La guerre de Ludwig

Cet article est référencé dans : égotisme, photographie

Donc, Ludwig habitait le Reichsland Elsaß-Lothringen. Pendant la Première Guerre mondiale, il était allemand. On me racontait qu’il avait été blessé (au centre sur la photo de groupe d’un hôpital militaire de Sarrebruck), qu’il avait « failli perdre une jambe », ce qui ne se voit pas, qu’il serait « rentré à pied sans prévenir », s’appuyant sur un bâton, et qu’il jetait des cailloux aux fenêtres de mon arrière grand-mère pour signaler son retour. Il y avait aussi des histoires de camp de prisonniers, mais mes souvenirs sont trop flous. Pas simple de retrouver une chronologie cohérente entre photographie et mythologie familiale.

Ce qui est étrange, pour moi, c’est de découvrir maintenant ces images, d’y trouver confirmation des histoires contées pendant les repas familiaux, mais de devoir réajuster le personnage que je m’étais construit. Pour moi, ce grand grand-père était une figure de bon vivant, un énergumène qui faisait tout le temps des blagues, voire de très grosses blagues. On me racontait des histoires de charrette de fumier démontée et remontée au faîte d’un toit alsacien, de vendange et vin clandestin, et je découvre un gars facilement reconnaissable, car quel que soit son âge, il a toujours la même expression fermée sur toutes les photos. Un gars sec, au visage austère, qu’on n’imagine pas vraiment drôle.

Comments ( 2 )

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  2. / Les photos de Paul #2 : une romance | BONOBO
    […] le 24 août 1939) en direction du sud-ouest de la France. La mythologie familiale raconte que mon arrière-grand-père en a marre avant la destination finale et ils s’arrêtent dans le nord de la Charente. Ils […]

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