bandeau-bonobo

Une lecture

Je termine le B. Traven que Golo m’a prêté avant de partir pour la semaine. J’étais très intrigué à plus d’un titre. C’était l’un des livres de Golo qu’il me restait à lire, et je ne comprenais pas pourquoi un type comme moi, qui depuis l’enfance enregistrait les écrivains comme d’autre les joueurs de foot avait pu passer à côté de Traven ? Je pense maintenant qu’Hollywood m’a caché l’auteur… Ce qui arrive souvent, qu’Hollywood cache, voire détruise un auteur. Mais à la lecture passionnante de la biographie qu’en a tiré Golo, je comprends à la fois l’attachement qu’il a pour cet auteur — ce livre représente un labeur monumental — et pourquoi celui-ci est resté loin de moi. C’est un exilé voyageur, comme Golo lui-même, et je dois bien avouer que mes idoles littéraires, comme Kafka ou Pessoa, sont bien plus immobiles et grises, bien plus intégrées, et participent même de cette armée honnie de la « classe moyenne » collaboratrice de tous les systèmes,  à l’image du centre flasque de ma vie.

Ce mitan d’une vie grisâtre sur lequel j’ai tiré un trait pour revenir à cette bohème que je n’aurais jamais dû quitter, par une fuite presque immobile qui provoqua tant de rencontres, dont celle avec cet extraordinaire Golo, éternel exilé.

Volonté

Souvent, en écrivant quelque chose, je sens déjà que je me contredirais. Je suis ainsi, plus surfeur que tailleur de pierre. Tu peux bien décider de ton prochain mouvement, mais il dépend de tant de facteurs que tu devras changer de plan ou échouer.

Peut-être pour ça que je me débrouille avec un appareil photo : pratique dialectique, à chaque fois équation nouvelle, négociation permanente avec le réel.

Ce prof de philo s’était bien planté en me trouvant trop « volontaire ».

Alors, tenter encore de reprendre le fil de ce blog pour autre chose que des billets utilitaires. Parler de mon grand-père, de mon père, lentement, comme ça vient, mais tenter de revenir ici sans appréhension, sans cette peur de sombrer dans la mélancolie.

Coléoptère

Dans la nuit, une bête dans la chambre. Je prends le portable position « lampe torche » et fouille le noir. Rien. Pas un moustique, il y en a eu deux ou trois, non, une bête plus grosse, qui tombe juste le long de mon oreille, et ensuite vrombit ailleurs, et plus tard tombe lourdement sur le sol. Ne voyant rien, et n’identifiant aucun danger, papillon de nuit ? Coléoptère ? Je décide de laisser vivre et de dormir…

Dans le noir, une brusque séquence de mon père, qui vient comme un flash. Mais pas mon père malade, non, mon père apothéose, entre 40 et 50 ans, qui apparait et dit quelque chose de drôle que je n’entends pas, mais l’impression est bienveillante. La vision s’évanouit, et là, je prends enfin claire conscience que je ne le reverrais plus. Et je m’endors.

Lent travail du deuil.

Le matin, intuition, j’attrape délicatement mon short que j’ai négligemment laissé au sol. Dessous, la bête est là, sur le dos, morte. Un petit coléoptère noir.

Pour écrire

Je lis par intermittence le livre que Mai Li m’a tendu au café, il y a deux jours. c’est déjà un miracle que je lise un livre. Mais oui, je lis par bribes ce tout petit livre « L’urgence et la patience » de Jean-Philippe Toussaint, cet écrivain dont je possède déjà deux livres sans les avoir lus. Je lis et le trouve vaniteux. Je le dis à Mai Li, qui aime cet auteur, mais en convient. Je tempère en lui trouvant une joie enfantine à être / à se vivre / à se voir / à se raconter écrivain qui est presque attendrissante.

Évidemment, le sujet, l’écriture, renvoie à soi et à son propre rapport à l’écriture. Je ne me reconnais pas dans ce que raconte Jean-Philippe Toussaint. Je voulais écrire, longtemps, sans arriver à sortir autre chose que « je pars » (phrase lapidaire dont je me moquais pour son double sens) et quelques poèmes que j’espère disparus.

Et ensuite, le web est arrivé, et les blogs, et les exercices quotidiens d’écriture qu’ils suscitent. Et plus jamais je n’ai eu de problèmes pour écrire. Non, ce qui a disparu, en ce moment, c’est l’envie. Oui, avant, j’avais envie sans l’organe. Maintenant, j’ai l’organe — il vaut ce qu’il vaut — et pas particulièrement l’envie… Pour des raisons diverses. Peut-être, surtout, par peur de ressasser des douleurs.

massacres

Fatigue

Si notre époque dénote du reste de l’Histoire, c’est bien dans cette manie à trouver inexplicable, phénomène, nouveauté, dans la plus grande constante de l’humanité : la violence gratuite, le meurtre de masse, la barbarie. Les outils ont changé ? Oui, mais nos ancêtres palliaient leurs carences technologiques par une immense ingéniosité et un niveau de perversité que vous semblez avoir judicieusement oublié.

tumblr_nyg1nmLoEM1tiby9bo1_1280

Argentine

Même si je ne suis pas trop d’humeur, je note rapidement ici le signalement d’Ariel Lopez V. qui a transmis l’une de mes photos pour illustrer un article sur lui :

 

13603238_10209953439530037_478523191095205664_o

bandeau-bonobo

Un chemin

En 1992, avec Fabrice Neaud, nous avons réalisé ce qui reste sûrement la plus étrange commande de notre vie : un chemin de croix pour une église moderniste d’un quartier d’Angoulême. La commande était ferme, correctement financée, et personne ne nous demandait d’adhérer à l’usage religieux des peintures. Ce qu’on attendait de nous, c’était un regard actualisé de jeunes gens sortants neufs d’une école des beaux-arts. Read More →

bandeau-bonobo

Ces quinze derniers jours

Ces quinze derniers jours, j’ai été dévasté et en même temps porté par l’amour de ceux qui partagent ma peine.

Je sens encore tous les mécanismes intimes qui dépendaient de sa présence dans ce monde. Je vais devoir reconstruire tout ça, cet échafaudage interne vieux comme moi, ces petits réflexes dont je n’avais pour la plupart même pas conscience. Toutes ces parts de moi qui faisaient référence à lui. Toutes les choses de lui qui me construisaient.

J’ai eu brusquement l’impression d’être passé ailleurs, dans un autre moment d’une autre vie.

Sur cette autre rive, je pensais m’échouer comme une vieille bête, à bout, mais je me suis découvert un océan de force morale. Alors, je ne sais pas.

Ces disparitions trop rapprochées mélangent les deuils, les sentiments, les souvenirs, et me fabriquent l’une de ces théories macabres chères à l’imaginaire mexicain.

Confusion.

Quinze jours après, des flashs, des réminiscences, des bribes d’expression de sa mère, de son père, de son premier petit frère… Lui est un champ de brume mental, immense comme ma vie, dissolvant tout ce qu’il était dans une poisse insaisissable.

Confusion.

Je travaille toujours au même endroit qu’avant, là, juste devant le portable, mais souvent maintenant j’attrape machinalement le Laguiole que ma mère m’a donné après l’enterrement « Il était dans sa poche, tient », avec une parfaite inconscience freudienne.

Pendant ces deux semaines, exactement, je n’ai pas pu écrire une ligne. À l’exception de salvatrices bêtises sur facebook…

Se laisser le temps.

Capture d’écran 2016-06-14 à 10.02.17

Ce que dit Albert-Kahn en Open data

J’ai toujours éprouvé une certaine fascination pour l’exemplaire Albert Kahn. Son projet, au-delà de la philanthropie et de l’humanisme affiché, semble démontrer qu’il ressentait très puissamment le pouvoir de la photographie, sa capacité à provoquer une mélancolie dont l’objet n’a pourtant aucun lien biographique avec nous.

Aujourd’hui (14 juin 2016), un ami facebook partage un lien sur le site de la fondation :

Je vais voir, et découvre avec satisfaction la géolocalisation des clichés :

Capture d’écran 2016-06-14 à 10.23.05

 

Aussi loin que je me souvienne, on m’a toujours présenté la collection comme éminemment « ethnographique ». Ce que confirme plusieurs fois le texte de présentation du site :

“Albert Kahn est animé par un idéal de paix universelle. Sa conviction : La connaissance des cultures étrangères encourage le respect et les relations pacifiques entre les peuples. Il perçoit également très tôt que son époque sera le témoin de la mutation accélérée des sociétés et de la disparition de certains modes de vie.”

“Il crée alors les Archives de la Planète, fruit du travail d’une douzaine d’opérateurs envoyés sur le terrain entre 1909 et 1931 afin de saisir les différentes réalités culturelles dans une cinquantaine de pays.
L’ambition du projet l’amène à confier sa direction scientifique au géographe Jean Brunhes (1869-1930), un des promoteurs en France de la géographie humaine.”

 

Bien, à part le choix de la basse définition qui est toujours une contradiction avec le but annoncé, tout ça semble très louable.

Non, ce qui me chiffonne, c’est ce que montre le tri thématique des images… Dans la colonne de gauche, nous voyons apparaître le nombre de clichés par thème. Ceci nous donne une coupe transversale du fond numérisé (qui ne recoupe pas nécessairement le fond lui-même).

thèmes fond Albert-Kahn

Cette observation désigne soit une réalité du fond et donc du projet tel qu’il a été réalisé, soit de la conformation du cerveau de ceux qui ont numérisé le fond.

On peut quand même imaginer que la scannérisation a essayé de respecter le fond. Je suppose. Mais alors, le résultat est surprenant :

6517 entrées pour “habitat/architecture”
2280 pour “nature/environnement”
2200 pour “religion”
1873 pour “art”
1338 pour “activité économique”
1235 pour “êtres humains” (enfin !)

Et maintenant, tentons d’aller chercher le thème central tel qu’il est annoncé par toutes les communications sur ce fond :

444 pour “société”
318 pour “vie quotidienne”
32 pour “divertissement”
18 pour “fête”

 

Hum… La lecture de cette première hiérarchie indique une conformation vraiment très classique (au sens historique), avec en haut l’art majeur de la culture classique : l’architecture. Le paysage qui se dessine ici est très différent de celui annoncé. L’humain, et surtout les humains de la rue, dont les communications montrent volontiers des photographies « pittoresques » arrivent très loin derrière des considérations parfaitement normatives pour un cerveau de la fin du XIXe début XXe. L’humanisme du fond et du projet en prend un coup. Nous sommes même, avec la religion avant l’art, devant une conception très réactionnaire de l’ordre du monde. Les « fêtes » qui ont tant fasciné les folkloristes et ensuite les ethnologues ont 18 entrées…

Je vois mal comment la numérisation aurait pu apporter un tel biais. Je pense donc que le fond Alber Kahn, toujours hautement estimable, ne correspond pas exactement à l’image construite par la communication.

Le projet apparait comme beaucoup plus classique et donc beaucoup moins innovant. Beaucoup moins “en avance sur son temps”, et comme souvent, juste simplement conforme à son temps.

Alors pourquoi m’a-t-on toujours présenté presque exclusivement des clichés “folkloriques” en signalant la grande humanité du projet et en mettant en avant comme but principal de garder trace de réalités humaines en danger de disparition ?

Capture d’écran 2016-06-14 à 11.55.44

Et bien, on ne peut pas nier que les opérateurs de la fondation ont bien photographiés ces sujets là aussi, même s’ils l’ont fait, semble-t-il, c’est très marginalement. Ce n’était donc pas leur principale activité, tout à garder trace du grand ordre géographique et culturel de leur monde. Mais plutôt que d’imaginer une manipulation purement marketing, j’y vois le possible indice d’un glissement de l’intérêt collectif tout au long du XXe siècle, passé de l’intérêt pour cet ordre du monde contemporain des photographes, à la fascination actuelle pour tout ce que films et photographies semblent avoir saisi de réalités (humaines) disparues.

Il est parfaitement concevable, et c’est un phénomène très commun dans l’histoire de la réception des œuvres, que notre interêt actuel se porte sur une part marginale du projet de saisie du monde tel qu’il a été réalisé.

Ceci pointant encore la capacité si particulière de la photographie à susciter une mélancolie exogène et collective. Comme préalablement évoqué dans :

Le deuil de Laura Ingalls

 

Et il est toujours utile de se reporter aux écrits d’André Gunthert ici : http://imagesociale.fr

 

 

 

 

Capture d’écran 2016-06-06 à 17.57.07

Pigmente einer Sprache der Liebe

Mai Li Bernard me signale qu’une de mes photos est créditée sur un site allemand… C’est la première fois en allemand.

http://www.dreimalalles.info/news/„pigmente-einer-sprache-der-liebe“

Capture d’écran 2016-06-06 à 18.04.19

chema-peral

Mix photo

Un usage (inédit pour moi) de l’une de mes petites photos de smartphone : Illustration d’un mix de Chema Peral, dessinateur de BD le jour et @Superchema la nuit :

Répulsion

Je regarde quelques images d’un film sans savoir…

Révulsé, me dit « Ha ! Mais quelle obscénité ! »

Et comprends…

Żuławski salit tout ce qu’il touche. Découvre ainsi qu’il a pissé sur Gombrowicz…

Gombrowicz réduit ici à une éructation hystérique !

Encore une preuve que le génie national est un mythe à la con.

(Et, au fait, Sartre t’emmerde)

Monde

Ceux qui ont tout gaspillent tout.

IMG_6651

Point de vue

Petit tour de vélo pour constater que le temps orageux excite à mort l’infernale armada de poids lourds et de bagnoles. Pour le français motorisé, c’est « après moi la pénurie ! ». Et pour moi, vous êtes tous des fous dangereux.

D

L’écriture est une forme de Goliath.

triste

Nos dirigeants sont incompétents, vaniteux et largement manipulés. Pas franchement de raison d’être fier… Ni nous, ni eux.

out

J’arrive plus à écrire.

Tard

Si je n’étais pas brisé, je vous épaterais, sûrement. Je fais ce qui vient, avec ce qui reste de moi, sur mes ruines encore fumantes.

 

Mais je ne trouve plus aucune raison.

Illusion d’optique.

On a toujours l’impression d’une déliquescence des choses dont on s’éloigne.