écritures

Se contredire

Ceux qui écrivent en secret ne connaîtront jamais les voluptés du blog, de cette manière d’inscrire son temps mental sur une timeline numérique, d’en assumer l’indécence, oui, mais aussi les incohérences, les répétitions cycliques (on découvre ses mécanismes de répétions et d’oublie, ses cycles dépressifs saisonniers par exemple), et on doit y assumer sa capacité à se contredire. 

Cet exercice est salutaire, sans compter qu’il oblige à se confronter en temps réel avec son écriture. Et en général, une écriture, on en a qu’une, et on ne l’a pas choisi. 

 

Autour de la robe de mariée de Marguerite Sirvins

Autour et sur « La robe de Mariée », texte de Katherine L. Battaiellie, aux éditions Marguerite Waknine

J’ai encore lu un cahier des éditions Waknine. Pourtant, ma liste de lecture est toujours aussi longue, et dernièrement, je retrouve ma vieille manie des « livres en chantier ». Mais voilà, ces petits cahiers m’attirent. En particulier les textes rares qu’ils exhument (ma lecture d’In Abstracto d’Urmuz).

Instinctivement, je cherchais dans leur catalogue à renouveler ma bonne expérience de lecture, et m’arrêtais très vite sur deux de la collection « livrets d’art » : « La vie des Basiles » de René Daumal, pataphysicien, et « La robe de Mariée » de Katherine L. Battaiellie. Je savais aussi, à je ne sais quoi, que je lirais le second en premier. Intuition confirmée par la lecture des premiers mots. Zou ! Read More →

François Darnaudet - Photo Alain François

François Darnaudet, le molar

Visite éclair de François Darnaudet le Molar (« Les motards du polar » club des motards écrivains de polar), d’un coup de moto, le temps d’avaler un croque-madame et boire un p’tit noir… et de causer tranquille. Nous évoquons ses années « Gore » quand il s’y était adonné (l’un de ses romans a été réédité deux fois depuis l’époque, sous des titres différents chez des éditeurs différents), et comment il restait un groupe de 200 fans du genre, chiffre semble-t-il incompressible…

Je me souviens de l’arrivée du gore, à la fin de mon  adolescence, et c’était trop tard pour moi. Je n’en ai pas, ou peu lu, je crois. Pourtant, souvenir d’en avoir tenu entre les mains, des couvertures, de cet étrange logo de genre… et c’est tout.

François en a écrit, mais dit-il «les amateurs trouvaient que je n’y mettais pas assez de cul». Oui, le gore c’est sang et cul. Et rien d’autre en fait !

Pour rester dans le ton, un portrait trashouille, limite charge…

Profil noir de François Darnaudet - Photo Alain François

Dans le con d’Irène

Je suis chagriné, presque honteux de n’avoir lu « le con d’Irène » de Louis Aragon que maintenant. Surtout que ce con-là, j’ai l’impression de le connaître depuis toujours (et je pensais même l’avoir déjà dans ma bibliothèque).

Non, et jamais lu. Pourquoi ? Pas croisé. Pas croisé, simplement.

Aucune importance, l’injustice est réparée, et peut-être est-ce mieux, car je ne suis pas sur d’en avoir goûté tous les sucs, plus jeune. En particulier la motivation passionnelle, de celles, des passions, qui font pondre des phrases comme ça.

Car quelle surprise ! Le con d’Irène, texte maudit parmi les textes maudis, caché, censuré, au titre tronqué du con par Régine D., renié par Aragon, enfin suffisamment vieux pour paraître sans heurt en 2000 seulement, c’est-à-dire 74 ans après son écriture, n’est pourtant pas un texte érotique (mais le scandale n’était-il pas dans ces deux portraits de femmes qui se comportent en tout « comme des hommes » ?). Ce n’est pas un texte de genre, mais juste, simplement, tranquillement, un pur chef-d’œuvre de la littérature. Une merveille d’écriture sensible et sentimentale. Quelle force et quelle beauté dans ce con-là !

Au passage, cette parcelle qui vaut pour le tout (d’un inachevé et refoulé grand roman), le vaut doublement, puisque, d’une certaine manière, bien d’autres suivants sont entier contenu dans ce texte supérieur.

Pour la route :

« Un grand vent qui sortait de la mer creuse et noire, qui sortait de la mer pleine de noyés nus, un grand vent souleva, gonfla, le rideau de percale avec un bruit de ris soudain dans le hunier. On avait vu de mauvaises mines sur la route : visages de poussière, coléreux. Une nuit surnaturelle prend tout à coup le pays à la gorge des collines salées aux bas-fonds des marais où erre on le sait trop le feu grisou qui je le jure est l’âme revenante des enlisés ou pour être juste et rapporter l’opinion commune à tous ceux qui pensent avoir secoué à jamais le manteau souris des superstitions la combustion inexpliquée et détonante du gaz méthane des tourbières, et il n’y a pas là de quoi s’inquiéter, même à la nuit, même à la nuit surnaturelle qui s’abat soudain vers les quatre heures des bocages bleus aux combes humides, alors qu’il rôde quelque part un homme, magnifique à en croire le voiturier de retour de la gare, sous les premières gouttes larges de la pluie et dans le désordre des herbages frissonnants de la panique prévoyante des insectes. »

 

Si j’avais de l’argent… l’édition originale avec les illustrations d’André Masson, oui

 

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En attendant

Quoi ?

Je ne sais pas, mais j’ai repris mes lectures du petit déjeuner. Certains écoutent la radio. Je ne sais pas faire ça. Et je lis « Le Tramway », de Claude Simon, avec un certain… soulagement.

Je sens bien comme je n’ose avouer, par sympathie pour l’écrivain, comme j’ai été contrit par ma lecture des trois Vernon. Comment j’avais besoin de retrouver une écriture qui investit quelque chose dans l’écriture, et pas dans ce que ça raconte. Car je m’en fous, de ce que ça raconte ! T’imagines un amateur de peinture qui te dit « moi, ce que j’aime, c’est les Arlequins, en peinture ! » (Mais pas plus « les madones », « les bords de mer », les…). Non, le sujet, on s’en fout, évidement, ce qui compte, c’est le traitement. Le sujet, quel qu’il soit, est porté par le traitement. Ou pas…

Et pour me laver de l’inconstance et des catastrophiques effondrements de l’écriture de Despentes, j’ai ressenti le besoin de me plonger dans un bain d’une autre envergure.

J’ai trouvé une écriture-chant, enfin.

Oublier d’écrire

Ce que ça veut dire.

S’en souvenir en lisant Archipel et Nord de Claude Simon. Parce que je repousse depuis des années la lecture des Géorgiques : « pas le temps ».

Devoir accepter cette frustration, à la lecture des trois Vernon Subutex de Despentes. Cette cruelle absence. Ce malaise devant quelque chose comme une naïveté coupable. Et cette absence. Cette écriture sans quelque chose.

Pink Pieles

Vu ce soir, « Pieles », le conte rose-bonbon d’Eduardo Casanova, jeune réalisateur espagnol. Ce n’est pas un grand film, mais encore une « première œuvre curieuse » et déjà un amusement. En espérant qu’il confirme, car oui, les réalisateurs finissent mal, en général…

À suivre. Et d’ailleurs, facile à suivre sur Instagram :

 

L’envie d’écrire

L’envie d’écrire me prend indépendamment du contexte. Depuis toujours. J’ai souvent cette gentille propension à confirmer la parano superstitieuse qui me susurre que j’ai toujours envie quand je ne peux pas, empêché par le temps, les tâches ou la fatigue… mais c’est faux. Il y a souvent des moments ou j’ai envie dans un joli vide devant, et ou je peux écrire à souhait… pas comme maintenant, où j’ai envie, de l’une de ces envies de fond de gorge qui confirment les ricanements des psychanalystes, alors que je dois m’éloigner de mon clavier…

(Au passage, la surprise de ces dernières années, c’est que cette envie se soit déplacée sur la photo, parfois…)

Ce matin, il pleut

Et ce matin, je lis « Poème de l’amour« , de la Comtesse Anna de Noailles. Celle qui, paraît-il, a provoqué le suicide d’un poète.

Pourquoi la lire ? Je ne sais pas. Sérendipité. Poésie descriptive, précise et souvent inspirée, mais déjà plus dupe d’elle-même, une lettre d’un amour désenchanté. Oui, mais pourquoi, en vrai ? En vrai, je suis tombé au hasard du feuilletage d’un de ses livres sur une citation amusante. Je la perds. Pense à autre chose. Y repense et la recherche. Elle démontrait toute la lucidité d’Anna de Noailles (cynisme parfois) qui par contraste, accusait d’autant la naïveté de l’écrivain NRF cité quelques billets avant.

ne la retrouvant pas, je lis le livre et note ce qui passe :

« J’observe aux confins du vertige
La stupeur de ne pas mourir »

Et

« Et si ton hésitant, faible et modique orgueil
Ne peut s’accommoder de l’animale flamme,
Moi, du moins, j’eus le droit de voir périr des âmes
Pour les lèvres, les bras, les noirs cheveux et l’œil ! »

Ou

« Les mots sans qu’on les craigne ont d’effrayants pouvoirs »

Des tons de confidences

« Tu sais, je n’étais pas modeste,
Je n’ignorais pas les sommets
Où je vivais, puissante, agreste,
Rêveuse, universelle, — mais »

J’aime aussi

« Jette vers moi ce qui t’encombre »

Ou

« Et j’ai fait avec ton ennui
Un étrange et mystique pacte
où tout me dessert et me nuit ; »

Ou

« Morte mille fois d’avoir bu
Tous les poisons dans ton silence… »

Et étrange, orpheline

« Tu as tué mon enfance ! »

Ou

« Je ne veux pas mourir avant
de t’avoir trouvé moins charmant… »

Ou

« Tout est brutal et froid. — Toi seul es un mystère,
Puisque la mort n’existe pas!… »

Ou

« — Je sais la coalition
L’alliance, la connivence
De ton regard sans passion
Et de ta lèvre qui avance. »

Et

« Plaignons les heureux, il faut
Qu’ils apprennent à mourir ! »

Ou

« Moi, j’attend que ta beauté passe… »

Ou

« Notre énigme est notre confidence… »

J’aime beaucoup le

« Je ne peux pas être attentive,
parce que j’ai déjà compris !… »

Vers la fin

« Méprisable et divin miracle du baiser ! »

Et

« Songe, ô futur cadavre éphémère merveille,
Avec quel excès je t’aimais! »

Les arbres

En glissant le long du paysage, les arbres se perdant dans l’atmosphère fermée de l’automne, je me suis souvenu que j’avais beaucoup aimé Corot.

Et je me rendais compte, enfin, que je l’aimais encore.

Dans la nuit

Au dessus de ma tête, au dessus du béton, le cri des grues, l’annonce d’une saison.

langue des oiseaux

Lundi :

suivant la grève, l’océan, rattrapé, doublé par une nuée de mouettes rieuses. Plus rapides que moi.

Dimanche :

Une autre nuée joueuse au dessus de mon ordinateur. Me surprend à suivre des yeux, à me tordre pour identifier. Est-ce des martinets ? Manière de jouer, manière de plonger là, derrière le bâtiment. Brusque émotion réprimée.

quand le ciel est blanc

Toucher les bords du vide, les explorer du bout des doigts, quand le ciel est blanc.

Accepter.

La boucle selon Claude Ollier

« L’enfant enhardie faisait maintenant le tour de la maison, expérimentait le cercle, retrouvant interloquée son parc sous le citronnier où elle l’avait quitté l’instant d’avant, un soir un peu plus tard bouclant de nouveau le cercle et découvrant une autre lune. Ainsi, les génies du lieu raccordaient devant elle petit à petit les pans d’espace, ajustant pour ses yeux les dons de perception et de rappel. Pour son oreille aussi, et ses doigts rompus aux qualités des matières. Ces retours l’intriguaient, elle s’immobilisait parfois, répétait un geste, sa mémoire se modelait aux plis du vieux rituel. »

 

Prison esthétique

Le moteur esthétique est si puissant chez les poètes que Verlaine était heureux d’être dans une belle prison.

Les prisons de Verlaine

Oui, c’est la rentrée littéraire, alors, puisque malade, je passe par quelques textes annexes de Daniel Defoe, Théophile Gautier, Paul Verlaine et quelques autres, accessoirement, largement rebuté par mes tentatives de jetage d’œil dans l’océan contemporain.

Aujourd’hui, « mes prisons » de Verlaine, qui passe ici comme une parodie du genre. Je ne suis pas sûr de relire sa poésie (laissons mon adolescence morte et bien morte), mais il est là parfaitement drôle, dans ce compte rendu rapide de sa relation à l’incarcération, des punitions de l’école à ses vraies prisons, qui bien sûr, injustes, ne lui sont pas dues à son caractère de con. Évidemment !

Assez drôle, deux ans avant sa mort, comme à la fois il se moque de lui-même, de sa conversion passagère, de sa rédemption relative, et élude où minimise ce qui le gêne, tranquille, comme son homosexualité et les raisons vraies de ses arrestations. Après tout, il n’a fait que tirer sur Rimbaud, tenté plusieurs fois d’étrangler sa mère et s’emporter contre n’importe qui et n’importe quoi, de manière si discrète que la maréchaussée s’en mêle toujours. Oui, il est drôle, ce Verlaine, quand il cesse d’être chanté.