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Protégé : Visite du nouvel atelier d’Amruta Patil

Rendez-vous pris lundi 27 aout 2018, 16h, je descends de la ville haute pour aller visiter le nouvel atelier d’Amruta Patil.

Amruta Patil est une autrice indienne qui est initialement venue à Angoulême pour une résidence à la maison des auteurs en 2009, a rencontré un garçon, s’est mariée ici et a acheté une maison.

Comme elle me l’a signalé, elle n’a jamais eu l’intention de rester en France. C’est la rencontre amoureuse qui a changé ses projets.

Elle a aujourd’hui épuisé son temps de résidence possible à la Maison des Auteurs (4 ans). Elle n’a pas trouvé les conditions de travaille qui lui convient dans les ateliers Magelis : Marquis, Gratin, et 107.

Elle a donc cherché à créer, comme Julie Maroh avant elle, un atelier collectif privé. Elle a trouvé une pièce à louer avec une autre autrice, Claire Fouquet (qui travaille dans l’animation et donne des cours à l’EESI), dans une petite maison du XIXe siècle, proche du fleuve et proche du centre des entreprises de l’image et des institutions de l’image.

Cette maison très bien tenue appartient à un musicien qui ne l’habite pas. C’est une maison de famille que ce musicien a reconvertie en lieu « de création ». La maison est étroite, un escalier en bois dessert les étages à gauche, et les pièces se distribuent à droite. Au rez-de-chaussée, une pièce « commune », derrière une cuisine ancienne, et un jardin d’hivers en mauvais état donne sur le jardin, typique de ce quartier, très étroit et en pente vers le fleuve. Dès l’entrée, il faut enlever ses chaussures. Le sol est en vieux parquet très bien entretenu (j’apprendrais qu’une femme de ménage passe régulièrement).

Amruta partage avec Claire F une pièce carrée du premier étage, très saine, pourvu de deux fenêtres donnant sur le sud. Amruta occupe le fond de la pièce l’orsuq’on rentre, et Claire devrait occuper l’avant, derrière la porte. mais, me signale Amruta, Claire, toujours en déplacement ) l’étranger, n’est jamais là.? Amruta est donc seule à travailler dans cette pièce atelier.

Elle y a installé, au centre du mur du fond, une table de travail avec une traditionnelle lampe de bureau articulée, des feuilles de papier, sur la table et au mur, du matériel traditionnel. À gauche, une armoire très modeste sert de bibliothèque. À droite de la table, une petit meuble ancien présente quelques livres en indien et en anglais et des outils. Et à la droite de cette petite tablette étroite, le long des fenêtres, elle a disposé des tapis et coussins. On comprend que c’est l’endroit, au sol, ou elle se repose et lit des livres. C’est simple, dépouillé, rigoureux, mais harmonieux. L’atmosphère de la pièce est lumineuse et sereine.

L’espace de travail potentiel de Claire est très différent : Cintiq neuve, ordinateur, indique une manière de travailler plus technologique. Mais rien n’est installé.

Les deux colocatrices payent chacune 60 euros cette chambre carrée qui ne doit pas excéder les 6X6 mètres. C’est relativement cher si l’on compare aux tarifs des ateliers « subventionnés ».

Amruta me fait visiter la maison. En sortant de son atelier, porte sur la gauche, des toilettes et une douche commune. Nous montons discrètement au dernier étage. D’une petite pièce fermée, de la musique : « Le stagiaire du musicien travaille ici « . Ensuite, tout le reste de l’étage est pris par un dojo animé seulement le mardi de 18 h 30 à 20 h, par une « association respiration » et un maître au nom japonais de « katsugen-undo ».

je ne fait qu’entrapercevoir la longue pièce commune du rez-de-chaussée. Amruta me signale qu’elle n’y a jamais mis les pieds. On se croirait vraiment chez quelqu’un, et j’aperçois même un portable Mac ouvert sur une table basse. Le long de l’escalier, un banc de bois, couvert de courrier. Dessous, des chaussures. On se croirait vraiment « chez quelqu’un » ayant des codes « bourgeois modestes », avec cette touche de rustique et de faux laissé aller qu’on nomme bohème.

La cuisine est tapissée de petit carraux carré de faillance fleuri, « dans son jux » disent les brocanteurs. mais les appareils sont modernes et elle fonctionne. La maison, « presque vide », semble calme et accueillante. On sent bien qu’on peut s’y poser, travailler en toute quiétude, prendre une douche, se faire de la cuisine, et préparer un thé.

L’espèce d’appentis, jardin d’hivers en mauvais état présent une surpris : un bain japonais, qui semble avoir quelques décennies, recouvertes d’une bâche. Un petit bouddha en pierre brute est posé en bas à droite de la porte sur le jardin.

Ce dernier est semi-entretenu, encore une fois, selon des codes bobos, Impression tropicale, accentué par une marre, construction ancienne, peut-être lavoir ou puis… Je n’ai pas identifié. Cette mare abrite quelques poissons et une tortue.

Je n’irais pas jusqu’au fond du jardin. Amruta s’arrête et m’indique le fond, derrière la végétation : « après, c’est le studio d’enregistrement du propriétaire. »

Conversation :

Donc, Amruta me raconte qu’elle n’a jamais eu l’intention d’habiter en France. Elle venait juste pour une résidence. Elle y a rencontré son ami, et elle est aujourd’hui, à ma connaissance, la seule autrice qui s’est mariée à l’Hotel de ville d’Angoulême : « un hôtel de ville plus beau que bien des églises » dit-elle, et “Mais c’est pour les papiers ! Je ne tiens pas à l’institution du mariage ».

“Mais tu vis quand même pratiquement à mis temps chez toi, non ?”

« Oui, je passe plusieurs mois par an en Inde. Je suis presque inconnue comme auteur en France. Mes livres ne se vendent pas ici, et les derniers sont même très mal édités. Problème d’impression et de choix de papier… Pour le dernier, il n’y a même pas de traduction française, parce que je suis en guerre avec l’éditeur… J’espère que tout va s’améliorer pour le prochain !”

Elle m’avait déjà raconté qu’en Inde, elle avait une vie d’écrivain invitée dans les salons de littérature générale, car le milieu du roman graphique et de la BD y est inexistant.

« Tous mes livres sont du même format (graphic-novel), parce que j’aime bien, mais surtout à cause des rayonnages des librairies indiennes : il n’existe pas de grands albums comme ici, alors si tu veux être présent dans les librairies, tu dois rentrer dans un format littérature ».

Portrait : Jean-philippe Martin

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Jean-Philippe Martin, Directeur de l’action culturelle de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, dans son bureau. Jean-Philippe Martin est aussi critique, essayiste, commissaire d’exposition et intervient en France et à l’étranger sur l’Histoire et l’esthétique de la bande dessinée.

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