sociologie

Thomas Mathieu - Photo Alain François

Portrait : Thomas Mathieu

En général, je ne connais pas le travail des gens que je rencontre. Je découvre la personne, et ensuite je trouve (a minima) civil de me pencher sur ses productions artistiques ou livresques. Parfois, une exception, comme Thomas Mathieu que j’ai rencontré la semaine dernière. Thomas Mathieu, c’est l’homme du “Projet Crocodiles”, un tumblr dans lequel il publie depuis quelques années des témoignages de « harcèlement et de sexisme ordinaire » qu’il met en scène en bande dessinée. Et j’avais lu quand ses planches étaient devenues virales.

Déjà, la bande dessinée de reportages est relativement rare [Elric me signale au passage que depuis une quinzaine d’années, ce n’est plus vrai] mais il est encore plus rare que l’auteur s’efface derrière le témoignage. 

Je découvre à l’occasion de ce post que le Tumblr est maintenant dessiné par Juliette Boutant. Ce passage de flambeau pointant bien à la fois la modestie de la démarche (porter les témoignages sans sur-écriture excessive), et même son côté “d’utilité publique”, qui là, pour le médium, est plus que rare.

Car on est très loin, ici, de l’insignifiance de la presque totalité de la production livresque (et j’englobe ici littérature et BD) ou de la putasserie de la production pseudo-sociétale habituelle. Le dispositif qui a été beaucoup discuté est malin, simplifiant, effaçant l’anecdote pour se focaliser sur les situations, donnant aux témoignages singuliers une dimension universelle. Si universelle que la réception est souvent violente. Pour l’écriture de ce tout petit billet, je suis passé lire un article d’un grand journal, et par faiblesse, j’ai glissé vers les commentaires. Je suis peu armé contre l’insondable de la connerie humaine, mais c’est à la mesure des réactions qu’on peut estimer la pertinence du propos de ce “projet”. En effet, souvent, en lisant, “on” (moi, comme “les autres”), ressent un malaise. Mais ce malaise est salutaire, il rappelle qu’on ne doit jamais imaginer détenir la vérité morale d’une situation à l’aune de son unique perception.

Évidemment, ce dispositif très simple, s’il apporte de la lisibilité aux situations, a les défauts de ses qualités. J’ai rencontré des femmes crocodiles, par exemple, et il y a un horizon hygiéniste qui peut produire des législations perverses. Mais il ne faudrait pas confondre l’anecdote avec le système et les effets pervers de la manière grossière de gérer politiquement le problème avec le problème. L’oppression sur les femmes est massive. Et encore partout, la dissymétrie de destin est absolue (sujet esquissé ici, à propos de « La vie domestique » d’Isabelle Czajka).

Ce travail de compilation des témoignages, qui met au jour une montagne de non-dits, de souffrances tues, d’adaptation bricolée à des situations perverses, est absolument salutaire, comme à chaque fois qu’on perce un abcès. C’est rarement beau dedans, ça pue, mais ça soulage. 

[Bon, le titre du billet est foireux. Je voulais juste poster un portrait photo…]

Et tiens, je devrais ajouter “Les Crocodiles” (au Lombard 2014) à ma vieille liste hautement perfectible :

Le rapport au réel – Bibliographie BD 2

 

 

Pauvres zombies !

J’avais bien noté, et ceci, depuis une bonne grosse décennie, que le Zombie était de retour au cinéma, mais que ce Zombie-là, en apparence old style, n’avait plus grand-chose à voir avec celui de George A. Romero.

En général, pour faire le malin et racheter la daube, l’intello franchouille t’explique que l’original, le Zombie de Romero, est une métaphore du consommateur moderne, esclave volontaire de « la société de consommation », et pourquoi pas, de « la société du spectacle ». OK, donc, le Zombie c’est l’homme moderne asservi par le mode de vie moderne : le gars ou la fille avec son pavillon, ses deux bagnoles, poussant son caddie dans son allée préférée de supermarchés, s’avachissant le soir devant sa TV, s’empoisonnant le week-end avec son barbecue, etc. (complétez la panoplie vous-même). Read More →

Le massacre est une forme culturelle

J’avais été fasciné, en parcourant des traités psychiatriques anciens, comme les formes de la folie se conformaient, comme toutes les autres formes culturelles, à l’esthétique de leur temps. Jusqu’à ce que Londres et l’âge d’or des journaux inventent conjointement la forme moderne du serial killer, celui-ci se prenait pour un loup, et attendait la nuit pour parcourir les campagnes. Le loup-garou était donc une « mode », comme les galéantropes, et les formes de la folie des formes culturelles parmi les autres, mêlant leurs pulsions aux matrices de la fiction, se reproduisant-colportant par mimétisme/défaut de mimétisme et s’adaptant aux caractéristiques urbaines, technologiques, organisationnelles d’une société donnée, mais aussi à la manière dont cette société se fantasme…

Comme les motifs décoratifs, l’Architecture, la peinture… Le roman, les contes… les légendes urbaines…

Mais il ne faudrait pas confondre la pulsion, individuelle ou collective, avec la forme que prend celle-ci pour s’exprimer. Toutes les formes du meurtre, et toutes ses motivations, traversent indifféremment toutes les sociétés humaines.

Ce qui est « culturel », c’est la forme, et l’efficace aussi, peut-être, parce qu’une foule armée de coquillage a plus de boulot pour dépecer une femme intelligente qu’un débile d’aujourd’hui qui n’a qu’à appuyer sur l’accélérateur… urbanisme, technologie, modèle de comportement…

Pour la pulsion, elle est inscrite dans l’espèce. Et tous les animaux plus ou moins sociaux ont des comportements similaires, c’est-à-dire le meurtre hors la prédation. Les éléphants, les dauphins, les singes évidemment, qui ne négligent pas le lynchage, et même les canards… Puisqu’un jour, un long jour, j’ai assisté à la mise à mort lente et méthodique, parfaitement collective, d’un canard par ses congénères, sans comprendre ce qu’il avait bien pu faire ou dire pour mériter ça ? Coin ?

Et les médias…

Ha ! Quant aux médias, il ne faudrait pas apprendre aux enfants l’esprit critique, ou à distinguer les fakes des cakes dans les news, mais faire rentrer dans les têtes, et pas seulement des enfants et des idiots, que ce qu’on nomme « les médias », est la forme la plus hypocrite, la plus inconsciente d’elle-même et donc la plus pernicieuse de fiction.

Non qu’il n’y a pas de “fait” à rapporter, mais que «les médias » en sont incapables, engoncés dans leurs formes culturelles conjoncturelles, et validant ainsi d’un même élan les critiques des relativistes de tout poil, et les opinions viscérales les plus dangereuses. 

Pour les paranos : les patrons des grands groupes de presse ne sont pas derrière chaque papier, derrière chaque commentaire, car ils n’ont pas besoin, par connivence de classe, intérêt partagé, et travers acquis. Et, la bêtise du meurtrier met en jeu les mêmes mécanismes culturels que la bêtise du journaliste.

 

Urgence urbaine

On construit des lieux pour accueillir la détresse qui ressemblent à l’antichambre de l’enfer… Comme ça, les soignants y souffrent comme les blessés, dans une belle communion d’âme.

En bas de chez moi, un homme souffre

Il vient d’inhaler une dose du produit qu’il utilise pour nettoyer l’immeuble. Des fenêtres, on conseille à son collègue affolé d’appeler les secours, et son patron… son patron rechigne, la conversation au téléphone dure, pendant que l’autre, au sol, souffre gémit, se tient le visage avec un pull… Les voisins se scandalisent de l’immobilisme, la conversation dure… Le patron temporise… l’ouvrier ne simulerait-il pas ?

Hier, en montant notre escalier, nous avons failli nous évanouir devant l’agressivité du produit.

L’ouvrier souffre. Sentiment d’impuissance et d’exaspération. « Appelez les secours ! » Les secours sont appelés. Mais c’est long, l’ouvrier qui téléphone est gentil, poli, et un peu timide… Des gémissements plus tard, au loin, la sirène… ils arrivent enfin.

Les pompiers l’interrogent, sèchement, l’un se penche sur le bidon de produits, se redresse « ha, ça sent ! »…

« Vous aviez une protection ? » « Non »… Oups, mauvaise réponse…

Les pompiers sont vaguement antipathiques, mais le soignent.

Un type louche, en costume, arrive, échange deux mots et part très vite. Le patron de l’entreprise ? Un autre type le remplace, en tee-shirt bleu, plus jeune.

Les pompiers s’adoucissent, «on va vous emmener, vous vous sentez capable de vous lever ? » « Oui »… Ils l’aident. Il titube, comme s’il était ivre. Il n’est pas encore en état. Ça dure. L’ambiance se relâche. Moins dramatique.

On entend : « mélange de chlore et ammoniaque ». Une voisine s’inquiète pour sa propre santé. « On en a tous respiré une grosse dose ». Après une tentative, l’ouvrier ne peut pas marcher. Il est emporté sur une civière…

Alfred Kubin, victime de la dictature de la réception

Juste avant la tornade de paranoïa collective qui s’est abattue sur les campagnes [électorales] de mon petit pays, je pensais à quoi, déjà ? Ha oui, je venais d’extraire de ma bibliothèque et reparcourir trois petits fascicules d’Alfred Kubin, le dessinateur autrichien, édités par Allia en 2007 : « Le cabinet de curiosité », « le travail du dessinateur » et « ma vie ». Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment lu « ma vie », donc « sa » vie.

Je ne peux pas dire que j’ai une passion particulière pour Alfred Kubin, dessinateur que je classais instinctivement comme « symboliste tardif », ou pour être plus indulgent, coincé entre “symboliste tardif” et “précurseur du surréalisme”… Un artiste de transition en quelque sorte, coincé entre deux époques, coincé entre deux siècles… La lecture de sa vie, texte rapide mais informatif, m’a permis de préciser mon jugement et m’a, du même coup, provoqué quelques réflexions d’ordre plus générales. Read More →

Militantisme

Pendant une campagne, j’observe les réseaux : je remarque qu’à chaque fois qu’un militant s’exprime, il fait perdre des voix à « son » candidat… Je baptise ça, outrancièrement, le syndrome « Misery » : ton fan est ton pire ennemi.

M’évoque un grand non-dit de la communication que je note parfois ici : s’exprimer, c’est cliver, cliver, c’est exclure. Le premier effet de toute communication, c’est le rejet, pas l’appétence.

Les belles histoires de l’oncle Paul Jorion

Paul Jorion est un type épatant. En lisant « Le dernier qui s’en va éteint la lumière », je me disais ça : « ce type est épatant ! Une belle figure d’honnête homme du XVIIe ! » Et pourtant, il nous annonce tranquille l’extinction de l’humanité à plus ou moins brève échéance. Oui, mais il fait ça avec classe, brassant culture classique, histoire économique, philosophie et films contemporains de merde avec une certaine pertinence.

Alors, même si souvent, on a l’impression de réviser : « on sait déjà tout ça », oui, on sait qu’on est dans la merde, malgré tout, il a de belles intuitions, comme cette opposition entre « zoon politikon » et « loup contractuel ». Lecture fructueuse de l’Histoire des idées, qui éclaire pas mal nos petits problèmes et bien plus largement d’ailleurs que son propos. Il raconte comment Thomas Hobbes et Rousseau se plantent sur la nature humaine (l’homme n’est pas un animal solitaire qui devient social par contrat, mais bien un animal social par nature), et provoque par enchaînement les malheurs économiques et sociétaux actuels. Oui tout ça est très bien, et ça ne fait pas de mal de se le refaire dire.

Mais, ses contradicteurs, déjà

Ha ceux-là, s’ils s’imaginent que quelque chose comme un système économique très récent va durer perpète ! Non, oui, non, rien ne dure jamais. Et surtout pas en matière humaine. Oui, ça va foirer. C’est inéluctable, comme tout ce que l’homme produit. Et c’est déjà en train de foirer, mais comme on est dans le mouvement, on ne peut pas le percevoir, car… il n’y a jamais d’arrêt, de moment T idéal d’un système, mais un mouvement chaotique perpétuel, qui par moment connaît des crises. Et puisque nous allons vers une triple crise, montre à trois têtes de l’apocalypse, la coïncidence des trois risque de faire des ravages… (Combien de fois ai-je pensé à ce livre de Barjavel, dans ma vie ?). Alors oui, tout système a une fin, et les trucs humains, ça finit rarement bien…

L’extinction

Hum… Peut-être. Une chose est sûre, c’est que si tout se termine un jour, l’extinction n’est pas sûre. La dislocation d’un moment de civilisation planétaire, c’est beaucoup plus crédible. En fait, à force de gueuler contre tout ce qui ne va pas, nous avons une vision complètement faussée de notre présent, et pour imaginer des rescapés futurs des fiascos futurs, ils considéreront peut-être que nous avons vécu un âge d’or, un comme jamais l’humanité n’en avait vécu…

L’avenir aux robots

Bon, c’est amusant, et correspond à peu près aux fictions de sa génération. Sauf que là, on est dans l’urgence, il nous l’a répété, et que l’altérité cybernétique, on n’en voit toujours pas l’esquisse… Loin encore ! Et de plus, la part robotisée de notre société est tout aussi tributaire du gaspillage énergétique qui doit participer à notre extinction… Alors, si on s’arrête bientôt, tous englué par million dans notre merde (panne d’électricité, plus d’eau courante…), la part robotisée s’arrêtera elle aussi, parfois un poil plus tard…

Ce qui nous attend ?

Je n’en sais rien, comme tout le monde et Paul Jorion compris. Il a le mérite de gratter dans la plaie, et peut-être a-t-il raison ? Peut-être qu’il ne reste que deux ou trois générations à l’humanité ? Je n’en sais rien, mais il n’y a aucune raison pour que l’état naturel du monde, le chaos, ne perdure pas tel qu’en lui-même, chaotique donc, et oui, l’humanité proliférante va peut-être se dégonfler dans d’immenses violences à venir… Car Paul Jorion le signale trop rapidement, ses inquiétudes ont l’oreille des riches de cette planète, et ceci est bien inquiétant, car ils iront (ou vont déjà) vers la solution la plus simple, la plus évidente : une vidange de l’humanité par la guerre. Et franchement, en la matière, le pire est à peu près certain.

Tout ça est déprimant !

Alors, pour s’en tirer (du livre), il suffit de disqualifier son propos en classant le texte entier dans le rayon « pulsion eschatologique » des idées tardives des hommes vieillissants qui finissent tous par confondre leur inéluctable destin avec celui de l’humanité. à l’image du triste “pourquoi tout n’a-t-il pas déjà disparu ?” de Jean Baudrillard. On pourrait…

Mais, n’oubliez pas, même si la pensée de Paul Jorion est contaminée par sa propre échéance, il finira par avoir raison, quoi qu’il arrive, car oui, rien ne dure jamais.

En passant chez Apollinaire

Je découvre qu’il croyait les sornettes du vieux mythomane Rousseau, qui n’a jamais été au Mexique. Et après tout, pourquoi ne pas le croire ? Je n’ai jamais compris qu’on attache tant d’importance à la véracité toujours relative des « dires ». Dès la cour de récré, j’étais surpris du plaisir des menteurs à tromper. Et alors ? Oui, et alors ? Alors rien. Si ça t’amuse…

Mais plus loin, Apollinaire, intelligent, se moque des prétentions à régenter la langue qui restera fluide et libre contre tous les manuels. Ses évocations d’Urbain Doumergue, grammairien passablement rigide, m’évoquent un article lu dernièrement sur la « dictature des algorithmes ».

Un article étrange, je ne mettrais pas de lien, et ambigu qui semblait se plaindre du fait que les algorithmes nous enferment plutôt que nous ouvrir au monde, ce qui est une évidence, puisqu’ils doivent bien construire leur tendance sur le passé, à la manière dont ils nous proposent toujours d’acheter ce qu’on vient d’acheter. Ce qui est d’une connerie rare. Aucun marchand humain n’aurait l’idée de demander « vous venez d’acheter un frigo, voulez-vous un autre frigo ? ». Bon, « ils » vont bien finir par s’en rendre compte…

Non, cet article était ambigu, car il se catastrophait de notre consommation de désinformation sur le web. Et semblait attendre des machines qu’elles se chargent de trier le vrai du faux. Ce qui, évidemment, est un cauchemar…  Qui décide de ce qui est vrai ou faux ? La majorité de ce que nous émettons n’a rien à voir avec ces catégories. Et cette manie, et de croire « qu’avant », nous vivions dans un temps où le vrai était vrai, où les journaux étaient sérieux et remplis d’informations vérifiables (ce qui est vérifiable, c’est qu’ils étaient remplis de mensonges et débilités), et d’imaginer, donc, que nous devrions être sous tutelle d’une machine, ou d’une autorité quelconque pour savoir ce que nous devons savoir, croire, dire, faire, et bien sûr pour qui voter…

Toujours la même maladie !

Alors ?

Pense : une certaine pensée politique soi-disant « décolonisée » cache une conception ultralibérale de l’émancipation.

On ne peut pas non plus considérer que « toute personne est à sauver », sans distinction… (Extrême gauche). N’oublions jamais que certains jouissent de leurs entraves. Et qu’il n’y a pas de vie sans entrave.

La famille est une prison, la classe sociale est une prison, la géographie est une prison. Son corps est une prison. Son esprit est une prison.

Alors, le cadre social doit offrir des échappatoires.

Que des évasions individuelles soient possibles, permises, encouragées.

État inverse aujourd’hui.

Généralité

Depuis toujours, je suis pour le droit à l’indifférence. Ce droit a toutes les vertus : il assure la paix sociale et désamorce les provocations.

(le problème étant la polysémie de “l’indifférence”)

(le problème étant celui de réduire un phénomène complexe à un aphorisme)

(le problème étant que parfois on peut avoir tord, qu’on soit pour où contre un truc à la con)

(le problème étant qu’on a beau brasser la merde de l’actu dans tous les sens, ça reste de la merde)

 

 

dialogue café / 9 août 2016

« Et alors, ce mariage ? »

Lucie me répond une chose parfaitement limpide : “Et bien tu vois… l’image exacte est celle-là : la solitude au milieu de la cour de récré quand tu n’as aucun ami. »

Oui limpide. Nous rions, et elle ajoute « mais ça vient de moi, je ne suis pas… »

Je la coupe « Non, ça ne vient pas nécessairement de toi. J’ai cru longtemps que ça venait de moi, mais plus maintenant. Nous ne sommes pas solubles dans tout. »

Et là, Laure, sa sœur, acquiesce ostensiblement.

La pulsion doxique

Je cherchais à nommer ça, ce que je vois partout, ce que j’entends partout, ce que je lis partout, trouvant brusquement que le « réflexe réactionnaire » n’était qu’une des expressions d’un phénomène plus large.

Non, en voyant passer sur facebook des pseudosentences philosophiques idiotes qui trouvaient instantanément assentiment général, je me suis posé cette question : pourquoi est-ce irrépressible ? Pourquoi, confronté à certains stimuli, un nombre invraisemblable de gens répond toujours de la même manière, et ça depuis toujours, revivifiant chaque fois dans une nouvelle situation de beaux morceaux bien savoureux de connerie de cette doxa poisseuse qui compose la matière même des communications interpersonnelles ? Pourquoi est-ce irrépressible ? Pourquoi toujours balancer les mêmes conneries ?

Pourquoi toujours s’embourber dans ce que l’individu, en toute bonne foi s’imagine être une morale de bon droit, mais qui en fait, est TOUJOURS une erreur logique, une méconnaissance, une bêtise ordinaire, une réaction à la con… Pourquoi ?

Et c’est là que j’ai nommé ça la “pulsion doxique”, irrésistible instinct de la connerie partagée.

décantation

Je tousse, je crache. Évacuer la poussière de l’atelier de mon père est une tâche herculéenne. Ce serait con de crever de ce qui l’a peut-être tué.

Je laisse décanter mes lectures croisées, et vient le sens, tranquillement. Il m’est impossible aujourd’hui de réprimer la lecture de classe. Le contraste entre les petits délinquants de Carco et les bobos viennois de Musil, personnages qui ne se croiseront jamais, rend lisible des choses qui peut-être, m’auraient échappé avec cette acuité là si je m’étais simplement plongé corps et âme dans “Lhomme sans qualités”.

Le mépris de classe n’est pas absent chez Carco, qui reste malgré tout un petit-bourgeois qui s’encanaille en littérature. Ses pauvres sont incapables d’articuler, incapables de se comprendre eux-mêmes, et ont même besoin qu’on leur explique la vie, leur vie, et la moindre de leur pulsion. Il faut qu’ils croisent deux encanaillées, une écrivaine-journaliste anglaise et une artiste bohème, qui « n’a pas besoin de voler, elle », pour que sens et destin s’expriment en mot, jusqu’au tragique qui les transforme en simples pantins d’un drame romanesque. Le pauvre petit délinquant à belle gueule n’était qu’un personnage d’une fiction mélodramatique fantasmé par une jeune lettrée désœuvrée.

C’est donner à l’éducation un pouvoir qu’elle n’a pas. Si le niveau social et scolaire rendait clairvoyant, le monde ne serait pas ce qu’il est. Et la pauvreté ne rend pas plus con qu’un autre. Et si l’on s’imagine qu’elle rend méchant, ce qui ne serait que justice, c’est oublier que la richesse provoque très couramment narcissisme, défaut d’empathie et cruauté gratuite.

Ce qui nous ramène aux dilettantes bourgeois de Musil, qui d’un coup, en deviennent insupportables de suffisance. j’ai lu une centaine de page oiseuse (le titre !), très agréable, oui, si l’on se laisse porter par le texte sans en saisir le sens.

Ce que dit Albert-Kahn en Open data

J’ai toujours éprouvé une certaine fascination pour l’exemplaire Albert Kahn. Son projet, au-delà de la philanthropie et de l’humanisme affiché, semble démontrer qu’il ressentait très puissamment le pouvoir de la photographie, sa capacité à provoquer une mélancolie dont l’objet n’a pourtant aucun lien biographique avec nous.

Aujourd’hui (14 juin 2016), un ami facebook partage un lien sur le site de la fondation :

Je vais voir, et découvre avec satisfaction la géolocalisation des clichés : Read More →

Deux féminismes

Je ne suis pas un spécialiste, mais il me semble comprendre qu’il y a deux féminismes incompatibles :

— Un féminisme indiférentialiste

et

— Un féminisme différentialiste

le premier me semble plus politique et historique, dans le sens où les revendications sont datées, datables et claires :

Avoir le droit de vote,
avoir le droit d’ouvrir un compte en banque à son nom,
avoir le droit de faire les mêmes études,
pouvoir pratiquer les mêmes métiers que les hommes,
avoir une même paye pour un même niveau de qualification,
avoir le droit de marcher dans la rue en toute tranquillité,
pouvoir s’habiller comme on l’entend,
pouvoir se couper les cheveux si on veut,
etc.

En conclusion, avoir le droit à l’indifférence.

Je suis radicalement, et depuis toujours, « féministe » à ce compte-là.

Par contre, je vois fleurir partout des féminismes affichés comme tels qui me semblent bien étranges. Ils en viennent à demander une séparation des hommes et des femmes, à demander la prise en compte des différences, en fait, une affirmation des différences… Ainsi, des expos «féministes » qui parlent de «féminité » par exemple… Ert alors même que génétiquement, il est impossible de tracer une frontière fixe et tangible entre les genres.

Ce deuxième féminisme me trouble beaucoup, car, dans les faits, il veut et obtient exactement ce que veut le paternalisme : une essentialisation des sexes et définition claire des territoires respectifs.  C’est d’ailleurs ce qu’il produit : une victoire éclatante du paternalisme.

Je crois que ce pseudoféminisme différentialiste pourtant porté par beaucoup de femmes est à l’image de tous les retournements idéologiques actuels :  c’est un violent antiféminisme et l’une des composantes de la bonne vieille réaction…

Aux lecteurs masochistes

Vous êtes tous responsables de la dégradation de la liberté de la presse en France : pourquoi vous entêtez-vous à lire une presse dont vous connaissez le [les] patron ? Pourquoi ?

C’est donc vous qui continuez à assurer la mainmise sur l’information par quelques groupes d’intérêts privés.

Ha, au fait, un partage d’un article est tout aussi coupable. Arrêtez de lire et colporter ces conneries et participez ainsi à désagréger le plus vite possible ce qui n’est plus qu’une arme idéologique contre vous !

Inclinaison

Il n’y a que deux sortes de bourgeois : les bobos (ceux qui ont les moyens intellectuels et spirituels de culpabiliser) et les bobeaufs (ceux qui se vautrent dans l’avoir et en sont fiers en plus !). Quant à faire, même si je suis un enfant du lumpenprolétariat, je préfère fréquenter les bobos.

Pourquoi je repense à Chabrol ?

Peut-être parce qu’il manque aujourd’hui… Qu’on aurait bien besoin de voir encore sur grand écran toutes les crasses honteuses que cache si mal l’hygiénique esthétique bourgeoise

Le monde à la main

Je regarde la carte des derniers visiteurs de marsam.graphics

Rien d’anormal pour un vieux du Web. Il y a plus de 15 ans, la fréquentation d’un site était naturellement mondiale. Sauf qu’entre temps, il y a eu plusieurs révolutions du web : la révolution commerciale au tournant des années 2000, et celles des blogs après, et ensuite celles des réseaux sociaux. Et avec les réseaux sociaux l’appellation de « village mondial » s’est à la fois confirmé et dévoyé, ces réseaux tendant a rétrécir le monde aux gens que l’on connaît déjà. Avant les réseaux, je notais dans un début de thèse sans avenir que les frontières du Web étaient linguistiques. Aujourd’hui, les algorithmes nous enferment lentement dans ce que nous sommes déjà, et l’utopie universaliste du Web a fait long feu. Et donc, reconquérir le monde passe par un travail lent et laborieux de proche en proche. Le monde arrive sur marsam.graphics, mais il arrive par ses merveilleux auteurs.

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Quelques heures plus tard l’Afrique apparait un peu…

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validation de la création artistique par le public

L’insignifiant White Bird pose la question de la validation de la création artistique par le public. En effet, ce film existe, car il est l’adaptation d’un roman qui a eu du succès. Il n’y a donc pas de “motivation d’auteur”. La source de cette adaptation est « un oiseau blanc dans le blizzard » de Laura Kasischke. Une écrivaine qui n’est elle-même qu’une version molle et « plus grand public ” de Joyce Carol Oate (dernièrement adaptée, elle,  par Laurent Cantet). L’histoire, déjà niaise, demandait un effort surhumain pour être transcendée. Un bâclage ne fait que confirmer l’insipide des nourritures culturelles communes.

Oui, voilà ce qui se passe quand on fait “valider la création par la réception”, ou pire, qu’on répond à une commande de producteur qui sans aucune légitimité est persuadé de savoir ce que veut le public : impossible d’obtenir autre chose que le ressassement des vieilles sauces, et au bout, l’ennui !

“ma vie parmi les auteurs de bd” une expo pendant le FIBD2015

La Maison des auteurs, résidence Angoumoisine d’auteurs de bande dessinée, présente une large sélection de photographies de mon projet en cours “Romantic iPhone”  à l’occasion du Festival international de la bande dessinée 2015.
 Du 29 janvier au 1er février 2015, environ 300 tirages 10×10 seront exposés dans la continuité de l’exposition officielle des auteurs en résidence.

Je remets ici la présentation de ce projet photographique :

“Romantic iPhone est un journal visuel intime/extime exclusivement réalisé avec un smartphone. Il raconte ma vie au sein de la communauté des auteurs de bande dessinée et autres producteurs d’image. C’est un album souvenir, un objet d’art social, une autofiction, une fiction collective. Malgré les contraintes, format carré et usage exclusif de l’appareil photo du smartphone, il s’amuse des usages communs de la photographie de partage et des esthétiques induites par l’usage des filtres.”

Préparation de l’exposition dans l’atelier que je partage avec Elric Dufau :

expo

La page de la Cité de la bande dessinée et de l’image : www.citebd.org/spip.php?article6971

Le blog photographique Romantic iPhone : romanticiphone.tumblr.com

 

 

 

“étant donnée” par Cécile Portier

Il y a deux ans, j’ai participé à la conception d’une petite part de ce web-objet de Cécile Portier : “Étant donnée”. L’objet, bien sûr, évoque l’installation de Marcel Duchamp (Étant donnés) en en dépliant le dispositif sur le web, mais surtout, propose une lecture de notre rapport très contemporain, conceptuel, social, politique et sensible, à la “donnée numérique”, cette nouvelle arcane de l’identité.

Naviguez dans etantdonnee.net :

Capture2

 

Un portrait de Cécile Portier : www.ciclic.fr/livre-lecture/residences-numeriques/cecile-portier-autoportrait

Le site d’écriture de Cécile Portier : petiteracine.net

Ont participé à la réalisation d’étant donnée :
Julien Kirch, Laure Chapalain, Juliette Mézenc, Stéphane Gantelet, Pierre Ménard, Alexandra Loewe, Julien Pannetier, Alain François, Benjamin Dufour, Lagrande Lessive, Saemmer Alexandra, Mathilde Trichet, Pascale Petit

 

 

Le deuil de Laura Ingalls

J’ai découvert au hasard d’un partage d’article sur facebook que Laura Ingalls est un personnage historique. C’est idiot peut-être, mais découvrir la chose m’a troublé. J’ai trouvé ce trouble idiot, puisque je n’ai pas d’attachement nostalgique à ce personnage de fiction.
Oui, enfant, j’ai subi « la petite maison dans la prairie », car lorsqu’on est enfant on absorbe ce qui se présente. Mais depuis toujours, j’ai une répulsion pour les fictions larmoyantes. Comme celles qui, à l’image de la littérature morale du XIXe siecle, n’hésitent jamais à se vautrer dans la boue poisseuse du pathos. Read More →

“Chez nous c’est trois !”, deux, quatre, une ? On sait plus…

Viens de voir, en deux passages TV (une première fois juste la fin, et ensuite enfin du début) le film de Claude Duty « Chez nous c’est trois ! » Oui, c’est un film sorti en salle en 2013, mais pas vu…

Un visionnage sans grande passion, mais avec plaisir et intérêt. Surprise de découvrir un film au ton relativement juste. Ce qui est très rare. Je le note ici pour deux choses : Read More →