film : http://marsinthewell.tumblr.com

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Carré soviétique

IMG_4411Quelques petites heures après leur concert, les petits « savon tranchand » passent me prendre devant chez moi, et on fait quelques kilomètres jusqu’à un mur sombre d’une abbaye en ruine. Ils veulent faire des essais photographiques pour un livre-disque vinyl prochain.

Sophie Azambre Le Roy veut absolument que j’utilise un boitier 6X6… Un Rolleiflex ? Non, un «Kiev», antiquité soviétique aussi massive que rustique ! Je me trouve totalement maladroit avec l’objet, oubliant une fois sur deux l’un des 250 gestes pour réaliser l’un des 12 clichés possibles. Retour d’un temps de disette visuelle qui obligeait à espérer en croisant les doigts que chaque déclenchement soit le bon. Et justement, ironie et épreuve, moi qui disais la veille à Jérémie « ne t’inquiète pas, les pieds photos, c’est standard ! », découvre que non… Et oui, standard, mais soviétique ! Donc, obligé de retenir le gros bloc noir sur le pied avec les deux pouces en tentant de limiter le tremblement de terre du déclenchement (noté dans la fiche wikipédia, pour dire !). Mais que suis-je venu faire dans cette galère ?

Et puis, me pencher sur l’œilleton escamotable du viseur… Et me rendre compte qu’il me faut « en plus » caler ma vision sur les lunettes progressives…  Et que tout ça ralentit les choses, ralentit, ralentit, pour retrouver un temps qui n’existe plus quand je réalise plusieurs photographies en effleurant d’un doigt nerveux l’écran tactile du smartphone… Et brusquement, la madeleine de la mise au point télémétrique, qui me provoque un retour de l’odeur du premier appareil photo que j’ai tenu dans ma vie ! Au bout du compte, je ne sais pas si les photos seront réussies. J’ai au moins ramené celles du smartphone qui illustrent ce billet. Pour les potentiellement «beaux 6×6», un grand doute !

Mais si je reste un fan absolu de la photographie numérique, j’ai pris un vif plaisir à jouer une matinée à raviver mes souvenirs…

(Les masques que portent Benoît Preteseille et Sophie Azambre Le Roy sont de Séverine Gallardo)

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