Les photos de Paul #2 : une romance

L’été dernier, j’ai consulté et scannérisé les archives photographiques que mon grand-père paternel à la suite de la mort consécutive de quelques membres de ma microscopique famille. Ce grand-père fut toute sa vie un photographe amateur parmi tant d’autres. J’ai entrepris d’écrire de petits articles sur ce fond de photographie familiale. Le premier post sur le sujet :

Les photos de Paul #1 : une passion familiale

La romance

 

Le contexte : Ma grand-mère habite en Moselle, une petite ville qui enjambe la frontière entre la France et l’Allemagne. En 1937, naît le projet de déplacer les populations d’une « zone rouge » en cas de conflit avec l’Allemagne. À partir du  2 septembre 1939, 374 000 alsaciens et mosellans ont dû quitter leur maison en emportant chacun 30 kg de bagages et 4 jours de vivres.

La famille de ma grand-mère est placée dans un train (historiquement, ça commence le 24 août 1939) en direction du sud-ouest de la France. La mythologie familiale raconte que mon arrière-grand-père en a marre avant la destination finale et ils s’arrêtent dans le nord de la Charente. Ils sont placés dans un logement dans un village aussi petit, austère que misérable. Ma grand-mère, adolescente, rencontre un garçon de ferme, un orphelin placé là par une institution religieuse qui s’est enrôlé dans l’armée avant même la guerre, pour s’enfuir. Ce garçon de ferme a de son enfance une passion pour la photographie et la lecture

Après la signature de l’armistice, en juin 1940, les Allemands exigent le retour des évacués. Le 19 septembre 1940, la famille de ma grand-mère repart vers la Moselle. Entre temps, de permission en démobilisation, une idylle s’est nouée.

Entre la fille déplacée :

Et le garçon des champs enrôlé :

La veille du départ, le père de ma grand-mère offre une photo de sa fille à mon grand-père, ce qui montre que ce dernier a été rapidement « adopté » par cette famille exilée. C’est une photo qui date de quelques années, déjà, une photo de studio, largement retouchée, peau lissée, contour et yeux redessinés, selon l’usage du moment.

 

Entre août 1939 et septembre 1940, une guerre mondiale, et une simple histoire d’amour, dans un village perdu…

 

La petite famille frontalière, qui n’a jamais su si elle était française ou allemande, repart en Moselle le 19 septembre 1940. Ils seront restés quelques mois dans le nord de la Charente, juste le temps de nouer des liens indéfectibles. Et ma grand-mère ne supportera pas longtemps d’être séparée de son fiancé. Elle a raconté une seule fois, 3 ou 4 ans avant sa mort :

« Mon père était très moderne. Il nous laissait “fréquenter” (elle et sa soeur), et quand j’ai voulu repartir, il a accepté que je traverse la France toute seule… je suis parti en train, avec une petite valise. Mais à un moment, un groupe de soldats allemand est monté dans le train. J’étais assise en face d’un vieux soldat allemand. Il a vu la patrouille, et m’a dit “n’ai pas peur. Je vais leur dire que la valise est à moi, sinon, ils vont te la voler”. Et c’est ce qu’il a fait. Et j’ai gardé ma valise, sinon, c’est vrai, ils volaient tout ! »

Le selfie raté

Pour moi, la surprise est double : découvrir une véritable histoire d’amour et en trouver autant de traces dans les photographies, au point, aujourd’hui, de pouvoir reconstituer sa chronologie.

L’histoire que racontait la famille était celle-ci : mes grands-parents paternels se sont rencontrés pendant la guerre, et ma grand-mère avait eu le choix entre partir vers le front comme infirmière ou se marier avec un militaire, mon grand-père… Une histoire peu romantique, mais assez romanesque.

Version peut-être corroborée par ces photos, sans que je puisse les insérer avec certitude dans la chronologie :

Mais des autographes manuscrits bienvenus, sur quelques photographies, racontent une tout autre histoire, bien moins pragmatique que le récit familial :

Alors que la France est occupée, tout va très vite. Il n’y aura pas de mariage en blanc. On s’habille avec ce qu’on a, et on se réunit avec ceux qui restent. Alors que la rencontre est documentée de manière très romantique, il n’y a pas de photographie de mariage identifiable.

J’aborderais la guerre de Paul dans un autre chapitre. C’est le temps des tickets de rationnement. Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère était encore remontée contre le trafic des autorités, autour de ces tickets, dont les plus démunis se faisaient largement spolier.

 Mon père naît le 29 juin 1942, il a donc été conçu en octobre 1941.

Ensuite, la suite (le couillon au chapeau, c’est mon père) :

 

 

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