Peinture

Bonjour monsieur Caldeira

Il existe aujourd’hui une belle scène mondiale de la peinture néo-réaliste. Presque envie de dire « comme il existe une scène mondiale d’à peu près tout ». Mais oui, il y a une scène vivante, vivace et passionnante, même si à leur propos j’aime rarement tout, quel que soit le peintre, et que l’exercice flirte souvent avec le kitch.

Mais quand on aime la peinture, il n’y a aucune raison de s’en priver, et c’est souvent réjouissant, puisque ces néo-là jouent avec toutes les modalités de l’image, récupérant toutes les sources et tous les codes des productions visuelles actuelles pour réinvestir ce bric-à-brac de notre environnement sursaturé dans le geste simplifiant, classique et relativement primitif de la peinture.

Dans le lot, Juliano Caldeira s’en sort presque toujours (du kitch) par la violence et l’ironie (comme Katharina Ziemke s’en sort aussi, mais pas toujours, par l’outrance chromatique).

Alors, « la rencontre », un diptyque amusant de Juliano Caldeira, qui d’un geste parfaitement classique, vient jouer frontal avec « la rencontre » de Courbet.

Passé l’ironie, on pourra penser à un discours simpliste et réactionnaire, mais le surjeu des personnages et l’agressivité de celui qui, dans la peinture de Courbet, représentait le peintre lui-même permet de se méfier d’une interprétation trop rapide. 

Et depuis ce tableau de 2009, entre réalisme et onirisme, référence classique et emprunt aux distorsions vidéo et numériques, le travail de Juliano Caldeira s’est fortement déplié et ses dessins, en particulier, sont très beaux.

 

Invisible Alice Martin de Voos

Ce matin, il me vient l’idée saugrenue de trouver des traces visuelles d’Alice Martin de Voos (née Marie Françoise Genet), cette dessinatrice de la fin du XIXe siècle qui a la particularité d’être la tante de Jean Genet. Outre la confusion possible avec Martin de Voos (ou Maarten de Vos), peintre flamand de la fin du XVIe qui lui apparaît facilement, pour cette artiste qui a participé au salon de 1888, les moteurs de recherche ne donnent rien. La fiche Wikipédia existe, maigre et non illustrée.

Il est parfaitement possible que la carrière artistique d’Alice Martin de Voos soit dérisoire et que ses images ne soient pas particulièrement remarquables, mais il y a tant de médiocres répertoriés sur le web que c’est toujours étrange de « ne rien voir »…

Mais je suis têtu, et donc, je la trouve page 18 du N° 1879 d’avril 1893 du Monde Illustré. La version gravée d’un de ses dessins d’illustration de presse, conforme à ce qui se faisait à l’époque.

Et toujours sur Gallica, une gravure encore, avec le dessin atribué » à « De Voos » sans certitude…

C’est bien maigre, et pas facile d’en penser quoi que ce soit, mais pour un début, c’est déjà mieux que le vide premier des résultats des moteurs de recherche…

Et ça ne pèse rien face à la déferlante réjouissante des images de son pornocrate de mari, Martin Van Maele !

 

Sarah Merhej & Lisa Frühbeis - Photo Alain François

Sur mon pictorialisme

J’ai pris en photo Sarah Merhej & Lisa Frühbeis dans leur atelier commun. Le dernier jour d’atelier pour Lisa, qui commence à décrocher ses planches en chantier de la table à dessin et du mur métallique.

Et je poste cette photo sur facebook le 21 septembre 2017…

Mes photographies fantômes, de ces images mentales mouvantes, incertaines, qui viennent jouer avec mon regard présent, sont de sources diverses. Il y a, bien sûr, des références à des esthétiques convenues de l’Histoire de la photo. Mais je lorgne souvent vers le photogramme et donc le cinéma, et sur ma culture majeure d’origine : la peinture. Et il faudrait ajouter des sources secondaires d’imageries, mineures, et souvent considérées comme vulgaires.

Mais oui, je crois que je suis souvent pictorialiste. Dans le sens où j’aime parsemer les images de clin d’œil à la « grande peinture » qui a ses tics et ses codes comme toutes les imageries. C’est peu relevé, mais de temps en temps, comme là, par l’œil affûté de Fabrice Neaud…

 

Alfred Kubin, victime de la dictature de la réception

Juste avant la tornade de paranoïa collective qui s’est abattue sur les campagnes [électorales] de mon petit pays, je pensais à quoi, déjà ? Ha oui, je venais d’extraire de ma bibliothèque et reparcourir trois petits fascicules d’Alfred Kubin, le dessinateur autrichien, édités par Allia en 2007 : « Le cabinet de curiosité », « le travail du dessinateur » et « ma vie ». Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment lu « ma vie », donc « sa » vie.

Je ne peux pas dire que j’ai une passion particulière pour Alfred Kubin, dessinateur que je classais instinctivement comme « symboliste tardif », ou pour être plus indulgent, coincé entre « symboliste tardif » et « précurseur du surréalisme »… Un artiste de transition en quelque sorte, coincé entre deux époques, coincé entre deux siècles… La lecture de sa vie, texte rapide mais informatif, m’a permis de préciser mon jugement et m’a, du même coup, provoqué quelques réflexions d’ordre plus générales. Read More →

Temps mort

Je voudrais, j’aimerais, juste, un peu, que vous arrêtiez de mourir autour de moi.

Ce matin, la cérémonie, c’était pour Marcelle, cousine et prof d’histoire géo, la première qui m’a emmené dans un théâtre parisien (me souviens de presque rien, ni du nom du théâtre, ni de la pièce, juste qu’il y avait « des acteurs comiques qu’on ne voyait qu’à la TV » et que les sièges étaient lilliputiens, que même enfant mes genoux ne logeaient pas alors que je suis pas franchement grand) qui m’a fait visiter les catacombes, qui m’a perdu dans un grand magasin parisien (lequel ?) (Parce que je suis agoraphobe, trip psyché, saturation d’infos, perte de repère, angoisse), qui m’a fait enfin prendre le métro et fait découvrir qu’on m’avait menti depuis toujours, que les Parisiens étaient aimables et serviables, au contraire des connards suffisants de ma petite ville de province, qui voulait absolument une peinture de moi, alors je lui avais réalisé une petite gouache vaguement inspirée des paysages toscans…

Celle-là. C’était son tour, ce matin.

Donc, pose ! Continuez tous à vivre, au moins jusqu’au grand final collectif, s.v.p. ! ça me permettra peut-être de remonter la pente, de retrouver une motivation, de trouver pourquoi ou comment juste continuer…

Un chemin

En 1992, avec Fabrice Neaud, nous avons réalisé ce qui reste sûrement la plus étrange commande de notre vie : un chemin de croix pour une église moderniste d’un quartier d’Angoulême. La commande était ferme, correctement financée, et personne ne nous demandait d’adhérer à l’usage religieux des peintures. Ce qu’on attendait de nous, c’était un regard actualisé de jeunes gens sortants neufs d’une école des beaux-arts. Read More →

J’ai abandonné…

la peinture qui m’a changé,

J’ai abandonné Monet et Kirchner, j’ai abandonné Zurbaran, Cézanne et Picasso, j’ai abandonné Bonnard, j’ai abandonné Gainsborough, j’ai abandonné… Oui, j’ai abandonné Chardin, oui… et même Fragonnard, j’ai abandonné Freud, Van Dongen, Tapies, et la repro délavée de Gauguin de mon père, j’ai abandonné Grosz et Goya Goya Goya, j’ai abandonné mon vieux livre d’enfant sur Léonard… j’ai abandonné Ernst, Rauschenberg, Soulage, Malevitch et Duchamp… Hésitation… oui, Duchamp, j’ai abandonné Fautrier, beckmann, Giacometti, Dufy et même Louise… j’ai abandonné tout, comme si, après avoir traversé mon corps, tout était parti en poussière par les pores de ma peau.

J’en suis lavé, comme s’ils n’avaient pas fait partie de ma vie, jamais.

M’en voulez-vous ?

Grande scène de mort

[Cet article était préalablement publié sur www.leportillon.com en date du 5 avril 2008. Mais il datait de l’automne 2006, si mes souvenirs sont bons… sa date de publication ici est le 6 mars 2013. Mais il est antidaté pour ne pas parasiter le flux]

Vous connaissez Max Beckmann ?

À la sortie de l’adolescence, je me suis pris d’une passion pour les expressionnistes allemands. Leur peinture représentait pour moi une sorte de quintessence de la peinture. Une toile ne pouvait être expressionniste qu’en étant la trace d’une énergie picturale pure, paradoxalement moins maniérée que dans l’abstraction, car la représentation brutale obligeait la forme sans échappatoire vers un quelconque esthétisme. Les toiles les plus crûment picturales ont été produites par ces gens-là, à cette époque-là, dans la broyeuse des deux grandes tueries mondiales. Read More →

L’essai à l’état gazeux

Sur « l’Art à l’état gazeux » d’Yves Michaud, Hachette Littérature.

À la manière de l’auteur, je me suis tenu à une discipline de fer : ne citer personne, rester dans le plus grand vague, celui de l’opinion gazeuse.

Souvent, les commentateurs de l’Art contemporain sont durs avec lui, et ne se trompent guère sur la description qu’ils en font. Leur erreur à peu près générale concerne plutôt l’art du passé, qu’ils fantasment et imaginent d’après un ensemble de poncifs dont on n’arrive pas à les décrotter. Ainsi, le livre d’Yves Michaud « l’Art à l’état gazeux » est exactement le genre de livre que j’attendais depuis longtemps sur l’Art de la fin du XXe siècle : la tentative d’une histoire sous l’angle ethnographique, qui dessine un paysage historique pour ce temps proche, mais traité « comme un autre temps parmi les autres temps », contrairement à ce que je lisais si souvent, dans d’autres textes qui semblaient imaginer ce temps trop proche pour faire histoire. Read More →

Le Muscle Carabine état second

Le muscle carabine est un superbe graphzine géant, format 30X40, sur papier fort, qui présente plein pot les dessins ou peintures d’obsessionnels contemporains. C’est United Dead Artists, le truc de Blanquet, qui est l’autre éditeur français (avec Le Dernier Cri) de l’amical des obsessionnels mondiaux. La couverture de ce N° 2 est de Daisuke Ichiba, l’un des pontes de l’ero guro actuel, et ensuite, Pascal Doury, Namio Harukawa, Robert Crumb, Blanquet, Rémi, Aurélie William Levaux, David Sandlin, J.Rosen, Chris Hipkiss, Gilles Berquet, Mïrka Lugosi, Francesco Defourny, Mimiyo Tomozawa, Placid, Bruno Richard, Lolmède, Xavier Robel & Helge Reumann, Frédéric Fleury, Blex Bolex.

C’est un objet rare, pas du genre à se jeter après consultation. Notable, deux pages du regretté Doury, un immense dessin sur deux pages, en 40×60 donc, de Lolmède (j’adore Lolmède !), le toujours impeccable Placid et une superbe double page de Bruno Richard (extrait en vignette).